Critique

« Fauves » : que vaut le nouveau roman de Mélissa Da Costa ?

02 janvier 2026
Par Robin Negre
"Fauves" : que vaut le nouveau roman de Mélissa Da Costa ?
©M. Da Costa

L’autrice de « Tout le bleu du ciel » est de retour en librairie avec un livre puissant aux thèmes universels et intemporels. Critique.

Deux ans après Tenir debout (Albin Michel), Mélissa Da Costa revient en librairie avec un roman inédit intitulé Fauves (Albin Michel), à découvrir à partir du 7 janvier 2026.

À travers le récit initiatique d’un adolescent en fuite, l’autrice à succès dépeint une histoire sombre et intense, qui interroge le rapport entre les hommes et les femmes, entre les traumatismes, la violence, la recherche de liberté et le besoin d’émancipation. Sans nul doute l’un des grands livres de cette rentrée littéraire de janvier 2026.

Tony, 17 ans, quitte son domicile après une altercation avec son père et s’engage, sur un coup de tête, dans un cirque itinérant passant proche de chez lui. Fuyant ses problèmes, ses traumatismes et son paternel violent, il tente de démarrer une nouvelle vie en compagnie de ces gens du voyage qui ne restent jamais bien longtemps au même endroit.

Le jeune homme découvre petit à petit le monde du cirque et commence à développer une fascination pour les nombreux félins présents, au point de vouloir devenir dompteur. Se déroulant dans les années 1980, Fauves saisit une époque et décrit avec minutie le quotidien des artistes de cirques – notamment leurs numéros les plus dangereux, avec des animaux sauvages gardés en captivité – ainsi que la vie marquée par les traditions des gens du voyage.

Patriarcat, hommes et femmes

En fuyant sa vie, Tony espère échapper à l’emprise de son père, André, porté sur la bouteille, les coups et les crises de colère. Le thème de la violence familiale est universel et traverse les époques, mais Mélissa Da Costa arrive à construire un protagoniste ambigu, profond et complexe qui déteste autant son père qu’il l’admire et tire de la fierté à l’idée de se comporter comme lui.

Évoquant la place de l’inné, de l’acquis, de la construction des enfants et des adolescents en fonction de la présence (ou de l’absence) des figures parentales, l’autrice pose différents sujets dès les premiers chapitres de son roman. En quittant son milieu d’origine, Tony s’engage dans un cirque, dirigé par le charismatique Chavo, un homme également dur et sec, qui n’hésite pas à utiliser ses poings pour faire respecter les règles, en particulier avec sa femme, l’énigmatique et séduisante Sabrina.

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Car, une fois l’histoire lancée sur les routes en compagnie de ce cirque ambulant et familial, Mélissa Da Costa aborde un autre aspect des relations humaines : le rapport des hommes aux femmes et le patriarcat omniprésent dans les années 1980. Les hommes du cirque montent le chapiteau et se donnent en spectacle, tandis que les femmes préparent le repas et s’occupent des enfants, invisibles, contraintes de respecter l’autorité masculine et la tradition gitane.

Le désir d’émancipation naissant est sermonné, les mariages forcés entre des hommes d’âge mûr et des adolescentes mineures sont courants. Sans jamais tomber dans la caricature, Mélissa Da Costa arrive à retranscrire l’injustice de l’époque et les différences de droits et de liberté entre les hommes et les femmes de ce milieu. Tony, étranger à ces coutumes, observe et découvre un nouveau monde. Or, en raison d’une mère absente et d’un père misogyne et violent, le jeune homme n’a pas de considération pour les femmes.

Dompter les fauves

Tout le livre s’attache ainsi à ausculter l’éducation (ou la soumission) face aux instincts primaires et sauvages. Si Tony cherche à échapper à l’emprise de son père, il se met bien vite à répéter les mêmes schémas et les mêmes comportements. Recréant les mécanismes qu’il voulait fuir, le protagoniste apparaît piégé, incapable d’évoluer.

Mélissa Da Costa parvient tout de même à avoir de l’empathie pour Tony et à la transmettre au lecteur. Son personnage est paradoxal. Conscient de ses défauts, de ses crises de colère, de sa ressemblance avec son père, il éprouve cependant un amour sincère pour les animaux et une haine profonde pour l’injustice.

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Jusqu’au-boutiste dans son traitement des sujets phares, Fauves fait un parallèle entre la condition des hommes et des femmes qui ne peuvent échapper à leur destin, et ces fauves captifs, contraints d’assurer le spectacle au sein d’un cirque itinérant.

L’autrice dépeint avec précision la vie des tigres et des lions présents dans cette troupe familiale, et le travail du chef, Chavo, seule personne capable de les dompter. Fauves parvient à dresser le portrait de plusieurs personnages, tout en restant focalisé sur Tony, le jeune protagoniste qui découvre – avec le lecteur – ce mode de vie singulier. Les personnages s’écrivent à mesure que les pages défilent et le livre ne perd jamais de son efficacité. Le mystère de l’inconnu, la promesse du voyage permanent, la fuite en avant des personnages, le danger inhérent des fauves et l’amour impossible entre certains personnages… Le roman de Mélissa Da Costa a des allures de livre d’aventure exotique.

Grande fresque se déroulant dans les années 1980, Fauves est tour à tour un livre révolté, un récit initiatique, un roman d’amour et la photographie d’une époque révolue, avec ses codes et ses règles.

Grâce à une narration fluide, une écriture limpide et une construction rythmique qui mêle le présent des personnages avec leur passé et leurs traumatismes, Mélissa Da Costa signe une œuvre aboutie, sans doute l’une de ses meilleures.

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