Alors que Massive Attack poursuit une tournée internationale phénoménale et que Tricky effectue un retour remarqué dans les bacs, ravivant ainsi l’esprit du trip-hop dont ils furent les pionniers, une piqûre de rappel s’impose : qu’est-ce qui fait la particularité de ce genre musical ?
Introduction
Porté notamment par Massive Attack et Portishead, le trip-hop est un genre musical apparu au début des années 1990 dans la région de Bristol, au Royaume-Uni, dont sont originaires les membres de ces deux groupes emblématiques. Mais ils ne représentent que la partie émergée d’une scène artistique foisonnante, qui a rapidement dépassé les frontières britanniques, s’invitant jusque dans la discographie de Madonna.
In/Flux de DJ Shadow, le premier single qualifiés de trip-hop
1991. Bristol. Un groupe encore inconnu, composé de Robert Del Naja (3D), Grant Marshall (Daddy G), Andrew Vowles (Mushroom) et Adrian Thaws (Tricky), sort son premier album, Blue Lines, sous le nom de Massive Attack. Le disque fait l’effet d’une bombe dans l’industrie musicale en se distinguant des productions contemporaines par un style résolument singulier : un savant mélange de hip-hop atmosphérique et de soul électronique hypnotique.
Outre-Manche, les morceaux Unfinished Sympathy et Safe from Harm deviennent rapidement des succès et rencontrent également un bel écho en France. Face à ce cocktail inédit de hip-hop, de dub jamaïcain, de soul, de reggae, de funk, de jazz et d’électronique, la presse s’emballe mais le terme « trip-hop » ne fait son apparition qu’en 1994, avec l’arrivée dans les bacs de In/Flux, le premier single de DJ Shadow signé sur le label Mo’Wax.
Critique à Mixmag, Andy Pemberton utilise pour la première fois le terme « trip-hop » dans le magazine britannique afin de décrire le style musical de DJ Shadow. L’expression est ensuite reprise pour désigner toute une scène émergente, caractérisée par des tempos lents et des atmosphères sombres, cinématographiques et mélancoliques. Parmi elle figure Portishead, né de la rencontre entre Geoff Barrow et la chanteuse Beth Gibbons. Cette même année, le duo publie Dummy, considéré aujourd’hui comme le chef-d’œuvre du genre.
Un sample iconique d’Isaac Hayes
Leur style se distingue par la voix tourmentée de Beth Gibbons, au croisement de celles de Billie Holiday et de Françoise Hardy, ainsi que par l’utilisation du scratch et des samples, autre marque de fabrique du trip-hop. L’année suivante paraît le single Glory Box, leur plus grand succès, dans lequel Geoff Barrow utilise justement un sample de Ike’s Rap II (1971) d’Isaac Hayes.
Devenu emblématique du trip-hop, il est repris par Tricky sur Hell Is Round the Corner, issu de son premier album solo, Maxinquaye (1995), enregistré après son départ de Massive Attack. En 1996, le groupe belge Hooverphonic s’en inspire aussi largement pour composer 2Wicky, preuve que le trip-hop commence alors à s’exporter.
De la Suède à la France
Après avoir fait des petits en Angleterre, notamment Morcheeba et Lamb, le trip-hop influence la scène européenne, jusqu’en Suède, où le crooner pop Jay-Jay Johanson dévoile Whiskey (1996), un album résolument trip-hop aux accents jazz, qui rencontre un beau succès critique et public en France, mais aussi, étonnamment, dans plusieurs pays latins comme l’Espagne et l’Italie, séduits par son romantisme assumé.
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Le trip-hop résonne aussi chez nous, notamment dans le premier album d’Air, Moon Safari (1998), même si celui-ci sera plus tard rangé dans la case de la French Touch !
De Björk à Madonna
Le trip-hop a su aussi séduire quelques stars, à commencer par Björk, qui dialogue intimement avec le genre depuis ses débuts en solo. L’artiste islandaise signe même, sur son deuxième album, Post (1995), deux collaborations avec Tricky, Enjoy et Headphones. En retour, elle prête sa voix aux titres Yoga et Keep Your Mouth Shut, parus sur Nearly God, le projet parallèle de Tricky, en 1996. À son tour, Madonna en reprend certains codes avec son producteur William Orbit sur Ray of Light (1998), hissant ainsi le genre au sommet de la pop !
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UNKLE, Archive, Alpha, Goldfrapp, Smoke City… La fin des années 1990 voit naître plusieurs beaux projets liés au trip-hop, qui évolueront rapidement vers une pop électronique plus lumineuse, plus accessible et parfois plus dansante, ou qui finiront malheureusement par disparaître progressivement.
Bien avant qu’Angèle ne chante en 2018, dans Tout oublier, que « le spleen n’est plus à la mode », cette esthétique mélancolique perd progressivement de son aura, dès l’aube des années 2000. Pour autant, Massive Attack, Portishead et Tricky restent des figures majeures inspirantes qui ont profondément marqué l’histoire de la musique contemporaine et continuent, aujourd’hui encore, de susciter l’intérêt.
Le retour au sommet de Massive Attack et Tricky
Après avoir enchaîné une série d’albums dispensables, Tricky vient de signer un retour remarqué avec Different When It’s Silent, salué par la presse internationale. Il doit aussi ce regain d’intérêt à son principal interprète, Mitch Sanders, un jeune musicien issu, comme lui, des quartiers populaires du sud de Bristol.
Désormais composé des seuls Robert Del Naja (3D) et Grant Marshall (Daddy G), Massive Attack continue d’emballer les foules depuis 2024 grâce à un retour scénique phénoménal qui semble ne jamais s’arrêter, porté par un discours humaniste.
Cet enthousiasme a été renforcé par la sortie, en avril dernier, du single Boots on the Ground, en collaboration avec Tom Waits, qui donnera lieu à un maxi éponyme attendu début septembre, préfigurant, on l’espère, un nouvel album à paraître très prochainement.