Décryptage

Human Target : c’est quoi ce James Bond émouvant et étonnant à la sauce DC Comics ?

13 octobre 2023
Par Michaël Ducousso
“Human Target”, le nouveau comic signé Tom King, sortira le 27 octobre en France, chez Urban Comics.
“Human Target”, le nouveau comic signé Tom King, sortira le 27 octobre en France, chez Urban Comics. ©Urban Comics

Le nouveau chef-d’œuvre de Tom King rend un bel hommage au genre popularisé par 007 tout en mettant à l’honneur un personnage qui a trop longtemps évolué dans l’ombre des plus grands héros de DC Comics.

Le nouveau Tom King est (enfin) arrivé. Ou plutôt, les nouveaux Tom King sont (enfin) arrivés. Ce mois-ci, Urban Comics a décidé de mettre à l’honneur l’artiste en publiant plusieurs de ses œuvres récentes, dont Human Target, récompensé du Eisner Award 2023 dans la catégorie meilleure minisérie.

En France, ses 12 numéros arrivent directement dans nos librairies, le 27 octobre, en un seul volume, d’autant plus indispensable qu’il est consacré à un personnage on ne peut plus mineur de DC Comics. Mais qui a pu lire les précédents ouvrages du scénariste américain sait bien que c’est avec les héros les plus sous-estimés qu’il compose ses meilleures histoires.

Tom King, le nouveau roi des comics ?

Au fil des générations, DC Comics et Marvel ont vu émerger de véritables phénomènes de la bande dessinée. Des artistes qui ont révolutionné le genre super-héroïque ou qui l’ont tout simplement sublimé. Ces dernières années, plusieurs noms se sont démarqués, comme Ram V qui brille par sa mise en scène du fantastique et de l’horreur, ou Daniel Warren Johnson, qui mêle différentes influences en une explosion d’action débridée.

Mais aucun n’égale Tom King dans l’exploration de la psychologie des personnages. Du dépressif Mister Miracle aux super-patients souffrant de syndrome post-traumatique dans Heroes in Crisis, il s’est fait une spécialité d’analyser le plus finement possible ce qui se passe sous le masque de nos héros préférés – même ceux qu’on aime moins ou que l’on a carrément oubliés.

Dans ce nouveau comic, Tom King lance Christopher Chance sur la piste d’un assassin caché parmi les héros de la Justice Ligue Internationale.©Urban Comics

C’est d’ailleurs avec ces personnages de seconde, voire de troisième zone, qu’il brille le plus. Il met tout son talent à leur service pour leur apporter une profondeur unique et nous faire porter un autre regard sur ces ringards. Avec un talent pareil, il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il ait récolté sept Eisner Awards, en à peine plus de dix ans de carrière (et l’un des derniers a récompensé cette année Human Target, consacré au héros éponyme de DC).

Le James Bond sous-estimé de DC Comics

La Cible humaine, en français, c’est Christopher Chance, une sorte de super agent secret doublé d’un détective implacable, qui a une capacité unique à mourir. Ou en tout cas à faire semblant. S’il n’a aucun super-pouvoir, Christopher Chance joue merveilleusement bien la comédie et arrive à confondre les assassins en incarnant leurs cibles à grand renfort de maquillage. Comme il se plaît à le résumer lui-même : « Vous m’embauchez pour que je prenne votre place. Histoire de voir qui vous déteste au point de vous assassiner. Moi je meurs, vous, vous vivez. Tout le monde y gagne. »

La Cible humaine a eu droit à deux séries télévisées, qui n’ont jamais connu le succès escompté.

Créé dans les années 1970 par Len Wein et Carmine Infantino, Human Target n’a jamais connu un véritable succès. Il est pourtant l’incarnation même de tous ces espions, justiciers et autres enquêteurs qui déjouent de grands complots en se montrant plus malins et plus forts que leurs adversaires.

De Fantômas à James Bond en passant par Le Saint ou Jason Bourne, cette figure classique compte un grand nombre de héros populaires. Human Target n’en fait pas partie. DC a bien tenté de valoriser son personnage dans deux séries télévisées, en 1992 et 2010, mais il n’a jamais conquis le public. Mais ça, c’était avant que Tom King s’occupe de son cas.

