Décryptage

Darkest timeline : quand les super-héros deviennent leurs pires ennemis

04 mai 2022
Par Michaël Ducousso
Le Stephen Strange maléfique figure dans le casting des grands vilains de “Doctor Strange in the Multiverse of Madness”.
Le Stephen Strange maléfique figure dans le casting des grands vilains de “Doctor Strange in the Multiverse of Madness”. ©Marvel Studios

Les justiciers de Marvel et DC sont régulièrement confrontés à des doubles maléfiques qui finissent souvent par les surpasser.

Le Multiverse of Madness réserve de sacrés défis au Doctor Strange, à commencer par un adversaire de taille pour le sorcier de Marvel : lui-même. Enfin, pas exactement, puisqu’il s’agit d’une version corrompue. Le film qui sort en salle ce 4 mai n’invente rien : cette pirouette scénaristique du double maléfique est un grand classique des récits super-héroïques. Il s’agit parfois d’un clone, comme Kaine pour Peter Parker, ou d’un simple copycat plus violent comme The Wrath pour Batman, mais les pires de ces adversaires proviennent généralement de dimensions où tout a mal tourné.

Une sorte de Darkest Timeline, comme dirait Abed de Community, où un élément légèrement différent a bouleversé la vie du héros pour le transformer en dangereux criminel. À chaque fois, les récits mettant en scène ces personnages torturés ont compté parmi les meilleurs consacrés à un personnage, car ils permettent d’aborder une nouvelle facette de sa psychologie et d’explorer pleinement l’étendue de ses pouvoirs. C’est aussi l’occasion de réaliser la menace que représentent les surhumains lorsqu’ils ne sont pas animés de bons sentiments. Certains seraient assez puissants pour détruire les multivers de DC et Marvel, comme ces six versions sinistres de nos héros favoris.

Le Batman qui rit

De tous les Batmen qui ont surgi du Multivers noir pour détruire la continuité principale de DC dans Batman Metal, il est celui qui a le plus marqué les esprits. Déjà parce qu’on n’est pas habitué à voir Bruce Wayne sourire – ce n’est pas Robert « Battinson » qui dira le contraire –, ensuite parce qu’il s’est révélé être un adversaire bien trop fort pour le Chevalier Noir.

Le Batman qui rit n’est pas aussi protecteur que le Batman original avec ses Robin.©DC Comics

Il faut dire qu’il rassemble en un seul homme l’intellect supérieur de Batman et la folie sadique du Joker. Contaminé par le sérum de ce dernier dans sa dimension chaotique, le Batman qui rit a permis à Scott Snyder et Gregg Capullo de rapprocher les deux faces d’une même pièce frappée à Gotham. Le scénariste et le dessinateur avaient déjà, comme beaucoup d’artistes auparavant, lié ces deux némésis lors de leur série durant la période New52 de DC Comics, mais avec Batman Metal et ses récits dérivés, ils sont allés plus loin, peut-être trop pour le Chevalier Noir.

Captain Hydra

Captain America est un symbole du combat pour la liberté. Mais quand ce symbole se met au service de l’idéologie fasciste d’Hydra, tout l’univers Marvel est bouleversé. Cette version néonazie de Steve Rogers n’est pas à proprement parler issue d’une dimension parallèle, mais d’une ligne temporelle alternative créée par Red Skull à l’aide du cube cosmique. Dans la série Loki, on parlerait de variant. Elle mérite néanmoins sa place dans ce classement, non pas pour la menace qu’elle a fait peser sur l’univers Marvel, mais pour le choc qu’elle a causé aux lecteurs.

Deux petits mots qui viennent mettre à mal toute une carrière bâtie sur les valeurs de justice et à la liberté.©Marvel

Le « Hail Hydra », glissé par le héros à la fin de Captain America: Steve Rogers #1 en 2016, a traumatisé plus d’un fan. Et le voir endosser l’identité d’Hydra Supreme, champion charismatique d’une Amérique contrôlée par l’organisation fasciste dans Secret Empire a fini de les dérouter. Certains ont même envoyé des menaces à Nick Spencer et Jesus Saiz, les artistes qui ont causé ce retournement de situation. Plusieurs années après le « drame » et maintenant que la situation est rétablie dans l’univers Marvel, le hashtag #SayNoToHydraCap témoigne encore du choc que cela a été pour les fans de Captain America.

Le Crime Syndicate

Si sur la Terre Prime, les plus grands héros du monde se sont rassemblés dans une ligue vouée à faire triompher la justice et protéger les faibles, sur Terre 3, c’est tout l’inverse : une équipe de super-criminels y fait régner la terreur. Ils se nomment Ultraman au lieu de Superman, Owlman à la place de Batman ou encore SuperWoman plutôt que WonderWoman. Sur le plan moral, ce sont les exacts opposés des membres de la Justice League. Ils ont les mêmes pouvoirs, mais les utilisent pour faire le mal. Ce qui rend ces demi-dieux quasiment inarrêtables.

