Entretien

Entre les lignes avec Valérie Perrin

26 octobre 2026

Par Nathalie Cordier

Illustration

En partenariat avec Kobo, Entre les lignes vous propose un sixième épisode en compagnie de Valérie Perrin. Découvrez les lectures préférées de la romancière ainsi que ses méthodes d’écriture, et bien d’autres infos encore… Rendez-vous en fin d’article pour notre jeu concours. À gagner ? Une liseuse Kobo Libra Colour, un étui dédicacé et l’ebook Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin.

Introduction

Aujourd’hui nous vous emmenons à la rencontre de Valérie Perrin dont les romans ont déjà conquis des millions de lecteurs. L’adaptation au cinéma de son roman Changer l’eau des fleurs sortira en salles le 9 décembre. La romancière nous ouvre les portes de son univers littéraire.

Valérie Perrin : Bonjour, je suis Valérie Perrin. Je vais vous parler de mes romans, des romans des autres et lecture et d’écriture pour Entre les lignes. Episode 6 : c’est parti !  

Comment naissent et construisent vos romans ?

Lors déjà, un roman, je le porte très longtemps avant de l’écrire. J’y pense des années auparavant. Et puis un jour, j’ouvre mon ordinateur et à partir du moment où je suis dedans, j’écris tous les jours, 3 ou 4 heures à peu près. Je peux par exemple, comme pour le dernier roman, pas pour les trois premiers, le retravailler, le relire le soir à partir de 18h. J’écris plutôt le matin en me levant, mais c’est vraiment un travail au long cours parce qu’il est pensé très longtemps et après il existe.

Avez-vous déjà en tête vos prochains romans ?

Je dirais que j’ai un roman d’avance en tête. Je l’ai déjà débuté. J’ai une dizaine de pages mais je le pense depuis 4 ou 5 ans. Et j’ai commencé. Je ne suis pas sûre que je serai au rendez-vous l’année prochaine, ce sera peut-être une exception… Entre Tata qui est sorti je ne sais plus quelle année, ils auront peut-être 4 ans d’écart. D’habitude, mes enfants ont 3 ans d’écart… Je ne sais pas encore.

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Comment travaillez-vous sur vos romans ?

Du silence, mais pas forcément. Et puis l’avantage que j’ai, et j’ai conscience que c’est un grand privilège, je peux travailler n’importe où dans le monde, à partir du moment où j’ai mon ordinateur. J’ai toujours un petit carnet sur lequel je prends beaucoup de notes, mais je travaille sur mon ordinateur, sur le même, une vieille bécane qui n’est même plus connectée à internet mais que j’adore. Et parce que j’ai écrit mes derniers romans dessus, j’écrirai le prochain avec. Je vais essayer de le faire tenir le plus longtemps possible. Il est très très vieux mais je vais essayer de continuer à écrire sur cet ordinateur.

La musique est omniprésente dans romans. Écrivez-vous en musique ?

Quand j’ai écrit Les oubliés du dimanche, je n’étais pas encore capable d’écrire en écoutant de la musique. C’était un premier roman, je ne savais même pas si j’allais être éditée… Je me souviens que pour Changer l’eau des fleurs, tous les moments qui se passent dans la loge avec Sacha, le premier garde cimetière, j’écoutais beaucoup Chopin et Bach. Pour Trois, j’ai beaucoup écouté Indochine, vraiment beaucoup puisque c’est le seul groupe français qui existe depuis 40 ans : j’avais besoin d’avoir à la fois l’enfance et la maturité d’Indochine. Et puis pour Tata, j’écoutais tout le temps Alain Souchon, qui est d’ailleurs très présent dans le roman.

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Avez-vous en tête toute l’histoire lorsque vous commencez à écrire ?

Il y a deux choses dont je suis sûre, c‘est que j’adore parler du passé et revenir au présent. Passé. Présent. De chapitre en chapitre. En général, c’est comme ça que j’aime travailler. Je ne fais jamais de plan. Quand on voit mes notes par rapport à la grosseur de mes romans, ça paraît presque ridicule. Mais j’ai les prénoms, les noms des personnages dont je vais parler. À la fin, je fais une frise pour voir si je ne suis pas trompée par rapport aux naissances, aux rencontres, aux moments clés du roman. Souvent, j’ai la fin, c’est le cas de mes 4 romans. Et j’ai aussi des moments clés. Ja vais donner un exemple concret : dans Trois, il y a presque un duel des deux amis qui se retrouvent dans une brasserie à Paris. Et là, on découvre des choses que j’ai cachées avant et qui vont déterminer ce qui va se passer après. Tout le roman convergeait autour de ce moment précis. Mais je ne travaille pas sur plan, je travaille dans ma tête, de jour en jour. C’est exactement comme la construction d’une maison, vraiment. Je commence par la base, je monte les murs, et puis il y a les fenêtres, et puis il va y avoir la toiture, puis les détails. C’est ce que je préfère d’ailleurs, c’est-à-dire tout le décor, intérieur et extérieur.

