Le couperet tombe sur le géant japonais, accusé d’avoir eu connaissance de ce grave problème sur les manettes de sa console dès 2018.
Introduction
La nouvelle est tombée en début de semaine : la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a estimé que la plainte déposée en 2020 par l’UFC-Que Choisir était légitime, et que Nintendo avait bel et bien manqué « d’informer les consommateurs de manière loyale sur les dysfonctionnements rencontrés par certaines manettes » de sa console Switch, sortie en 2017. Une amende de 35 millions d’euros a été prononcée à l’encontre de la branche européenne de Nintendo, qui l’a acceptée.
Un défaut de transparence
Selon la DGCCRF, dont les conclusions sont partagées par Le Monde, Nintendo a eu connaissance dès 2018 d’importants dysfonctionnements sur ses Joy-Con, les manettes de la Switch. À cause d’une usure prématurée de ses sticks analogiques, des déplacements fantômes peuvent intervenir et gâcher, voire rendre impraticables certains jeux. Un phénomène appelé « Joy-Con Drift », que nous avons nous-mêmes largement documenté au fil des ans. En fait, au moins deux manettes sur cinq seraient concernées par le problème.
Pourtant, chez Nintendo à l’époque, c’est silence radio. L’entreprise aurait attendu 2023, et qu’une action plus coordonnée s’engage au niveau européen, pour reconnaître, à demi-mot, que quelque chose clochait. C’est à ce moment là qu’un programme de réparation et de remplacement des manettes affectées a été mis en place par la marque. Pourtant, elle n’en a pas fait assez, tranche la DGCCRF, pour informer ses clients de l’existence de ce programme, ce qui a « contribué à dissuader les consommateurs de se tourner vers le service après-vente de Nintendo et a conduit certains d’entre eux à racheter de nouvelles manettes ». Une pratique commerciale jugée trompeuse.
Si l’amende a bien été acceptée par Nintendo, l’entreprise nippone nie, dans les colonnes du Monde, « avoir intentionnellement induit les consommateurs en erreur » et indique ne pas accepter le verdict rendu, mais uniquement « les termes d’un accord transactionnel » qui « ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité ».

L’inquiétude demeure au sujet des Joy-Con 2
La Nintendo Switch 2 est désormais disponible depuis un peu plus d’un an et, pour l’heure, aucun cas de « drift » ne semble avoir été signalé. Pourtant, la vigilance reste de mise : d’après les experts d’iFixit, l’architecture des Joy-Con de seconde génération reste très largement identique à celle de leurs aînés, et une usure prématurée risque fort d’intervenir en cas d’utilisation intensive. Il faut noter que les DualSense de la PlayStation 5 ont, dans une moindre mesure, aussi été pointées du doigt pour des problèmes de drift.
Reste que, si le problème devait se reproduire, peut-être que la jurisprudence de ce procès engagera Nintendo à se montrer plus coopératif et proactif dans la prise en charge des client·es lésé·es. Pour rappel, une paire de Joy-Con 2 est facturée la bagatelle de 89,99 €, autant que la manette Pro Controller 2 – qui, elle aussi, risquerait bien de subir du « drift », s’inquiète iFixit.