Critique

Kinds of Kindness : Yórgos Lánthimos, l’héritier de Lynch ?

26 juin 2024
Par Lisa Muratore
“Kinds of Kindness” est attendu dans les cinémas ce 26 juin 2024.
“Kinds of Kindness” est attendu dans les cinémas ce 26 juin 2024. ©Searchlight Pictures

Présenté au Festival de Cannes en mai dernier, Kinds of Kindness suit une galerie de personnages dans un film anthologique, dans lequel Yórgos Lánthimos semble s’emparer des codes lynchiens.

Seulement quelques mois après Pauvres Créatures, Yórgos Lánthimos est de retour dans les salles obscures, ce mercredi 26 juin, avec Kinds of Kindness. Présenté cette année en compétition au Festival de Cannes, le long-métrage construit comme une anthologie suit plusieurs personnages. Un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie et de son bonheur ; un policier inquiet parce que son épouse disparue en mer est de retour ; et une femme déterminée à trouver une personne dotée d’un pouvoir spécial, destinée à devenir chef spirituel d’une secte. 

Cette vaste galerie est campée tour à tour par la même troupe d’acteurs parmi lesquels on retrouve des collaborateurs privilégiés du cinéaste grec (Emma Stone, Willem Dafoe, Margaret Qualley ou Joe Alwyn), mais aussi de nouvelles recrues comme Hong Chau, Mamoudou Athie, mais surtout Jesse Plemons.

Emma Stone et Jesse Plemons dans Kinds of Kindness. ©Searchlight Pictures

Lauréat du prix d’interprétation au Festival de Cannes 2024, l’acteur américain trouve chez Yórgos Lánthimos l’un de ses rôles les plus physiques à travers une panoplie de looks, mais aussi grâce aux enjeux scénaristiques qu’imaginent, dans ses trois histoires, le réalisateur et son coscénariste Efthimis Filippou. Après Canine (2009), The Lobster (2015) et Mise à mort du cerf sacré (2017), le duo s’est reformé pour Kinds of Kindness afin de poursuivre son exploration des relations humaines.

Tisser des liens

Car c’est bien de cela qu’il a toujours été question chez Yórgos Lánthimos. À travers ses films, le cinéaste interroge les notions de pouvoir, du contrôle sur l’autre, le libre arbitre, la croyance, la liberté, ou encore le sentiment d’appartenance. Autant d’obsessions qu’il choisit ici de traiter toujours avec l’absurdité noire qu’on lui connaît, en y ajoutant toutefois un aspect méta, proche de l’univers de David Lynch et en revenant à la modernité du cadre.

Emma Stone dans Kinds of Kindness. ©Searchlight Pictures

La mise en scène, déconnectée, offre davantage une expérience cinématographique qu’une véritable œuvre narrative. Car chez Lynch, tout comme dans Kinds of Kindness, l’idée est avant tout de faire ressentir des émotions. À travers la photographie – autre élément primordial de la construction lynchienne –, Yórgos Lánthimos construit un univers presque onirique, les personnages semblant évoluer dans des mondes hors du temps. Par ailleurs, quand on connaît l’amour de Lynch pour la peinture et les tableaux offerts par Lánthimos dans son dernier projet, à travers le choix de l’anthologie, difficile de ne pas voir certains liens se tisser entre les deux artistes.

Le duo Lánthimos et Plemons

À l’instar des propositions qu’a pu faire David Lynch, Kinds of Kindness est ainsi une œuvre particulièrement dense. Si parfois le propos paraît flou, noyé sous la mise en scène lunaire – mais travaillée – de Yórgos Lánthimos, le long-métrage n’en reste pas moins rythmé. On prend un étonnant plaisir à découvrir chaque quête, à retrouver l’humour et le jusqu’au-boutisme cynique caractéristique du parcours de Lánthimos, à travers des personnages tour à tour grotesques, violents, effrayants et obsessionnels.

Le film repose sur une galerie de protagonistes saisissants à travers lesquels les interprètes laissent éclater toute l’envergure de leur jeu. Ainsi, Emma Stone, après Pauvres Créatures, se plonge à nouveau corps et âme dans une proposition proche de la folie, tandis que Willem Dafoe, toujours aussi bluffant de charisme, semble prendre un malin plaisir à explorer toutes les facettes de ses personnages. Mais il faudra surtout souligner la performance de Jesse Plemons, entre fragilité et terreur. Grâce à ses différents rôles, le comédien découvert dans la série Breaking Bad (2008-2013) montre qu’il est capable de tout jouer.

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Cependant, chez Yórgos Lánthimos, il s’ouvre à un autre registre, plus méta, plus physique, mais aussi plus absurde. Un ton qu’il devrait continuer d’explorer puisque l’acteur sera à l’affiche du prochain film du réalisateur aux côtés d’Emma Stone. Bugonia suivra deux complotistes qui décident de kidnapper la patronne d’une puissante société, les deux hommes soupçonnant celle-ci d’être une extraterrestre cherchant à détruire la Terre.

Prolifique, Lánthimos enchaîne les projets et laisse chaque fois exploser son inventivité. Kinds of Kindness en est le parfait exemple. Après avoir adapté le livre d’Alasdair Gray, le réalisateur se replonge non seulement dans la modernité d’une époque, mais aussi dans un univers contemporain sans limites. À travers un film dense, drôle et noir, porté par l’esprit de troupe, il poursuit l’exploration de ses obsessions, tout en prouvant qu’il compte parmi les grands cinéastes actuels. Car se frotter aux codes lynchiens du genre, il fallait oser !

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste