Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que paraisse « Timeless » de Prince, après l’abandon d’un premier projet similaire en 2022. Neuf inédits studio et un live y dessinent le portrait d’un artiste généreux jusqu’à l’excès, capable d’offrir ses plus belles idées à d’autres plutôt que de les garder pour lui. Décryptage d’un disque aux multiples visages.
Introduction
Dix ans après sa mort, l’entourage de Prince permet de mettre la main sur neuf inédits studio et un live, réunis sous le titre Timeless. Le projet initial, un double disque de raretés prévu en 2022 sous le nom de Diamonds & Love, avait été réservé à une toute petite partie de fans. Cette fois, c’est une version totalement revue par l’équipe en charge de son héritage qui voit (enfin) le jour.
Ces chansons offertes
Des années 1970 aux années 2010, Timeless balaie une large période de sa carrière – et sur presque chaque décennie, on retrouve la même trace : une chanson créée, puis cédée ou mise de côté.
Écrite par Prince pour Céline Dion, With This Tear, une belle ballade romantique piano-voix, a pris place sur l’album éponyme de la star québécoise en 1992. À la batterie, Michael B, membre du NPG entre 1989 et 1996, qui accompagnera encore le Kid de Minneapolis en studio en 2009.
Autre trajectoire, mais en sens inverse, pour Stone. Le titre, d’abord baptisé Nothing Left 2 Give, puis Heart Of Stone, est signé par Sandra St Victor, ancienne membre du groupe Family Stand qui avait marqué l’année 1990 avec Ghetto Heaven.
Prince la retravaille, y ajoute paroles et musique, puis l’enregistre en 1995 à Paisley Park – envisagée pour son triple album Emancipation. Mais c’est finalement Sandra St Victor qui publiera sa propre version sur Sanctuary (2018). Batterie et programmations sont signées Kirk Johnson, percussionniste, batteur et danseur du New Power Generation – encore batteur dans The Prince Tribute Band.
I Am You, elle, ne sera jamais totalement donnée, ni totalement gardée non plus : jouée seulement deux fois lors de ses tout premiers concerts en 1979 à Minneapolis, elle est abandonnée – avant que certains de ses éléments soient utilisés pour I Don’t Wanna Leave You du groupe The Time en 1982. Le pur son funk de Minneapolis des tout débuts, à l’origine de son immense popularité dans la rue et dans les clubs avant d’atteindre un public plus large davantage orienté rock.
Ce que Prince a gardé pour lui
Heaven fut enregistré en 1985, alors qu’il était prévu pour le projet The Dawn – qui ne verra jamais le jour. Il faut dire que 1985 fut une année de création intense pour Prince : celle du cultissime album du groupe The Family, qui contient la version originale du standard Nothing Compares 2 U et celle d’Around The World In a Day.
I Wonder, enregistré en 1989 dans ses studios de Chanhassen, devait quant à elle figurer sur Crystal Ball 2, avant d’être finalement remisée en 2000.
Le silence se prolonge dans les années qui suivent : Calabama date de l’époque où Prince travaillait sur Musicology (2004), un titre très funk rehaussé d’une partie rap. The Guilty Ones (2007), lui, reste sûrement le morceau le plus mystérieux de Timeless, puisqu’on ne sait rien de son origine.
Quant à Bestest Friend, il remonte probablement à l’année 2012, juste après une tournée à travers l’Europe, le Canada, l’Australie et les États-Unis.
Timeless se referme sur une version live inédite, captée en 2016, de How Come U Don’t Call Me Anymore, qu’il jouait encore lors de sa dernière tournée, Piano And a Microphone. Sortie à l’origine en face B du single 1999, cette chanson avait déjà refait surface sur la B.O. du film Girl 6 en 1996. Elle l’aura suivi jusqu’au bout.