L’autrice offre un récit d’émancipation féminine bercé par une prose délicate et une sensation surprenante d’instantané. Critique.
Introduction
L’autrice et journaliste Katherine Pancol est de retour en libraire avec Des choux et des reines, publié aux éditions Album Michel le 4 mai 2026. Célèbre pour ses romans Les yeux jaunes des crocodiles (Albin Michel), Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (Albin Michel), la trilogie Muchachas (Albin Michel) ou, plus récemment, Sous les platanes de Manhattan (Albin Michel), l’écrivaine continue de traiter ses thèmes les plus forts dans son nouvel ouvrage.
La place des femmes dans le monde, leur évolution, leur émancipation, mais aussi les questions qui entourent la famille et l’absence : autant de sujets évoqués dans Des choux et des reines, un roman court, qui va à l’essentiel avec une certaine efficacité.
Sophie s’est enfuie, un jour, avec son chien Sherlock. Elle laisse derrière elle un compagnon toxique et pervers, et trouve refuge chez une ancienne connaissance. Là, elle tente de se reconstruire et de comprendre comment certains de ses choix ont pu l’amener à tomber dans une relation aussi néfaste. Aidée par les femmes qui l’entourent, elle commence un long processus de guérison et évalue autant son présent que les souvenirs du passé.
Des choux et des reines – un titre évocateur inspiré d’Alice au Pays des merveilles – est un récit d’émancipation. Katherine Pancol dresse le portrait d’une femme incertaine, qui doute, se rabaisse et tente de donner un sens aux chapitres importants – et traumatisants – de sa vie.
Liberté féminine et sororité
Des choux et des reines arrive, pendant toute sa première partie, à conduire le lecteur sur une piste imprévisible. En suivant la nouvelle vie de Sophie (racontée à la première personne), le livre se déroule pendant un moment clé de son existence, sans que le contexte d’avant soit posé. Puis, l’autrice dévoile les subtilités de son personnage, en mettant en parallèle sa vie actuelle et les souvenirs de son adolescence, vécue au même endroit. Le récit d’émancipation guide cette idée.
Le roman est un roman de femmes. Ce sont les femmes autour de Sophie qui vont l’aider à avancer dans sa vie. Katherine Pancol développe les relations toxiques, l’emprise, la sensation de culpabilité et l’estime rabaissée de soi-même avec beaucoup de sensibilité et de vérité. Elle montre ensuite la solidarité féminine, la résilience et le pardon de soi. Si les relations toxiques sont au cœur du roman, l’écrivaine aborde aussi les relations familiales, les amis, la figure du père, la place du premier amour adolescent ou encore les regrets vis-à-vis du temps qui passe. À travers le rythme des différentes saisons, le livre a cette nostalgie, cette sensation douce-amère de la chose qui n’est plus, associée à la promesse de ce qui peut encore être.
Une écriture (trop ?) rapide
Des choux et des reines est comme un cri du cœur, instantané, spontané, jeté sur la page. La lecture en devient enivrante. Le roman peut se lire d’une traite, porté par la mélodie et le style des phrases de l’autrice. Sans jamais perdre son récit, elle parvient à aller et venir entre le passé et le présent, à évoquer d’autres œuvres, d’autres auteurs et à faire évoluer sa protagoniste.
La lecture rapide est plaisante, immédiate et presque réconfortante. Mais elle peut aussi, par moments, laisser une sensation d’inachevé. Comme s’il y avait peu de respirations ou de digressions permettant au livre d’aller plus loin que ce qu’il est déjà et d’avoir des moments de pause. Katherine Pancol reste focalisée sur son histoire et n’en dévie pas. C’est la force principale de son intrigue, mais aussi sa limite.
Des choux et des reines est un roman court, efficace, qui arrive en moins de 200 pages à traiter avec justesse beaucoup de sujets. Sans donner toutes les pistes de compréhension, en laissant volontairement des zones de flou, Katherine Pancol arrive à un brillant équilibre : offrir un livre « tranche de vie », qui se passe lors d’un moment décisif de l’existence de sa protagoniste.
Sensible et doux, brutal et violent (via ses thèmes et certaines allusions), le roman est dans le paradoxe : à la fois éphémère et éternel.