Décryptage

La recharge ultra rapide pour smartphone dangereuse ? On démêle le vrai du faux

30 juin 2022
Par Pierre Crochart
La recharge rapide s'est largement démocratisée sur les smartphones Android
La recharge rapide s'est largement démocratisée sur les smartphones Android ©Pierre Crochart pour l'Éclaireur Fnac

En trois ans à peine, les smartphones ont augmenté leur vitesse de recharge à des niveaux impressionnants. Des records de puissance de charge sont battus tous les trimestres ou presque, mais quelle est l’incidence sur la durée de vie des batteries de nos téléphones ?

En 2019, le Huawei Mate 20 Pro se hissait au sommet de la chaîne alimentaire des smartphones à recharge rapide. Son chargeur de 40 W redonnait ses couleurs à une batterie vide en à peine plus de 60 minutes. Une prouesse réservée à l’époque à celles et ceux en mesure de dépenser 1000€ dans un smartphone.

Aujourd’hui, le tenant du titre s’appelle realme GT Neo 3. Son bloc secteur de 150 W lui permet de passer de 0 à 100% d’autonomie en 18 minutes seulement — et il ne coûte « que » 699€.

C’est à une véritable course à l’échalote à laquelle nous assistons. Et si certains comme Apple ou Samsung restent timorés dans leur approche, d’autres renversent toutes les barrières. Mais, à l’heure où certains constructeurs comme OPPO nous promettent de la recharge à 240 W, peut-être faudrait-il se demander si une telle débauche de puissance est judicieuse pour la durée de vie de nos batteries.

Comment fonctionne la recharge rapide ?

FlashCharge, UltraDart, Warp Charge ou SuperVOOC : des noms barbares imaginés par les constructeurs pour se différencier, mais qui correspondent tous à des technologies propriétaires de recharge rapide.

Dans le détail, leur fonctionnement diffère forcément. Mais la base reste identique. Il s’agit, pour le chargeur, de développer un maximum de puissance à partir de la prise secteur (ampérage x tension = puissance en watts) pour déplacer le plus vite possible les électrons de la cathode vers l’anode.

Mais, nous allons le voir, la puissance de charge n’est jamais linéaire — notamment pour éviter le plus gros ennemi d’une batterie (et d’un smartphone en général), la chaleur.

Schéma du fonctionnement de la recharge rapide sur un smartphone©Belkin

La chaleur, le pire ennemi des batteries

Quand on parle de recharge rapide, il faut comprendre que le processus se décompose en deux étapes. Dans la première, le chargeur donne tout pour que la batterie récupère un maximum d’autonomie en peu de temps. Raison pour laquelle les constructeurs adorent communiquer sur la capacité d’un smartphone à retrouver « autant d’énergie en seulement 5 minutes de charge ».

C’est pendant cette phase que la température grimpe le plus. Dans le chargeur lui-même, mais également dans le smartphone. Et il est primordial que cette chauffe soit régulée le plus tôt possible.

Par conséquent, dès lors qu’une batterie est « suffisamment rechargée » (le pourcentage varie selon les technologies abordées ci-dessus), on repasse sur une charge dite standard. Comprendre : à une puissance inférieure, qui ne provoque pas de chauffe importante.

Aucun smartphone n’utilise la recharge rapide sur tout un cycle de recharge, pas même le realme GT Neo 3.©Pierre Crochart pour l'Éclaireur Fnac

C’est notamment pour cela que l’on constate souvent que les derniers pourcentages de batterie sont les plus longs à recouvrer. Parce que le chargeur ne délivre pas autant de puissance que lorsque nous avons branché notre smartphone au début du cycle de recharge.

Quels garde-fous pour les puissances de recharge extrêmes ?

Cela reste impressionnant de réaliser qu’un téléphone, maintenant capable de rester allumé plus de 24 heures, puisse être rechargé totalement en moins de temps qu’il n’en faut pour finir son déjeuner. Conscients des interrogations que cela soulève, les constructeurs mettent en place un certain nombre de barrières pour éviter, comme on dit dans le milieu, de « faire une Galaxy Note 7 ».

Même si les cas d’explosion du smartphone de Samsung en 2016 étaient dus à des batteries défectueuses et non pas à des chargeurs trop puissants, l’épisode fait jurisprudence et encourage l’industrie à prendre un maximum de précautions.

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D’abord, et c’est évident, les constructeurs recommandent d’utiliser exclusivement les chargeurs rapides fournis avec leur appareil. Techniquement, on peut brancher un chargeur SuperVOOC d’OPPO sur un smartphone Honor, mais ce dernier ne pourra pas profiter de la puissance maximale que l’adaptateur secteur est normalement en mesure de fournir. Eh oui : même si l’USB-C s’est largement imposé comme un standard sur les smartphones Android, tous ne sont pas logés à la même enseigne côté compatibilité.

Tous les chargeurs et tous les câbles USB ne se valent pas !©Apostle / Shutterstock

Du reste, il faut aussi comprendre que les marques ont développé de nombreux outils et capteurs qui mesurent et régulent en permanence la montée en température. En ce sens, on ne peut pas non plus utiliser n’importe quel câble. Une nouvelle fois, il est préférable de se tourner vers celui qui a été fourni avec le mobile. En effet, dans le cas d’une recharge ultrarapide (au-delà de 100 W), on constate qu’ils sont plus épais, plus rigides. Cela s’explique par le fait que, pour délivrer une telle puissance, le chargeur a besoin d’un canal (le câble) plus large. Rentre aussi en considération la couche protectrice extérieure qui, chauffe oblige, doit être renforcée sur les modèles les plus performants.

Enfin, il s’agira de faire confiance à nos smartphones. Comme leur nom l’indique, ils sont intelligents. Et les dernières versions d’Android comme d’iOS sont parfaitement capables d’ajuster la puissance de recharge en tenant compte de l’environnement et de la température actuelle des composants. Si un téléphone est déjà chaud avant d’être branché, il refusera tout simplement la débauche de puissance proposée par le chargeur pour ne pas atteindre une température critique.

Les OS mobiles modernes sont parfaitement capables de gérer la recharge en toute sécurité.©Apple

Ce qui dégrade nos batteries, ce sont nos mauvaises habitudes

S’il aurait sans doute été plus simple de mettre la perte d’efficacité de nos batteries sur le dos des chargeurs surpuissants, il faut se rendre à l’évidence : nos smartphones perdent en autonomie chaque année parce que nous n’en prenons pas soin.

Les batteries sont des composants qui fonctionnent grâce à des éléments chimiques, présents en quantité limitée dans leur habitacle. La chaleur, toujours elle, les endommage et les dégrade, les rendant moins efficaces au fur et à mesure des « cycles de recharge ».

Ce que l’on appelle un cycle, c’est le fait de passer d’un état extrême de charge à un autre. Typiquement : de 0 à 100% (passer de 50 à 100% comptant pour un demi-cycle). Or, lorsqu’une batterie compte toutes ses électrodes du côté positif (100%) ou négatif (0%), cela provoque une sorte « d’embouteillage », une surtension qui risque d’endommager la batterie durablement.

Pour préserver la batterie au long cours, il est conseillé de la conserver entre 20 et 80% de charge.©DenPhotos / Shutterstock

Les experts sont unanimes : pour préserver une batterie dans la durée, l’idéal est de la conserver entre 20 et 80% de charge. L’une des meilleures pratiques est d’ailleurs de recharger son mobile par petites sessions durant la journée, plutôt que de le laisser branché jusqu’à atteindre la pleine charge.

La méthode est toutefois contraignante. Aussi les constructeurs sont de plus en plus nombreux à mettre à notre disposition des fonctionnalités qui vont volontairement brider soit la vitesse de recharge, soit le plafond de recharge maximal. Les iPhone proposent notamment la « Recharge optimisée de la batterie », qui vient apprendre de vos habitudes d’utilisation pour volontairement ralentir la recharge entre 80 et 100%.

D’autres, par exemple Asus, intègrent sur leurs smartphone (ROG Phone 5 ou ZenFone 8) une option interdisant tout simplement à la batterie de dépasser un seuil donné. Des fonctionnalités qui contrastent avec l’objet initial de cet article, mais qui visent surtout à nous recentrer sur l’essentiel : la recharge rapide doit être utilisée de façon exceptionnelle, en dépannage. Pour préserver sa batterie, le mieux est l’ennemi du bien.

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Article rédigé par
Pierre Crochart
Pierre Crochart
Journaliste