Lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2025 pour Photo sur demande (Stock, 2025), Simon Chevrier revient, en cette rentrée littéraire, avec sa deuxième autofiction très attendue : Bonne Figure (Les Intranquilles, 2026). Rencontre.
Introduction
Dans son second livre, Simon Chevrier nous plonge dans l’univers impitoyable des castings, un milieu qu’il connaît bien. Plus jeune, membre d’une agence, il a lui-même couru ceux des grandes maisons de couture, dans l’espoir de se retrouver un jour sous les projecteurs. Ce sera finalement sa plume, incisive et sincère, mêlant autobiographie et fiction, qui lui aura permis d’attirer la lumière.
Vous publiez Bonne Figure après avoir reçu le prix Goncourt du premier roman, en 2025. La pression est-elle d’autant plus forte ?
Mon cas est assez particulier. J’avais écrit un premier manuscrit de Bonne Figure en 2018, que j’avais laissé dans un tiroir. Finalement, avant de recevoir le prix Goncourt du premier roman en 2025, je l’en ai ressorti pour en proposer une première version à mon éditrice, Paloma Grossi, alors en poste chez Stock. Elle y avait notamment publié Panayotis Pascot, Juliet Drouar et Rebeka Warrior. Depuis, elle a fondé les éditions Les Intranquilles, et je l’ai suivie avec cette première ébauche, qu’elle avait déjà validée et que j’ai très légèrement retravaillée. Je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus, même après avoir reçu le prix : pour moi, le projet était clos.
Je n’ai donc pas ressenti de pression pendant l’écriture, mais j’en ressens aujourd’hui face à l’attente des lecteurs qui ont soutenu Photo sur demande. Le ton est un peu différent, car le narrateur est plus jeune. J’espère qu’ils seront, malgré tout, au rendez-vous.
Dans Photo sur demande, le narrateur est anonyme, même s’il vous ressemble beaucoup. Ici, il porte votre prénom. Cela signifie-t-il que vous vous dirigez davantage vers l’autobiographie ?
Les deux romans relèvent de l’autofiction, mais je suis le seul à pouvoir démêler le vrai du faux. Pour Bonne Figure, j’ai davantage puisé dans mes souvenirs, notamment ceux liés aux castings que j’ai passés à 17 ou 18 ans. La relation que je décris avec Léo est, elle aussi, véridique. En revanche, le personnage de la mère est entièrement fictionnel, inventé pour les besoins du récit. Ce n’est pas ma mère.
L’autofiction me permet de préserver la vie privée des personnes qui se retrouvent dans mes livres, tout en m’offrant une plus grande liberté créative. J’aime aussi jongler entre le vrai et le faux, et inventer des histoires. Dans Photo sur demande, ce n’est pas vraiment faux, mais j’ai contourné ou mêlé certains événements, et modifié des dates. Pour moi, écrire une histoire, c’est faire un montage. Si je racontais exactement ce qui m’est arrivé dans ces deux romans, le résultat serait sans doute un peu plat. Il faut aussi savoir construire un univers autour d’un événement réel.
Bonne Figure est une chronique des castings, mais aussi celle d’un amour fou, malheureusement à sens unique.
Les deux sont liés et se situent, pour moi, au même niveau. C’est un amour qui est né dans ce milieu-là. Il n’y a pas un sujet qui prend le pas sur l’autre. L’univers des castings n’est pas seulement le décor d’une histoire d’amour, pas plus que cette histoire d’amour n’est un simple prétexte pour parler des castings. Les deux forment un tout.
Dans le roman, vous découvrez Teleny d’Oscar Wilde grâce à Léo. Est-ce vraiment arrivé ou avez-vous simplement eu envie de le citer ?
C’est réel, mais je l’ai lu plus tard, lorsque j’étais plus âgé. Il existe dans ce roman une relation amoureuse qui fait écho à celle du narrateur : un personnage en aime un autre sans réciprocité. L’évoquer est une manière de faire un clin d’œil à l’histoire qui unit mes deux personnages.
Le roman débute quasiment par la description vestimentaire, succincte mais efficace, de Léo, un procédé qui revient régulièrement dans votre écriture. Visiblement, vous y attachez beaucoup d’importance.
Parfois, en lisant des romans, j’ai le sentiment que la description sert à combler des carences narratives. J’essaie d’éviter cela autant que possible. La description des vêtements que portent mes personnages me permet de construire leur identité, tout comme leur manière de s’y mouvoir. J’aime leur attribuer des particularités vestimentaires qui permettent de les distinguer.
Bonne Figure se déroule autour de 2010. Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre expérience des castings ?
Je n’ai pas vraiment de regrets, mais je ne le referais pas. Cela ne m’a pas aidé à grandir sereinement. J’ai mis du temps à me détacher du regard des autres après ça.
Comme dans Photo sur demande, le narrateur de Bonne Figure visionne énormément de documentaires sur Internet. D’où cela vous vient-il ?
Dans Photo sur demande, les recherches que fait le narrateur sur Internet ont un but précis : retrouver la trace de Daniel Schook, un modèle du photographe Peter Hujar qui l’obsède. Il mène en effet un véritable travail de détective, qui ne m’est pas totalement étranger, puisque j’ai eu une expérience dans l’enquête civile lorsque j’étais plus jeune. Dans Bonne Figure, le narrateur regarde également des vidéos consacrées à l’univers de la mode et des castings, qui lui permettent d’étayer sa réflexion et, pour moi, d’approfondir le sujet.
Êtes-vous aussi un grand lecteur ? Si oui, que lisez-vous en ce moment ?
En ce moment, je lis Une vie bouleversée : Journal 1941-1943 d’Etty Hillesum, qui a inspiré la série Etty. Le récit débute à Amsterdam, où une jeune étudiante juive tient un journal. Elle rêve de devenir écrivaine au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate, alors elle y raconte son quotidien puis les persécutions qu’elle subit, jusqu’à sa déportation.