Déjà 20 ans ! C’est précisément ce qui vient en tête quand on songe à l’immense perte que fut la disparition de James Brown, un jour de Noël 2006. Pour l’univers des musiques afro-américaines tout d’abord, et plus largement pour la pop music en général, la perte est immense, mais heureusement, la musique reste. L’occasion était trop tentante pour ne pas revenir sur son immense héritage… et sur quelques perles oubliées.
Introduction
« Are you ready for startime ? Soul brother number ONE, so please welcome mister JAAAAAAAAAAAMES BROWN ! » C’est ainsi que, depuis les sixties jusqu’aux concerts des années 80, l’incomparable Danny Ray — historique maître de cérémonie des shows de James Brown — introduisait avec fracas le Godfather of Soul avant son arrivée sur scène. Plus qu’un rituel, une marque de fabrique que le public attendait avec autant d’excitation que les premières notes de musique.
Il faut se (re)plonger dans les archives qui pullulent sur Internet pour se rendre compte de ce qu’était un concert de James Brown avec orchestre au grand complet. Et peut-être plus largement, de qui était ce musicien né en 1933, qui passa les premières années de sa vie dans le Sud rugueux des États-Unis à cueillir du coton, cirer des chaussures et laver des voitures à un âge où d’autres vont au collège et au lycée.
La théâtralité et l’intensité des concerts de James Brown ont dessiné de nouveaux codes encore d’actualité dans le spectacle vivant et les scénographies de la pop music. Mécanique des rituels, prêches improvisés, costumes exubérants, élasticité et inventivité de ses pas de danse… Dans ce registre, peu d’artistes sont arrivés à la hauteur de ses talonnettes.
Car sur scène, Brown est une force de la nature. Son sens du spectacle, son exigence extrême envers ses musiciens et son énergie physique inépuisable relèvent de la performance totale. Ses prestations deviennent un modèle pour plusieurs générations d’artistes, de Michael Jackson à Prince, en passant par de nombreux acteurs/performers du rap contemporain qui aura, plus que tout autre genre musical, énormément emprunté à l’œuvre de James Brown.
En studio, son approche radicale du rythme, fondée sur la répétition, la tension (les breaks les plus fameux de l’histoire du funk) et cette pulsation quasi viscérale donneront naissance au funk. Tout du moins, cette façon de faire servira d’architecture pour de nombreux groupes et artistes en influençant durablement le jazz, le rock, le disco puis le hip-hop, qui, comme dit précédemment, puisera massivement dans ses enregistrements.
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Musique réformatrice
Dans une Amérique secouée par les luttes pour les droits civiques, l’impact de James Brown dépasse parfois le simple cadre musical. On vous invite à réécouter d’une autre oreille quelques titres emblématiques du bonhomme. Avec Say It Loud – I’m Black and I’m Proud, il offre à une jeunesse afro-américaine un hymne de fierté, de dignité et d’émancipation. Avec Talkin’ Loud and Saying Nothin’, il pointe du doigt les discours creux et la langue de bois du monde des affaires et peut-être même de celui des hommes politiques de l’époque.
Reste que le big boss du funk et de la soul n’est pas simple à gérer. Derrière le génie créatif se cachent aussi des démêlés judiciaires, des excès, des difficultés personnelles et des relations souvent tumultueuses. Les amendes infligées aux musiciens quand ils sont en retard ou se trompent de note sont devenues aussi célèbres que ses singles. Brown entretient également des rapports complexes avec l’industrie du disque. Refusant souvent les règles imposées par les maisons de disques, il a la volonté de contrôler son œuvre, ses contrats et ses revenus au maximum, ouvrant la voie à une plus grande autonomie des artistes afro-américains dans une industrie où, en dépit de certains énormes succès commerciaux, ils sont fréquemment marginalisés et spoliés.
Un tout nouvel ouvrage signé du journaliste Frédéric Adrian, l’un des meilleurs spécialistes français des musiques afro-américaines, propose justement de se replonger en bonne et due forme dans la vie du Godfather of Soul par .
Et plutôt que de poncer les tubes classiques que tout le monde connaît et qui illustrent systématiquement le moindre sujet ou documentaire sur le bonhomme, on vous a concocté une playlist Deezer sur mesure de perles oubliées.
Des faces B retrouvées ou des jam sessions heureusement enregistrées. B.O. de films, productions maison où, pour une fois, il laisse le micro à ses choristes. Et comment ne pas souligner cette version de Please Please Please en mode latin-soul enregistrée (selon la légende) spontanément un jour où des salseros répétaient dans les mêmes studios, tirée d’un album longtemps sous-estimé.
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Des longs instrumentaux où James Brown improvise à l’orgue et dynamite le temps réglementaire d’un titre qui, au départ, était cadré pour les radios (Funky Drummer). Des trucs proto-disco qui embrassent avec brio le genre qui, pourtant, sonnera le début de la fin pour Brown. Et ces envolées jazz-blues-soul du meilleur cru qui nous rappellent que James Brown et ses acolytes musiciens étaient tous d’excellents instrumentistes ou vocalistes (Summertime, Sunny, Why Am I Treated So Bad…).