Après un passage remarqué par le Festival de Cannes, Jim Queen débarque dans les cinémas, ce 17 juin. L’occasion de découvrir les aventures de Jim Parfait, un influenceur atteint d’hétérose, aux côtés de son plus grand fan, Lucien. Critique.
Introduction
Sa projection avait fait grandement parler durant le Festival de Cannes, Jim Queen ayant provoqué la ferveur du public durant une Séance de minuit mémorable. Désormais, le film appartient au public.
Imaginé par Marco Nguyen et Nicolas Athané, il raconte l’histoire de Jim Parfait (doublé par Alex Ramirès), star des réseaux sociaux et icône gay des salles de sport. Sauf que, lorsqu’il contracte l’hétérose (maladie consistant à convertir les hommes homosexuels en hétéros), tout bascule, et l’athlète est sur le point de perdre l’ensemble de ses followers. Pire encore : il pourrait voir fondre ses abdos et tomber amoureux d’une fille… Alors, pour éviter tout cela, Jim va se mettre en quête de l’antidote, aidé par Lucien (Jérémy Guillet), un jeune garçon qui n’a pas encore faire son coming-out.

Une fable queer délirante et importante
Pour la première fois, Bobbypills – studio d’animation pour adulte auquel on doit notamment le mythique programme Les Kassos ou bien le surprenant Crisis Jung – passe au long-métrage en proposant un film d’animation satirique et absurde, aussi trash que pop. On y croise ainsi les fantômes de Christine Boutin et de Didier Raoult, « la Gaystapo » ou encore des drag-queens, tout en sillonnant les rues de Paris entre le Marais et les boîtes de nuit. Des lieux iconiques qui accueillent l’ensemble de la communauté LGBTQIA+ et à travers laquelle on navigue avec plaisir.
Car, au-delà du film militant, Jim Queen permet surtout de mieux comprendre l’ensemble de cette démographie queer ainsi que ses codes, sans jamais tomber dans un laïus trop évident ou trop simpliste. De par son écriture et sa mise en scène aussi inventive que rythmée, le long-métrage réussit également à convaincre en termes d’émotion. Outre la torpeur de Jim, c’est bien le cheminement de Lucien qui est au cœur du récit.
En versant autant dans le trash de certaines situations – on se souviendra d’une séquence glauque dans un laboratoire – que dans la quête de soi, Jim Queen parvient ainsi à trouver un équilibre parfait. Sans limites, l’animation appuie, par ailleurs, une liberté bienvenue, qui puise autant dans les cartoons américains que dans une certaine tradition française dont Bobbypills est le digne représentant, depuis ses débuts sur YouTube jusqu’à son arrivée sur les plateformes de streaming.
Cette liberté débridée des couleurs, de la bande originale, des personnages et les gags redoutables de Jim Queen font de ce film une véritable pépite d’animation. Importante, drôle et émouvante, la proposition de Marco Nguyen et Nicolas Athané rappelle que le cinéma, entre intelligence et imaginaire, est l’un des meilleurs moyens de défense contre la résurgence réac. La sortie de Jim Queen, en ce mois des fiertés, en est la plus belle preuve.