Une intrigue qui met les seconds couteaux sur le devant de la scène

Quand un ex-agent de la CIA devenu scénariste à succès s’empare d’un héros comme Christopher Chance, il y a fort à parier qu’il fasse des merveilles avec. Et c’est le cas tout au long des 12 chapitres de Human Target. Dans cette nouvelle aventure, le client de Chance n’est autre que Lex Luthor, génie milliardaire et criminel notoire. Autant dire qu’il a pas mal d’ennemis.

Chance lui-même ne l’apprécie pas spécialement, mais on ne le paie pas pour sympathiser avec ses clients ; on le paie pour mourir à leur place. Ce qu’il fait très bien, une première fois, sous la balle d’un meurtrier clamant haut et fort faire « ce que Superman n’osait pas faire ! ». Dommage pour lui, Chance, sous son costume de Lex Luthor, portait un gilet pare-balles. Le meurtrier raté est arrêté, affaire classée, l’histoire peut commencer.

Dans l’ombre de Batman, Christopher Chance n’est peut-être pas le meilleur détective de l’univers de DC Comics, mais les criminels auraient tort de le sous-estimer. ©Urban Comics

En effet, une autre menace fait son apparition : un poison, destiné au milliardaire et ingéré par notre héros durant sa mission, commence à faire effet. Le diagnostic est implacable, Chance n’a plus que 12 jours à vivre. Douze jours pendant lesquels il va tenter de retrouver son meurtrier, celui qui voulait discrètement assassiner Luthor et qui, selon tous les indices, serait un membre de la Justice League International. Pas celle composée du panthéon de DC, mais celle des seconds couteaux un peu gaffeurs et attachants.

Commence alors une enquête qui va passer en revue ces personnages, leurs profils psychologiques et les traumas qui les animent. Le Limier martien, Blue Beetle, Booster Gold, Fire, le Green Lantern Guy Gardner… Chance, l’homme sans pouvoir, va se confronter à tous ces surhumains pour retrouver l’assassin, aidé d’une acolyte un peu spéciale : Ice, une autre membre de la JLI.

Le mois Tom King est aussi l’occasion de découvrir le premier titre indépendant de l’auteur qui s’est associé à la dessinatrice française Elsa Charretier pour l’occasion. ©Urban Comics

Cette créature angélique n’a d’autre motivation que de prouver l’innocence de ses amis, même si, elle le reconnaît, ils pourraient avoir envie de se venger de Luthor, qui a provoqué sa mort il y a quelques années. Mais depuis, elle a ressuscité (ça arrive souvent chez les super-héros) et tout ça, c’est de l’histoire ancienne, promet-elle.

Cela n’empêche pas Chance de mener son enquête tant qu’il le peut encore, même si la mort le rattrape, et même s’il n’est pas insensible au charme de cette héroïne aux allures de demoiselle en détresse, qui cache une part de femme fatale en elle. Douze jours, 12 chapitres durant lesquels Tom King et Greg Smallwood, son acolyte au dessin, nous font suivre la traque de l’assassin. Mais pas une traque menée tambour battant, comme dans certains films mêlant action et espionnage.

L’esthétique de la BD et de ses variant covers rend hommage aux films et séries d’espionnage des années 1960-1970 comme Le Saint ou bien évidemment James Bond.©Urban Comics

Les recherches de Christopher Chance ne sont pas dénuées de péripéties, mais le découpage des scènes favorise tous les petits moments de tendresse, de complicité et d’émotion qui se passent en hors-champs dans les blockbusters. Ce faisant, les deux artistes dépeignent des personnages bien plus attachants que les grandes pointures sans failles de l’univers DC, qui brillent par leur absence dans ce récit.

Sans eux, Christopher Chance a enfin l’occasion de s’épanouir, prouvant que les personnages mis de côté en raison de leur popularité ou de leur rentabilité peuvent, eux aussi, séduire le cœur du public si on leur laisse leur chance et si on les confie à un auteur de talent. En l’occurrence, Tom King, dont la plume a le pouvoir de réhabiliter les mal-aimés.

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Article rédigé par
Michaël Ducousso
Michaël Ducousso
Journaliste