Critique

La vengeance de la veuve noire : le roman de Morgane Moncomble est-il réussi ?

08 septembre 2026

Par Robin Negre

Illustration
“La vengeance de la veuve noire” de Morgane Moncomble. ©Hugo Roman

L’autrice est de retour avec sa saga Inheritance et offre un second volume plus affirmé et complexe grâce à un habile mélange des genres.

Introduction

La saga Inheritance de Morgane Moncomble continue. Après La révolte de la reine (Hugo Roman), l’autrice a sorti le deuxième tome de cette trilogie, intitulé La vengeance de la veuve noire (Hugo Roman).

Un roman qui se différencie du précédent par son univers et son ambiance, tout en gardant la grande caractéristique de cette nouvelle saga : le destin d’une femme lors d’une époque déterminée.

Inheritance est une série au postulat simple : suivre plusieurs femmes à différentes époques de l’histoire. Le premier tome se passait ainsi à Versailles à la fin du XVIIIe et s’intéressait à la relation entre le futur Roi de France et sa fiancée, princesse d’Autriche. Avant un troisième volet se situant à New York durant les années 1930, ce second tome d’Inheritance, intitulé La vengeance de la veuve noire, prend pour décor Londres en 1812, alors qu’un tueur en série, Jack, terrorise les rues de la ville.

L’intrigue suit principalement Wisteria, une jeune femme entêtée, qui n’hésite pas à fournir aux épouses en détresse du poison pour assassiner leurs maris violents. William, détective ambitieux et consciencieux, est chargé d’enquêter sur les crimes de cette veuve noire, mais doit aussi résoudre les meurtres sauvages de femmes qui se multiplient à Londres. Jack L’Égorgeur commence à faire parler de lui et William décide de demander de l’aide à Wisteria pour l’arrêter.

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Thriller romantique

Morgane Moncomble délaisse les affaires de la cour royale du premier volet pour plonger dans l’ambiance crépusculaire et sordide des rues malfamées de Londres. Changement de décors, changement de lieux et changement de style avec ce nouveau roman. La vengeance de la veuve noire n’est pas, de prime abord, un récit romantique.

L’intrigue s’intéresse avant tout à la double enquête dépeinte et au danger inhérent que représente Jack L’Égorgeur, autant présent qu’invisible dans la narration. Le livre en devient un polar fait de découverte de corps, d’enquête, d’interrogation et de mystère. En suivant le parcours de Wisteria d’un côté et de William de l’autre, le roman s’inspire des séries TV médicales ou policières — façon Castle, Bones, The Mentalist —, avec un duo improbable réunit par une situation exceptionnelle.

Puisque La vengeance de la veuve noire reste une New Romance assumée — avec son lot de moments plus ou moins érotiques et de scènes sulfureuses —, la relation entre William et Wisteria, passée l’étonnement et l’admiration commune cachée, évolue vers une intrigue amoureuse et une relation plus ou moins attendue, largement inspirée d’Orgueil et préjugés (1813) de Jane Austen.

Néanmoins, si les codes de la romance sont sensiblement les mêmes qu’à l’accoutumée, Morgane Moncomble parvient à donner à son récit une envergure qui dépasse le simple jeu du « ennemi to lover » grâce à la présence d’un antagoniste, Jack L’Égorgeur, et la nécessité de le démasquer.

Double point de vue

Si l’ambiance diffère du précédent tome, le style narratif reste le même. Morgane Moncomble alterne les points de vue subjectifs d’un chapitre à l’autre. Comme pour La révolte de la reine, ce mécanisme permet au lecteur d’avoir un regard tout-puissant sur la situation et de comprendre, avant les personnages, ce qu’ils pensent ou ressentent l’un envers l’autre.

L’écriture de l’autrice — plus incisive et affirmée — ainsi que l’utilisation du double point de vue permettent également au roman d’être enrichi de personnages secondaires et de nouvelles situations selon la direction prise par les deux protagonistes. Enfin, la thématique féministe reste au cœur du roman avec un propos abordant la condition des femmes dans la société patriarcale d’Angleterre des années 1810 et les violences commises par les hommes en toute impunité.

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La vengeance de la veuve noire est probablement l’un des livres les plus aboutis de Morgane Moncomble. Entre son ambiance unique et ses personnages affirmés, le second tome d’Inheritance se révèle plus complexe, plus dense et plus prenant que le précédent. Le propos de cette saga singulière en devient également plus franc.

Le lien qui lie les trois livres entre eux est désormais posé, permettant même à La révolte de la reine d’avoir une nouvelle piste de lecture, à postériori. Si le troisième (et dernier ?) volet de la trilogie parvient à se démarquer de la même manière, Morgane Moncomble tiendra sa meilleure saga littéraire.

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