Décryptage

Pourquoi les histoires de fantômes nous fascinent-elles toujours ?

21 octobre 2026

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Illustration
“Paranormal Activity 4” (2012). ©Paramount Pictures

À une époque où nous pouvons presque mesurer et expliquer, pourquoi continuons-nous à raconter des histoires de choses que nous ne pouvons pas voir ? Mais surtout, pour quelle raison continuent-elles de nous captiver autant ?

Introduction

Les fantômes ont quelque chose d’assez paradoxal. S’ils appartiennent à un imaginaire très ancien, à l’image de l’Odyssée d’Homère contenant la célèbre descente aux Enfers au cours de laquelle Ulysse échange avec les ombres des défunts, ils survivent à merveille dans notre culture contemporaine. Romans, films, séries, podcasts, jeux vidéo, contenus pour les réseaux sociaux ou encore visites de lieux hantés : la simple évocation du terme « fantôme » est vendeuse et, dans beaucoup de cas, synonyme de succès. Le sujet n’est donc plus de savoir pourquoi nous avons peur des fantômes, mais plutôt pourquoi la figure du fantôme reste l’une des plus efficaces. L’une des premières raisons du succès tient d’abord au lien que nous entretenons avec elle.

Un monstre très humain

Contrairement à un monstre ou à un extraterrestre, le fantôme est avant tout un être humain qui n’est plus là. Les contes de fantômes ont traversé les siècles parce qu’ils ne parlent pas vraiment des morts, mais plutôt des vivants. Ils dramatisent notre peur de l’oubli, notre désir de connexion ou encore notre malaise face à la mortalité. En y regardant de plus près, les histoires de fantômes narrent presque toujours un récit de disparition, un deuil, un souvenir d’amour ou encore un passé qui refuse de disparaître.

Dans The Haunting of Hill House, le scénariste et réalisateur Mike Flanagan s’inspire d’un classique de la littérature d’horreur pour livrer une anthologie parfaite pour Halloween.©Paramount Television Studios

Parmi les incontournables, citons par exemple The Haunting of Hill House, de Shirley Jackson, considéré comme un chef-d’œuvre de l’angoisse mentale et adapté en série sur Netflix en 2018. Plutôt que de reposer sur des apparitions grotesques, l’intrigue met l’accent sur l’effondrement psychologique d’une jeune femme isolée. Le doute est alors permis : la maison est-elle vraiment hantée ou la protagoniste sombre-t-elle dans la folie ? Un suspense permanent que l’on retrouve également dans Le tour d’écrou, d’Henry James, où le lecteur ne sait jamais si les spectres sont réels ou s’il s’agit d’hallucinations de la gouvernante.

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Passé maître dans le genre horrifique et angoissant, Stephen King ne manque pas d’aborder cette thématique dans Simetierre. Au-delà de l’horreur surnaturelle d’un cimetière capable de ramener les défunts à la vie, le roman est une exploration brutale et désespérée du deuil, du déni de la mort et de la folie qu’entraîne la perte d’un être cher. Sans oublier Shining, autre grand classique de Stephen King, où l’esprit maléfique qui occupe l’hôtel Overlook sert avant tout à matérialiser les démons intérieurs du personnage principal : l’alcoolisme, l’isolement ou encore la violence domestique. Si le monstre nous fait peur parce qu’il nous menace, le fantôme est encore plus effrayant parce qu’il nous rappelle quelque chose qui nous touche de près ou de loin.

Une figure inspirante depuis près de deux siècles

Une constante qui, au même titre que le fantôme, a parfaitement su résister au temps et aux différentes époques. L’Antiquité abordait déjà ce concept d’esprit qui impacte encore le vivant, mais c’est réellement au XIXe siècle que le fantôme s’impose dans l’imaginaire collectif. On considère que la chasse aux fantômes devient un phénomène international en 1848, lorsque les sœurs Kate et Mary Fox popularisent un code pour communiquer avec le fantôme qui, selon elles, hanterait leur ferme dans l’État de New York. Cinq ans plus tard, on estimait qu’elles avaient amassé pas moins 500 000 dollars, soit près de 17 millions d’euros aujourd’hui. Dès lors, le spiritisme se répand dans le monde entier, en particulier au Royaume-Uni, en France et en Australie.

