Entretien

Tony Valente et Naokuren (Radiant – Cyfandir Chronicles) : “Quand je travaille, je pense toujours à ma communauté de lecteurs !”

28 mai 2024
Par Samuel Leveque
Tony Valente.
Tony Valente. ©Ankama Editions

À l’occasion de la sortie du spin-off du manga français Radiant, Cyfandir Chronicles, Tony Valente et le dessinateur Naokuren reviennent sur l’histoire de cette franchise couronnée par dix ans de succès critiques et commerciaux.

Depuis un peu plus de dix ans, la série d’action Radiant, scénarisée et dessinée par le talentueux Tony Valente, a accumulé une immense communauté de fans et s’est exportée dans une quinzaine de pays. Au Japon, ce manga français a même reçu les honneurs d’une adaptation en dessin animé en deux saisons, un événement rarissime pour une œuvre française.

Pour lancer le premier spin-off officiel de Radiant, l’auteur s’est adjoint les services du talentueux dessinateur Naokuren, qui signe une première bande dessinée aux graphismes absolument saisissants.

©Ankama Editions / Tony Valente / Naokuren

Pourriez-vous présenter l’univers de Radiant et particulièrement de Cyfandir Chronicles pour les non-initiés ?

Tony Valente : Radiant, c’est un shônen de fantasy qui s’étend sur (déjà !) 18 tomes. Et dans ce manga, il y a un arc scénaristique chez des chevaliers sorciers, très inspiré de la matière de Bretagne dans un lieu appelé Cyfandir. À la fin de cette série de chapitres, j’avais très envie de raconter ce qui se passait après le passage des héros dans cette partie de l’univers, il y avait beaucoup de choses à développer sur ce que devenaient les personnages.

Naokuren, c’est votre premier manga. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Naokuren : J’ai terminé mes études d’art il y a deux ans. Je suis un fan de Radiant depuis longtemps. J’ai rencontré Tony à des séances de dédicaces et il avait déjà envie d’élargir l’univers de la série. Après avoir vu mes premiers travaux, réalisés pour des exercices de classe ou des concours, il m’a proposé de devenir le dessinateur de Cyfandir Chronicles.

Vous avez travaillé ensemble pour créer Cyfandir Chronicle, est-ce que vous avez cherché à créer quelque chose de différent de Radiant ou plutôt à rester dans quelque chose de familier ?

N. : Comme le passage à Cyfandir dans le manga a une ambiance plutôt conviviale et chaleureuse, c’est ce que j’ai essayé de retranscrire ici ! Il y a donc une continuité, mais avec une ambiance de petit village, de communauté.

Aquill, Pomérine et Altan, les héros du spin-off.©Ankama Editions / Tony Valente / Naokuren

T. V. : Dans Radiant, les héros ne font que passer, ils n’ont pas le temps de s’attarder pour mieux connaître les personnages qui vivent ici. Dans Cyfandir Chronicles, on va apprendre à beaucoup mieux connaître leur quotidien. Le ton reste proche de celui de Radiant, mais, ici, il y a une unité de lieu. Le fait que l’intrigue se déroule dans une école permet aussi de raconter de nouvelles choses. Il y a une unité de lieu qu’il n’y avait pas dans Radiant, qui est un manga de voyage.

Après dix années à dessiner Radiant, est-ce que ça n’a pas été trop difficile de le déléguer à quelqu’un d’autre ?

T. V. : Au début, je n’envisageais pas du tout de le faire. Mais, chaque fois que je voyais le travail de Naokuren, je me disais : “Il a vraiment un truc. Mes personnages, on dirait que c’est lui qui les a faits !” [Rires] Au-delà de la qualité graphique, il y a une expressivité dans le rendu de ses dessins qui fait que dès que tu vois un de ses personnages, tu as l’impression de le connaître. Tu peux t’imaginer son background, ce qu’il a fait avant, ce qu’il va faire après, etc. J’ai l’impression qu’il arrive à me révéler de nouvelles choses sur mes propres héros et sur ce qu’ils ont à raconter.

N. : Je n’avais pas non plus prévu du tout d’écrire sur le scénario de quelqu’un d’autre ! [Rires]

« Avec le temps, beaucoup de lecteurs et de lectrices se sont eux-mêmes lancés dans le dessin, j’ai commencé à suivre leurs travaux, à voir leur évolution… C’est fou quand on y pense ! »

Tony Valente

T. V. : Au tout début du projet, Cyfandir Chronicles devait être un tournoi de course de dragons, un entraînement entre chevaliers sorciers sous forme de joute géante. Mais, plus on a avancé, et plus on s’est rendu compte que ça aurait vraiment beaucoup changé le ton de la série. Mais j’ai gardé cette idée de suivre des chevaliers qui luttent pour obtenir un titre !

Quelques années après l’adaptation animée de Radiant, quel est votre regard sur cette adaptation ? Est-ce que ça a changé quelque chose pour vous, dans votre manière de dessiner et de créer la série ?