Le syndicat du crime a de grands pouvoirs mais n’a pas jugé bon d’assumer les responsabilités qui vont avec.©DC Comics

Heureusement, la plus grande force de la Justice League ne réside pas dans les pouvoirs de ses membres, mais dans la confiance et l’amitié qui les unissent. Des sentiments qui font cruellement défaut au Crime Syndicate où tout le monde se déteste. Cette faille a permis à la Justice League de vaincre ses ennemis, même s’il lui a parfois fallu s’allier avec d’autres super-vilains comme Lex Luthor, dans Forever Evil, pour en venir à bout.

Maestro

Hulk est bien souvent un danger pour lui-même autant que pour le reste de l’humanité. Sa puissance destructrice, sa rage, et son intellect pas toujours très développé en font une menace qui a poussé les Illuminatis (les héros les plus intelligents de l’univers Marvel) à l’exiler dans l’espace, lors de l’excellent Planet Hulk. Pourtant, l’alter ego verdoyant de Bruce Banner n’est pas foncièrement mauvais. Contrairement à Maestro, son double de la Terre 9200, apparu au début des années 1990 dans l’arc Futur Imparfait. Tyran venu d’une dystopie post-apocalyptique, le Maestro combine la force de Hulk et le génie de Banner.

Derrière ses airs de sage patriarche, Maestro cache en réalité une folie destructrice.©Marvel

Ce pourrait être le meilleur des deux s’il n’avait pas sombré dans la folie. Il règne sans se soucier de faire des victimes et c’est d’ailleurs ce qui lui donnera un avantage sur l’incroyable Hulk lors de leurs premiers affrontements : ce dernier est plus préoccupé par le sort des innocents pris entre deux feux que par son adversaire, qui n’hésite pas à mettre en péril la vie de ses sujets pour vaincre. Pour Hulk, c’est une défaite, mais il en sort grandi aux yeux des lecteurs qui comprennent que, malgré ses accès de violence, il tente toujours de sauver des vies.

The Maker

Il n’y a pas de famille de super-héros plus iconique que celle des 4 Fantastiques. Ils se sortent de toutes les galères grâce à leurs super-pouvoirs et aux liens indéfectibles qui les unissent. Mais que se passerait-il si cette famille explosait et si Mr. Fantastic, l’homme le plus intelligent du monde, se retrouvait privé de l’amour des siens ? Il deviendrait The Maker. Non pas un savant fou, mais un scientifique totalement dénué de cœur, dont les plans machiavéliques provoquent de nombreux remous dans l’univers Marvel depuis son apparition en 2004.

Le casque oblong du Maker cache son crâne agrandi pour laisser plus de place à son cerveau. Grâce à ça, il a plus d’idées, mais pas les meilleures.©Marvel

Il faut dire que peu de héros peuvent rivaliser avec ce véritable génie du mal, doté d’un QI de 267, mais d’aucune empathie. Créée par Brian Michael Bendis, Mark Millar et Adam Kubert lors de la phase Ultimate de l’univers Marvel, cette version de Reed Richards a d’abord suivi l’original avant d’entamer sa descente aux enfers sous les yeux des lecteurs. Un parcours tristement fascinant, marqué par une séparation avec Sue Storm qui l’a définitivement fait basculer du côté obscur.

Superior Iron Man

Tony Stark est narcissique et ses choix durant l’arc Civil War sont discutables. Il n’empêche qu’il reste du bon côté de la barrière, animé par de bonnes intentions. Hélas, lors de l’événement Axis, un sort a chamboulé la personnalité des héros de la Terre. Cela a révélé tout le potentiel de Tony Stark tout en laissant son penchant mégalomaniaque prendre le pas sur son sens moral.

Malgré les apparences, l’Iron Man supérieur n’a rien d’un chevalier blanc.©Marvel

Résultat, la Terre s’est retrouvée sous le joug de ce play-boy tyrannique, qui a soumis l’humanité grâce au virus technologique Extremis 3.0. Cette version d’Iron Man bien moins sympathique que celle interprétée par Robert Downey Junior aurait été entrevue dans la bande-annonce de Doctor Strange in the Multiverse of Madness et, depuis, les rumeurs vont bon train. La plus récurrente d’entre elles assure que Tom Cruise serait l’interprète de cet Iron Man « Supérieur ». Confirmation en salle, le 4 mai.

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Article rédigé par
Michaël Ducousso
Michaël Ducousso
Journaliste