Dans la période 1985-1995, considérée comme l’âge d’or du rap, le trio Fu-Schnickens a signé deux albums, « F.U. Don’t Take It Personal » et « Nervous Breakdown », ainsi que quelques classiques. Leur rap, très influencé par le dancehall jamaïcain, a fait les belles heures des soirées hip-hop aux USA et en France. À l’occasion de la réédition de leurs deux disques en vinyle ce 4 septembre 2026, retour sur un groupe qui a bousculé la scène rap des années 90.
Introduction
Originaires du quartier East Flatbush de Brooklyn, les Fu-Schnickens se construisent une forte réputation dans les clubs de La grosse pomme, grâce à une technique vocale exceptionnelle et un sens de l’humour décalé. En 1991, à la suite d’une prestation organisée à l’université Howard, ils sont signés sur le fameux label Jive qui a déjà dans ses rangs les stars BDP (Boogie Down Production), Schoolly D ou A Tribe Called Quest, entre autres.
Leur titre Ring The Alarm enflamme directement le milieu hip-hop, porté par un savant mélange de rap et de dancehall. En 1992, il entre dans les 10 meilleures ventes rap. Dans la foulée, l’album F.U. Don’t Take It Personal est commercialisé avec deux hits majeurs : La Schmoove et True Fushnick. Si le public hip-hop est déjà bien avec eux, l’année suivante, leur auditoire s’élargit grandement grâce à leur featuring sur What’s Up Doc (Can We Rock), un titre de la star de la NBA Shaquille O’Neal.
Moc Fu, Poc Fu et Chip Fu se situent entre De La Soul et Das EFX. Ils ont beaucoup d’humour, parfois grâce à des textes absurdes remplis de références aux cartoons américains et aux films de karaté – bien avant l’arrivée du Wu-Tang Clan, pour qui ces derniers deviendront une marque de fabrique. Artistiquement, leur technique et leur flow s’avèrent impressionnants. Seuls les Das EFX, les Alkaholiks, Redman, Leaders of the New School ou encore Brand Nubian pouvaient se comparer aux Fu-Schnickens.
F.U. Don’t Take It Personal, coup de maître du rap solaire
En 1992, Don’t Take It Personal installe leur style : du reggae, des éléments du courant new-jack swing dominant, un peu de soul et surtout une technique vocale inimitable. Leur rap festif et joyeux donne un nouveau souffle à la culture hip-hop, tout en gardant la fraîcheur et l’esprit de camaraderie de la première génération.
Avec l’aide des A Tribe Called Quest pour la production, les FU façonnent un style caractérisé par de nombreux samples reggae/soul et des basses lourdes omniprésentes bien mises en avant. True Fushnick en est une belle illustration.
Dans une année très riche en sortie et en artistes-stars, tels que Pete Rock & C.L. Smooth, Cypress Hill, EPMD, Gang Starr, House of Pain ou The Pharcyde, il fallait être fort pour trouver sa place. Les Fu-Schnickens ont réussi l’exploit avec cet album, pièce maîtresse de l’histoire du rap.
Nervous Breakdown ou la maturité affirmée
Deux ans plus tard, la formation originaire de Brooklyn réitère la prouesse avec Nervous Breakdown, qui prouve que les Fu-Schickens ne sont pas les hommes d’un seul disque.
Le flow, les onomatopées et les textes hilarants de Chip Fu se révèlent supérieurs : il innove et fait du trio un groupe à part pour l’époque. De Breakdown à What’s Up Doc avec Shaquille O’Neal, c’est lui qui donne le ton de ce deuxième opus. K-Cut, membre de Main Source – remarqué en 1991 avec Breaking Atoms – et Diamond D assurent un excellent niveau de production.
Depuis 1979, dans l’histoire du rap, nombreux sont les albums indispensables qui ont marqué leur temps – et ces deux-là en font partie. Leur énergie demeure, encore aujourd’hui, remarquable.