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Pouvez-vous nous raconter l’histoire de Changer l’eau des fleurs ?

Au départ, cette femme, Violette Toussaint, est gardienne de cimetière en Bourgogne. Son travail consiste à ouvrir et refermer les grilles, matin et soir, à prendre soin des allées, travailler avec des fossoyeurs, à échanger avec le curé et surtout avec tous les gens de passage ou les habitués qui se recueillent sur les tombes dans la journée. Puis un matin, très tôt, débarque un homme de Marseille. Il vient d’apprendre que sa maman souhaitait reposer auprès d’un homme qu’il ne connaît pas et qui est enterré dans ce cimetière. Il voit la lumière dans la loge de Violette, il frappe à la porte et il lui demande qui est cet homme. Il veut comprendre pourquoi sa maman veut reposer auprès de lui. Et à partir de là, on va comprendre toute l’histoire de Violette, à savoir pourquoi elle est là depuis plus de dix ans, pourquoi son mari a disparu du jour au lendemain… Et surtout, pourquoi elle est là !

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Quel regard portez-vous sur l’adaptation de votre livre et sur sa distribution ?

Je l’ai déjà vu cinq fois. J’ai vu deux fois ce qu’on appelle « l’ours », c’est-à-dire le brouillon. Et trois fois totalement terminé. Chaque je m’assieds et je suis une spectatrice. Je ne vois pas ce film comme une histoire que j’ai racontée. Je le vois comme mon histoire, que j’ai écrite il y a dix ans et qui est vue par un homme, Jean-Pierre Jeunet. Je me laisse très vite transporter, comme le serait un spectateur ou un lecteur qui connait l’histoire et qui va se dire : « Ah, il a choisi ça, il a fait ça, c’est drôle comme il a vu ça. ». Je le vois comme un très beau film de cinéma. C’est comme ça que je le ressens. Et surtout, je pense, je lui ai dit beaucoup de fois, Leïla Bekthi n’a jamais été comme ça. Elle est prodigieuse ! Elle incarne Violette et elle a tellement compris le personnage, qu’elle est allée plus loin que moi dans la compréhension de Violette. Elle a cette intelligence-là. Elle est ultra douée, elle est merveilleuse dans le film. Et les hommes aussi. Matthias Schoenaerts qui incarne Philippe Toussaint, et Melvil Poupaud, Julien Seul, ils sont tous fabuleux. Il y a aussi tous ces petits rôles, les fossoyeurs, les parents. Mais il n’y a pas de « petits » rôles dans ce film… Il n’y a que des beaux rôles.

Qu’est-ce qui vous touche dans le cinéma de Jean-Pierre Jeunet ?

En un plan, on sait que c’est un film de Jean-Pierre Jeunet. C’est comme les peintres. Un tableau et on sait si c’est un Van Gogh ou un Monet. Il y a une véritable signature visuelle. J’aime quand Jean-Pierre parle de romantisme et d’amour. Je trouve que l’adaptation d’Un Long dimanche de fiançailles est une véritable réussite, parce que tout est beau. Cette beauté est mise au service d’un histoire absolument sublime, celle d’une jeune femme à qui on dit : « Ton amoureux, il est mort. Tu comprends, il est mort ! ». On lui apporte toutes les preuves, il ne s’en est pas sorti, il a été fusillé sur le champ de bataille mais elle n’y croit jamais. Elle n’y croira jamais… Elle va partir, faire des choses incroyables par amour, parce qu’elle est sûre que quelque part, son amoureux est encore vivant. Et moi, c’est tout ce que j’aime dans la vie et dans le cinéma. Quand je m’assieds dans une salle de cinéma, que je vois l’image sublime avec une Audrey Tautou extraordinaire et une histoire passionnante, c’est ce que je demande.

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Avez-vous joué un rôle dans ce travail d’adaptation ?

Je n’ai pas voulu travailler sur le scénario. Mais Jean-Pierre m’envoyait régulièrement les versions pour que je les découvre. Et nous avons beaucoup échangé à propos du de Philippe Toussaint. C’est un personnage très obscur, très mystérieux, ce mari disparu du jour au lendemain. J’avais besoin avec Jean-Pierre d’échanger sur sa psychologie.  Et il m’a écoutée.

