Décryptage

Meubles gonflables, gants interactifs, lunettes 3D… Des années 60 au années 80, un déluge de flops technologiques

19 août 2026

Par Samuel Leveque

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Bien avant les NFT, les écrans 3D ou les robots humanoïdes, les décennies de naissance de la société de consommation ont toujours été indisociables d’énormes échecs conceptuels et technologiques.

Introduction

À chaque nouvelle révolution technologique, une nuée d’inventeurs en herbe et d’entreprises opportunistes se précipitent à la recherche de la future innovation déterminante qui sera LE marqueur d’innovation d’une époque. Du Cybertruck de Tesla à la « montre verte » d’Apple ou l’AI Pin d’Humane, la tendance est à l’accélération de ces échecs patentés. Mais 2026 n’a pas le monopole des inventions ratées, comme en témoignent ces quelques échecs monumentaux ayant accompagné le développement des nouvelles technologies.

Les meubles gonflables : un design d’avenir tué dans l’œuf par une esthétique datée… Et le choc pétrolier.

Un projet de piscine publique en plastique gonflable à la fin des années 50. les projets du genre se multiplière dans les années 60, allant même jusqu’à imaginer des colonies lunaires sur ce modèle !©Domaine public

Ils furent une lubie de l’industrie pétrochomique en pleine expansion à la fin des années 50 : et on pouvait se meubler intégralement avec des objets en plastique gonflable transparent ? Et si on pouvait, même, construire des immeubles, voire des stades ou des ponts, en utilisant du plastique à la fois souple, transportable et résistant ?

Malgré un concept rétrofuturiste semblant profondément désuet, il y a bel et bien eu une industrie du mobilier et de l’infrastructure gonflable. Une industrie aux projets d’autant plus délirants que les nouveaux matériaux issus du pétrole permettaient de créer des surfaces à la fois souples et résistantes. Hélas, tous ces beaux projets paraissant tout droit surgir des planches de Gaston Lagaffe connaîtront un revers de premier ordre au début des années 70, quand le prix du pétrole s’envole brutalement après des décennies de coûts extrêmement bas.

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De plus, la mode des années 70 va progressivement se détacher de l’esthétique des gros boudins transparents qui avaient fait le chic de ce type de structures… Lesquelles ne s’avèrent évidemment pas non plus assez solides, ignifugées et sécurisées pour créer des aménagements comme de la voirie ou des locaux d’habitation. Notons tout de même que le concept n’a pas complètement disparu, mais se réserve désormais à des projets d’art contemporain ou de design de pointe, et plus à la consommation de masse !

Les lunettes 3D ou connectées, ces icones de la SF dont les consommateurs ne veulent pas vraiment

Prototype situé entre le casque de réalité virtuel et les smart glasses d’Ivan Sutherland, à la fin des années 60©Domaine public

Omniprésentes dans la science-fiction, les lunettes amplifiées sont une arlésienne de l’industrie de la tech. Lunettes pour voir à travers la matière, lunettes pour afficher de la 3D, lunettes connectées permettant d’afficher une interface d’ordinateur directement devant vos yeux, réalité augmentée… De Terminator à Dragon Ball en passant par Star Wars ou Dennou Coil, ces objets semblaient devoir entrer dans le quotidien des habitants du futur.

Néanmoins, les habitants du présent, eux, semblent encore et toujours peiner à adopter les lunettes quand elles font autre chose que corriger la vue, protéger du soleil ou servir d’accessoire de mode. Chaque nouvelle tentative se solde par un échec : la Sword of Damocles de Sutherland des années 60 est un dispositif trop lourd pour être largement distribué. Le Private Eye de Relflection Technology recevra en 1989 l’indifférence du public, notamment en raison de son prix prohibitif. Quant au dispositif Karma de l’université de Columbia développé dans les années 90, il ne fonctionnera jamais très bien et n’aura de ce fait pas de véritable application commerciale.

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Plus récemment, cette technologie qui fait davantage rêver les technophiles que le marché est revenue à toutes les sauces : Google Glasses, lunettes de sport d’Amoleed, ou plus récemment Ray-Ban connectées de Facebook… Autant de tentatives qui soulèvent davantage de questions légales que d’enthousiasme.

Le Power Glove : le motion gaming bien trop en avance sur son temps

©Nintendo / Mattel

Dans le musée des plus gros ratages de l’Histoire du jeu vidéo, cet accessoire tiendrait une bonne place. Le Power Glove de Nintendo, co-développé avec Mattel, est une tentative d’inventer une nouvelle manière de pratiquer les jeux vidéo, en leur adjoignant des mouvements de la main. Amusant sur le concept, impraticable en principe, tant les capteurs de l’époque étaient incapables de se connecter rapidement et de manière continue au gant.

Mais surtout, c’est le très faible nombre de jeux développés pour cet accessoire qui va en faire un échec spectaculaire : en 1989 personne ne souhaitait dépenser 100 dollars (l’équivalent de 250€ de 2026) pour ne pouvoir jouer qu’à une poignée de titres mal fichus.

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L’échec ne sera tout de même pas absolu pour Nintendo, qui réutilisera une partie des concepts technologiques du Power Glove pour concevoir, quinze ans plus tard, les manettes de sa Wii, qui s’écoulera à plus de cent millions d’exemplaires.

Le Betamax, la preuve que la qualité ne fait pas tout

Terminons ce panorama des technologies sans futur avec le Betamax, le format d’enregistrement mis au point par Sony au milieu des années 70. Conçu comme un des premiers moyen grand public permettant d’enregistrer des programmes télévisés, le Betamax avait tout pour lui : arrivé des années avant le VHS de JVC, permettant d’enregistrer en bonne qualité pour l’époque, sur un format relativement solide.

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Malheureusement pour Sony (qui produira tout de même des cassettes Betamax jusqu’en… 2015 !), plusieurs revers vont faire de ce format un échec patenté, à commencer par la capacité des VHS concurrentes à enregistrer des programmes plus longs, pour un coût moindre. Mais c’est aussi la brouille entre Sony et nombre d’ayants droits qui va donner une assez mauvaise presse à la marque japonaise. Quand le marché de la vidéo se développe en Europe, quelques années après l’Amérique du Nord, la plupart des distributeurs ont déjà abandonné le format pour celui de JVC, faisant de la cassette Betamax un objet assez rare sur le Vieux Continent.

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