Daniel Lanois revient avec « Belladonna Nocturne », nouvel album instrumental de quatorze titres prévu pour le 24 juillet en version physique. Vingt ans après « Belladonna », le Canadien de 74 ans prolonge cette veine sombre et cinématographique devenue sa signature, avec de nouvelles expérimentations qui prouvent, 50 ans après ses débuts, qu’il n’a rien perdu de sa curiosité.
Introduction
Quatre ans après son sublime Player, Piano, le compositeur, producteur et guitariste québécois s’impose avec Belladonna Nocturne, un projet prétexte à de nouvelles idées, porté par des ambiances exotiques dont lui seul a le secret, incitant à la rêverie.
Une nuit fabriquée sur mesure
Depuis cinquante ans, Daniel Lanois possède le don unique de composer des musiques très personnelles, pour lui comme pour les autres. At The Foot Of The Skyway Bridge, sorti en mai, rappelle certaines ambiances de l’album So de Peter Gabriel – dont il était musicien et coproducteur.
Bien sûr, Lanois s’est d’abord fait connaître grâce à son travail avec Gabriel, U2 ou Bob Dylan – mais il a également mené une carrière solo rapidement identifiable. Les structures de ses chansons, la profondeur du son, les ambiances et les innovations de production l’ont rendu unique. Et Belladonna Nocturne ne déroge pas à la règle.
Avec ce disque, il offre une suite directe au Belladonna de 2005, comme une musique de film sombre, parfaite pour Blade Runner. Pour apporter un peu de changement, il coproduit ici avec Wayne Lorenz – mais les fidèles eux aussi répondent présent, notamment Emmylou Harris, le batteur Brian Blade et le bassiste Daryl Johnson. Le Canadien utilise pédale steel, guitare, piano et orchestrations dub, dans la lignée de son travail habituel. Warp Sustain illustre bien cette approche forgée aux côtés des Irlandais de U2.
Profondément contemporain, cet opus s’avère en avance sur son temps. Sorti en février dernier, Grace, morceau mystique rendant hommage à l’hymne chrétien Amazing Grace, et conçu avec son ami de longue date Aaron Neville, force le respect par une œuvre totalement différente – preuve de son incroyable créativité, déployée depuis ses premières créations avec Brian Eno, au tout début des années 1980.
Instrumental et riche de trouvailles sonores, Belladonna Nocturne propose une immersion totale et inévitable dans un monde poétique, mélodique et parallèle.
D’Eno à Dylan : itinéraire d’un producteur de talent
Son approche du son a fait de lui une star auprès des plus grands. En 1984, son mentor Brian Eno l’invite à travailler sur The Unforgettable Fire de U2. Deux ans plus tard, le génie de Bath Peter Gabriel, impressionné, lui demande de travailler sur So, album majeur de sa carrière et des années 1980. S’ensuivront d’autres disques avec U2, un avec Gabriel (Us), puis deux pour Dylan. On lui doit également le standard Yellow Moon pour les Neville Brothers en 1989 – le titre éponyme ainsi que Sister Rosa marquant toute une génération.
C’est ainsi que Daniel Lanois est devenu l’un des plus grands producteurs de la planète rock. Depuis Acadie (1989), son premier album, il est aussi respecté en solo. For The Beauty Of Wynona (1993), Shine (2003), Belladonna (2005) et Player, Piano (2022) restent indispensables – et Belladonna Nocturne est bien parti pour l’être aussi.