La Chute de la maison Usher, de Mike Flanagan, sur Netflix.©Netflix

Si beaucoup se tournent vers le spiritisme et la chasse aux fantômes pour la gloire et la fortune, c’est aussi pour cultiver l’espoir et prouver que la mort n’est pas la fin. Une pratique par ailleurs favorisée par les nombreuses pertes humaines qui ont suivi la guerre civile américaine puis, au début du XXe siècle, par les pertes massives causées par la Première Guerre mondiale. C’est dans ce contexte que les lecteurs se passionnent pour les contes gothiques, les maisons hantées et autres fantômes victoriens, de La chute de la maison Usher d’Edgar Allan Poe au Château d’Otrante d’Horace Walpole, sans oublier les classiques d’Henry James ou Shirley Jackson évoqués plus haut. Autant de récits passés au statut de classiques, que l’on étudie encore aujourd’hui.

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Au siècle suivant, le succès de ce genre grandit à mesure que la littérature fantastique se développe, bientôt suivi par l’émergence du cinéma. Malgré la forte dose d’imagination, mais aussi de trucage que cela demande pour l’époque, le cinéma fantastique fait partie des pionniers du 7e art, et le fantôme n’est pas en reste. Si Le manoir du diable (1896) de Georges Méliès est considéré comme l’un des tout premiers films fantastiques et précurseurs du genre horrifique, c’est véritablement durant la seconde moitié du XXe siècle, alors que la technologie évolue, que le fantôme se fait encore plus présent.

Et ce, quel que soit le genre : comique dans S.O.S. Fantômes ou Beetlejuice, empreint de romantisme dans Ghost ou Sleepy Hollow et, bien entendu, riche en moments d’angoisse avec Les autres, The Ring, Poltergeist ou The Conjuring. Que l’on préfère lire ou regarder un film, que l’on soit plutôt horreur ou comédie, le fantôme parle à tous les publics, ce qui explique sans doute sa capacité à perdurer à travers les époques.

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Entendre des voix

Avec une technologie qui permet de vérifier instantanément l’exactitude d’une information et de la diffuser immédiatement dans le monde entier, on aurait pu croire qu’Internet signerait la mort du fantôme. Et pourtant : Internet n’a pas tué les histoires de fantômes, il leur a même donné de nouveaux supports. « J’ai entendu dire que cette maison était hantée » suffisait à générer peur et inspiration, mais, aujourd’hui, la phrase « On passe 24 heures dans cette maison que l’on prétend hantée » suffit à générer peur, excitation, inspiration, clics et revenus. Devant l’essor des podcasts et réseaux sociaux, et le lent déclin de la télévision au profit de YouTube, le fantôme a donc traversé les plateformes, comme il traverserait les murs d’une maison, pour s’inviter dans notre quotidien.

Une famille confrontée à l’isolement et à la séparation, une grande demeure gothique, des phénomènes inquiétants… Dans Les autres, Alejandro Amenabar rassemble en 2001 tous les ingrédients pour livrer un classique de l’épouvante et du surnaturel.©Cruise/Wagner Productions

Longtemps cantonnés au domaine de la fiction ou de l’histoire que l’on se raconte en fin de soirée, les témoignages paranormaux sont devenus une véritable niche de podcasts attrayante, avec des productions sonores pensées pour le plus grand plaisir des adeptes de l’étrange et de l’inexpliqué. Qu’il soit en français (Dans le noir, Hantises, Traquer les fantômes, etc.) ou en langue anglophone (Uncanny/The Battersea Poltergeist, OtherWorld…), le podcast s’affirme comme le média idéal pour les histoires de fantômes. Pourquoi ? Parce que l’audio laisse énormément de place à l’imagination. Entendre une voix nous dire que des bruits étranges résonnent à l’étage sera plus efficace qu’une image montrant réellement un fantôme. Avec le podcast, on assiste tout simplement au principe fondamental de la peur : ce que notre cerveau imagine est souvent plus puissant que ce qu’on nous montre.

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De quoi par ailleurs dresser un parallèle avec les livres : eux non plus ne montrent rien, mais peuvent pourtant faire apparaître un fantôme dans notre tête. Le fantôme est une menace sans corps, ce qui explique pourquoi il fonctionne encore à une époque saturée d’images. Avec Internet et les réseaux sociaux, chacun peut devenir producteur d’histoires de fantômes, et ce n’est pas pour rien que les plateformes telles que YouTube et TikTok regorgent d’enquêteurs amateurs qui parcourent des bâtiments abandonnés et des maisons hantées bien connues afin de recueillir des preuves.

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Qu’ils vivent dans les maisons abandonnées, apparaissent au détour d’une photographie ou surgissent dans nos écouteurs au milieu de la nuit, à une époque où la technologie prétend pouvoir tout enregistrer et tout expliquer, les fantômes n’ont donc jamais disparu. Car, peu importe le nombre de romans gothiques ou podcasts à venir sur le sujet et l’apparence qu’ils prendront, ils raconteront toujours la même chose : notre difficulté, universelle et intemporelle, à laisser le passé derrière nous.

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