Hagai Levi revisite les écrits d’Etty Hillesum, une intellectuelle juive néerlandaise dont le journal intime est devenu l’un des témoignages les plus célèbres de la Shoah.
Introduction
Une jeune femme s’attaque au fascisme non par les armes, mais par l’écriture. Avec Etty, Arte raconte l’histoire d’Esther Hillesum, une intellectuelle juive néerlandaise née en 1914 et assassinée à Auschwitz en 1943. La série, disponible sur arte.tv dès le 13 mai, sera ensuite diffusée sur Arte les jeudis 21 et 28 mai à 21 heures. Elle découpe en six épisodes un film sorti en salles le 6 mai.
Présentée par la chaîne comme le portrait d’une « héroïne moderne », Etty porte la signature d’Hagai Levi, créateur de En thérapie, The Affair et Scènes de la vie conjugale. Julia Windischbauer incarne Etty Hillesum face à Sebastian Koch dans le rôle de Julius Spier. Leopold Witte, Gijs Naber, Claire Bender et Evgenia Dodina complètent notamment la distribution.
Quelle est la part de fiction et de réalité ?
Etty s’inspire du véritable destin d’Etty Hillesum, dont les journaux – rédigés à partir de 1941 – ont été publiés après la guerre, sous le titre Une vie bouleversée. Étudiante en droit, passionnée de littérature russe, de psychologie et de philosophie, elle vit à Amsterdam lorsque les Pays-Bas sont occupés par l’Allemagne nazie. Sa rencontre avec Julius Spier, psychologue et chirologue, la pousse à tenir un journal.
Ce sont ces textes qui ont attiré Hagai Levi. Aux Inrockuptibles, le scénariste raconte avoir d’abord vécu « une rencontre esthétique avec le livre ». « Si ce livre a changé ma vie, c’est parce qu’il m’a donné un sens de l’autonomie, très spécifique », explique-t-il. Etty n’est pas seulement une figure de la Shoah : elle est une femme qui tente de préserver sa liberté intérieure au moment où le monde se referme autour d’elle.
Que raconte la série ?
La série met à l’écran une Amsterdam occupée, où les persécutions antijuives progressent par étapes. Etty travaille un temps pour le Conseil juif d’Amsterdam, structure créée sous contrôle nazi, avant de demander à rejoindre le camp de transit de Westerbork pour venir en aide aux personnes internées. « Etty n’a pas souhaité mourir, elle ne pensait pas être tuée. Elle a voulu travailler dans ce camp pour aider les autres », précise Levi. Déportée à Auschwitz en septembre 1943 avec sa famille, elle y meurt quelques semaines plus tard.

Hagai Levi filme Amsterdam aujourd’hui, avec des décors contemporains, des vêtements actuels, une ville qui ne se déguise pas en années 1940. Le choix peut surprendre, mais il répond à l’intention d’arracher Etty Hillesum au musée du passé pour faire résonner son expérience avec notre présent.
« Depuis le départ, je ne voulais pas d’une série historique. C’était ma façon de rester loyal à l’écriture d’Etty Hillesum, que je trouvais ultra moderne, explique-t-il. Je ne pouvais pas considérer l’Histoire comme un récit du passé. » Cette liberté de mise en scène ne gomme pas la trajectoire d’Etty ; elle en déplace le regard. Le fascisme n’apparaît plus comme une archive lointaine, mais comme une mécanique de dépossession qui peut, de nouveau, parler au présent.