T. V. : Je pense déjà que j’aurais été moins stressé. [Rires] L’équipe était géniale, il y a eu beaucoup d’engouement pour la série et c’était une expérience incroyable. Mais, comme Radiant a soudain été très exposé, je me suis retrouvé malgré moi “fer de lance du manga français”, alors que vraiment, c’est une étiquette avec laquelle je ne suis pas à l’aise. Je n’habite plus en France depuis longtemps, ma culture n’est pas totalement française, je ne me sens pas légitime à être le “porte-parole” d’un milieu que je ne connais pas assez bien !

Dans le milieu de la BD, il y a des gens que je ne connaissais pas qui ont projeté des choses négatives sur moi alors que je ne les avais jamais rencontrés. Simplement parce que j’étais “le mangaka français qui a percé”, comme si ça me mettait une cible sur le dos. Je me protège de ça quand je suis en festival, en privilégiant les contacts avec des gens que je connais déjà ou avec des fans plutôt que de passer du temps avec des gens qui ont un ressenti négatif sur mon travail.

Et puis, la série a cartonné !

T. V. : Oui, les premiers épisodes ont un peu désarçonné les fans, mais ensuite l’engouement était de plus en plus fort. D’autant plus que la série animée a gagné en qualité technique. Les musiques, par exemple, étaient vraiment formidables, je me les passe encore pour travailler ! Et, rétrospectivement, participer à la création de tout ça était une expérience géniale.

©Ankama Editions / Tony Valente / Naokuren

N. : En tant que spectateur, c’était super ! Les commentaires négatifs que certains ont proférés ensuite, ça je l’ai appris bien plus tard. Chez les fans de Radiant, la série a été super bien reçue. Et puis surtout, moi je suis tombé dans Radiant quand j’ai réalisé que Tony avait réussi l’exploit qui est pour beaucoup de jeunes auteurs un but ultime : être édité au Japon, puis être adapté en anime. C’est là que je me suis dit : “Il faut vraiment que je me plonge dans cette saga.” Même si je reste personnellement beaucoup plus sensible à la version papier, il faut savoir qu’une adaptation animée aide énormément à la diffusion et à recruter un nouveau public !

J’ai l’impression que la communauté des fans de Radiant est plus soudée que jamais !

T. V. : Naokuren va découvrir dans quelques jours notre communauté ! [Rires] Blague à part, les premières fois que Naokuren a été présenté aux fans pour parler de Cyfandir Chronicles à la Japan Expo (2023), par exemple, il a été super bien accueilli et les lecteurs ont réellement hâte, je crois, de découvrir son travail ! Et puis, en dix ans, j’ai vu l’évolution et le renouvellement du public, mais aussi grandir et évoluer certains adeptes de la première heure.

Pour certains fans de Radiant, ça fait complètement partie de leur vie et le fait d’avoir une telle communauté me fait me sentir incroyablement chanceux ! Quand je travaille, je pense toujours aux lecteurs, avec qui j’ai une relation que je considère comme saine et bienveillante. Et puis, avec le temps, beaucoup d’entre eux se sont lancés dans le dessin, j’ai commencé à suivre leurs travaux, à voir leur évolution… C’est fou quand on y pense !

Avez-vous, chacun, une œuvre que vous aimeriez nous faire découvrir ?

N. : Pour moi, ça sera sans hésiter Run to Heaven, de TOAN, qui va bientôt sortir son premier tome chez Ankama (le 21 juin), quelques années après une première version qui avait été auto-éditée. Je ne sais pas en combien de volume sera cette série, mais narrativement et graphiquement parlant, il y a un niveau incroyable. J’ai trouvé que c’était une vraie bouffée d’air frais, ça ne ressemble à rien de ce à quoi on est habitués. C’est une incroyable tranche de vie, je suis vraiment fan. J’espère que les lecteurs seront nombreux à le découvrir !

Run to Heaven©TOAN

T. V. : Je suis totalement d’accord avec la recommandation de Naokuren, il faut absolument lire Run to Heaven ! Mais je voudrais également recommander quelque chose qui n’a absolument rien à voir : la série The Bear dont la troisième saison sort en juin [sur Disney+, ndlr]. C’est une série incroyable sur des cuistots à Chicago, que je mets dans mon panthéon personnel des séries aux côtés d’Atlanta et de Fleabag.

Et je voudrais aussi conseiller le manga Gloutons & Dragons [publié chez Casterman et adapté en série animée sur Netflix, ndlr], qui est absolument incroyable. J’avais acheté le premier tome par hasard et, depuis, c’est devenu un de mes mangas préférés. Il me donne sans arrêt envie de manger ! Si vous avez aimé l’anime, plongez-vous dans la version papier, elle est sensationnelle.

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Le tome 1 de Cyfandir Chronicles est disponible à partir du 31 mai aux éditions Ankama.

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