De l’eau a coulé sous le pont Mirabeau depuis vos récitations scolaires et vos cours de français. Mais, comptez sur notre sélection des plus grands poètes, de la Renaissance au XXe siècle, pour retrouver un peu de clarté sur le sujet. Ainsi, vous différencierez la mignonne rose des épineuses fleurs du mal, et légers, vous pourrez vous en aller au vent mauvais ou, si vous le préférez, partir, demain dès l’aube.
Jadis, à l’époque médiévale, la poésie se manifestait avec les chansons de gestes, longs poèmes épiques relatant les exploits héroïques menés à la guerre. Puis, les troubadours, au sud de la France, et les trouvères, au nord, chantaient – respectivement en langue d’oc et d’oïl – l’amour courtois avec lyrisme. Progressivement, de nouveaux genres poétiques se développent tels que le rondeau, le lai ou la ballade, maîtrisés notamment par François Villon dont le nom est passé à la postérité.
Néanmoins, si les ménestrels ont considérablement marqué l’histoire de la poésie francophone, les figures majeures de celle-ci apparaissent surtout à la Renaissance, immense période de révolution culturelle et intellectuelle.
Pierre de Ronsard (1524-1585)
Poète phare du XVIe siècle, chef de file de la Pléiade, Pierre de Ronsard est un incontournable à connaître. À l’instar des auteurs humanistes, il se calque sur les modèles antiques pour écrire mais, très vite, son style personnel et sa sensibilité s’imposent. S’ajoute donc, à son incroyable technique, l’art du sentiment, particulièrement celui amoureux, qu’il l’exprime pour Cassandre, Marie ou Hélène. Or, Les Amours peuvent malheureusement faner et ça, Ronsard en a bien conscience. Alors, aux sonnets, il privilégie les odes pour parler de l’éphémère beauté. Au travers de strophes, il invite le lecteur à contempler le monde alentour et à apprécier l’instant présent puisque le temps passe et la jeunesse s’échappe, fugace. En témoigne l’illustre poème Mignonne, allons voir si la rose.
Victor Hugo (1802-1885)
Impossible d’oublier celui qu’on qualifie d’Homme siècle, tant pour sa longévité, que pour ses nombreuses participations lors d’évènements historiques majeurs ou encore pour son œuvre foisonnante qui a abondamment nourri le XIXe siècle ! Il s’agit bien entendu de Victor Hugo. Certes, nous le connaissons davantage pour ses romans incontournables tels que Notre-Dame de Paris et Les Misérables ou même ses pièces de théâtre comme Hernani ou Ruy Blas, mais ses ouvrages poétiques sont tout aussi riches et intéressants.
Citons entre autres, Les Orientales, recueil publié en 1829 dans lequel souffle un vent de liberté et une grande technicité malgré le jeune âge d’Hugo.
Bien qu’en exil en 1853, il écrit Les Châtiments, poèmes engagés à l’encontre de Napoléon III.
Enfin, plus tardif et surtout plus personnel, attardons-nous sur le recueil Les Contemplations. Paru en 1856, cet ouvrage est largement marqué par la mort et le deuil, à la suite du décès de Léopoldine, la fille du poète, qui s’est accidentellement noyée dans la Seine à seulement 19 ans. Le recueil est composé de six livres, regroupés en deux parties : « Autrefois » et « Aujourd’hui », séparée par l’année 1843, celle de la disparition. Un volume bouleversant, dans lequel nous ressentons toute la tristesse du poète au travers de nombreux vers dédiés à la chair de sa chair, comme le très célèbre Demain, dès l’aube.
Charles Baudelaire (1821-1867)
De grands poètes du XIXe siècle ont su s’émanciper du cadre classique de la poésie en cassant les codes de la versification et en dépassant ses contraintes. Le réel et le mal-être deviennent alors source d’inspiration pour ces auteurs qui ont libéré le genre. Mais ce bouleversement littéraire ne sera pas sans conséquences : Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, publiées une première fois en juin 1857, scandaliseront la société bienpensante. Outre la forte amende à laquelle Baudelaire a été condamné, la censure sévit aussi : l’ouvrage sera uniquement publié en Belgique et sera réhabilité en France plus d’un siècle plus tard. Ce recueil de poèmes et de textes demeure très contemporain grâce aux thèmes abordés : le dégoût de soi, la souffrance terrestre, l’aspiration à un monde idéal…
Stéphane Mallarmé (1842-1898)
C’est d’ailleurs la lecture – bouleversante – des Fleurs du mal qui inspire les ouvrages initiaux de Stéphane Mallarmé, après des premiers pas poétiques surtout influencés par Hugo et de Banville. Cependant, contrairement à ses prédécesseurs, l’œuvre du poète est davantage complexe à décrypter. À première vue, le langage peut y paraître obscur, il est en fait gorgé d’allusions. Figure de proue du symbolisme, Mallarmé ne dit pas : il évoque, il suggère le monde sans le montrer, redéfinissant entièrement le rapport qu’il entretient avec ce dernier. Cet affranchissement des conventions littéraires traduit une forte modernité poétique, la même qu’il appréciait chez ses ainés. Ses expérimentations audacieuses face à la tradition, comme l’excellent L’Après-midi d’un faune, sont rassemblées dans Poésies. Un recueil témoin de la remise en question permanente de Mallarmé, un poète perfectionniste, en quête de l’absolu.
Paul Verlaine (1844-1896)
De la musique avant toute chose : c’est ainsi que débute l’un des poèmes de Paul Verlaine. Un précepte ayant donné le la à toute sa production poétique, profondément empreinte d’une importante musicalité. Verlaine nuance, joue avec les sons, créé des vers harmonieux. Il est également influencé par la peinture, en particulier l’impressionnisme. Un univers expressif, sensible, onirique qui se manifeste dans ses textes comme dans ses titres Chanson d’automne ou Mon rêve familier. Ces deux poésies sont extraites de Poèmes Saturniens, un recueil placé sous le signe de la planète de la mélancolie et explorant les thématiques de l’amour et de la tristesse. Dans la même veine, Romances sans paroles aborde la passion tumultueuse entre Verlaine et Rimbaud.
Arthur Rimbaud (1854-1891)
Il faut dire qu’Arthur Rimbaud était un homme à l’esprit bouillonnant et révolté. Rebelle, le prodige – qui a cessé d’écrire autour de ses 20 ans – était en contradiction avec les mœurs de ses pairs. Rimbaud ose, innove, invente, s’évade en vers libres, révolutionne la littérature et présage même le surréalisme. Il dénonce aussi, notamment les cruautés de la guerre dans Le Dormeur du val issu Des Cahiers de Douai. Par leurs sujets universels (souffrances personnelles, quête d’indépendance), des poèmes tels que Le Bateau ivre, Les Étrennes des orphelins ou Ma Bohême sont encore d’une actualité criante et il est toujours agréable de lire ces titres réunis dans un ouvrage intégral tel qu’Œuvres complètes.
Poète maudit par excellence, le jeune Rimbaud avait le talent et les idées, mais ne se sentait pas en adéquation avec la société et se retrouvait soit incompris, soit méprisé, ou les deux. Malgré les critiques, cette fièvre de liberté n’a jamais cessé de l’animer : après avoir délaissé la poésie, il voyage, éternellement friand d’aventure.
Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Original, avant-gardiste, fervent défenseur de l’imaginaire et de la création, Guillaume Apollinaire a eu un impact profond sur la poésie telle que nous la connaissons. Attaché à une certaine tradition, le poète loue les sentiments et la fuite du temps avec un ton lyrique, mais introduit tout de même la modernité. Pour ce faire, il abandonne la ponctuation, s’affranchit de la versification et, surtout, élabore les Calligrammes, ces poèmes dont les phrases forment des images en lien avec le thème exprimé. Plus d’un siècle plus tard, ses Alcools nous enivrent encore avec ses jeux de mots, son utilisation savante des temps et ses expérimentations.
Paul Éluard (1895-1952)
Le début du XXe siècle en poésie a été marqué par le dadaïsme et le surréalisme. Si Apollinaire en était un précurseur, Paul Éluard en était l’un des plus illustres piliers. Artiste engagé auprès du Parti Communiste, il compte parmi ses amis André Breton, fréquente Max Ernst et Salvador Dali. D’ailleurs Gala, la première femme d’Éluard, le quittera pour vivre avec le peintre. En compagnie de sa seconde épouse surnommée Nusch, il fréquente aussi Picasso. Dès 1938, il rompt avec le mouvement surréaliste mené par Breton.
En 1942, en pleine occupation, il publie le poème Liberté dans un recueil clandestin. En signe d’espoir, ce texte sera même parachuté à des milliers d’exemplaires sur la France par la Royal Air Force. Après la guerre, il s’engage pleinement dans le mouvement pour la paix.
Ainsi, nous avons bien souvent gardé en mémoire les poèmes engagés de Paul Éluard mais il ne faut pas oublier la grande part de l’œuvre dédiée à l’amour et au désir, laissant libre cours à un style qui dépasse la simple écriture automatique…
Louis Aragon (1897-1982)
Ami d’Éluard, Louis Aragon adhère aussi au Parti Communiste, après s’être éloigné du groupe des surréalistes mené par Breton à la fin des années 1920. Une part colossale de sa poésie est engagée, prônant un message global de liberté. Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous la France occupée, Aragon s’engage dans la Résistance. À ses côtés, la romancière Elsa Triolet, son épouse depuis 1939. Outre la part militante de son œuvre, l’écrivain n’a cessé de chanter, pendant des années, l’amour éprouvé pour sa femme et muse adorée, avec laquelle il formait l’un des couples les plus emblématiques de la littérature française du XXe siècle. En témoignent Les Yeux d’Elsa ou Le Fou d’Elsa. Ces questionnements sur l’amour, les multiples luttes, la société et la beauté transparaissent également dans les romans d’Aragon (Aurélien, Le Paysan de Paris…) en plus des notions de conscience et d’existence.
Jacques Prévert (1900-1977)
Il a écrit des chansons, des dialogues pour le cinéma, des scenarii mais aussi des poèmes, nous parlons bien entendu de Jacques Prévert. Aujourd’hui encore, il demeure l’un des auteurs les plus populaires. Son incontournable recueil Paroles compte 95 textes aux thématiques variées telles que la guerre, la société et l’amour. Y figurent les célèbres poèmes comme Le Cancre ou Je suis comme je suis dont l’humour et la tendresse ne lassent jamais.
Vers d’autres horizons poétiques
Évidemment, la poésie française ne s’arrête pas à cette liste non exhaustive : de la sincérité de Joachim du Bellay à l’intensité de René Char, en passant par la sagesse de Jean de La Fontaine ou même le romantisme d’Alphonse de Lamartine, elle constitue une perpétuelle invitation à l’émotion.
Et si vous avez déjà fait le tour de la production des poètes de la Renaissance au XXe siècle, ou juste si vous souhaitez en découvrir des plus contemporains, n’hésitez pas à prendre part au mois de la poésie.