Votre état d’esprit à quelques semaines de la sortie du film ?

Quand j’ai découvert le teaser qui sera sans doute la bande annonce, je crois que je l’ai regardé cinquante fois en boucle tellement je le trouve beau, tellement il donne le chair de poule, tellement il donne envie de voir le film. Je n’ai donc pas été surprise quand on m’a annoncé 15 millions de vues en une semaine, c’est historique ! Je souhaite à ce film la plus belle vie qu’il puisse avoir, en France et à l’étranger : Changer l’eau des fleurs est un livre qui est adapté dans 60 pays et 52 langues. Il est demandé partout dans le monde et j’espère qu’il saura toucher le cœur du monde comme l’a fait le roman.

Quel livre vaudrait à lui seul d’apprendre à lire ?

Je vais vous parler d’un tout petit livre de Milena Agus qui s’intitule Mal de pierres. C’est sans doute grâce à ce livre que j’ai écrit mon premier roman, Les Oubliés du dimanche. J’aurais envie que tout le monde lise Mal de pierres. C’est un roman italien, d’une Sarde.

Quel est votre rapport à la lecture ?

Je pense que c’est une très jolie maladie, je suis malade des livres, j’ai besoin d’en avoir énormément d’avance. Je lis beaucoup. La lecture fait partie de ma vie. C’est ce que j’aime le plus au monde en fait. Quand je suis dans un roman que j’aime, je pense que c’est le meilleur moment de ma vie. Lorsque je fais des choses la journée et que je sais que mon roman m’attend dans un coin, c’est ce que je peux vivre de plus beau. J’ai un rapport très fort à la lecture.

Papier ou numérique, quel est votre support favori pour lire ?

Je lis uniquement sur papier mais, un jour peut-être, je me mettrai au numérique. Il y a plein de gens qui m’expliquent qu’ils voyagent beaucoup et ne peuvent pas partir avec dix livres dans les bagages tout simplement. Ils me disent que c’est très pratique. Mais pour l’instant, je suis encore sur papier et peut-être qu’un jour, je passerai à la liseuse. Peu importe en fait, ce qui compte, c’est de lire !

Quels livres conseilleriez-vous ?

Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker 

C’est un des plus beaux livres que j’ai lu de ma vie. Je pense que tous les romans dont je vais vous parler, ils ont tous un point commun, c’est la force des personnages et la puissance de la narration. Il y a aussi forcément beaucoup d’amour. C’est merveilleusement conté et c’est passionnant. Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker, c’est l’histoire de Patch, un petit garçon et de sa meilleure amie, Saint. On va les suivre pendant des décennies parce qu’il va se passer un événement terrible dans leur enfance, une chose que Patch va porter toute sa vie. Je n’en dirai pas plus car je veux que vous le découvriez : lisez-le sans aucune hésitation !

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La Carte postale d’Anne Berest 

La Carte postale m’a marquée à tout jamais. Quand je l’ai refermé, je l’ai écrit sur les réseaux sociaux en disant que s’il devait rester un seul livre, ce serait celui-là. C’est une histoire vraie. Début des années 2002, la famille d’Anne Berest a reçu une carte postale anonyme sur laquelle figurait quatre prénoms. Ces quatre personnes sont des gens de sa famille qui ont été exterminés à Auschwitz. Et 20 ans après, elle décide de découvrir qui a écrit cette carte postale anonyme. Idem, vous ne pouvez pas passer à côté de cette merveille absolue.

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L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón

Je vais vous raconter une anecdote autour de ce livre. Un jour, je suis entrée dans une librairie à Caen, parce que je venais de rencontrer celui qui allait devenir mon mari et je tenais à absolument à lui offrir ce libre. J’ai donc demandé au libraire s’il avait L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón. Et il m’a répondu : « Évidement le plus beau livre du monde, je l’ai ! ». Voilà, tout est dit. Ça se passe dans Barcelone. C’est l’histoire de la bibliothèque des livres oubliés. Parce qu’un petit garçon va y choisir au hasard un livre, toute son existence va en être bouleversée

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Les sales mômes (par un collectif d’auteurs)

Nous sommes dix auteurs à avoir écrit une bêtise de notre enfance. C’est un collectif de gens formidables ! Je ne peux pas citer tout le monde mais ce sont des stars de la littérature française et surtout, des gens merveilleux. Et on a écrit dans Les sales mômes une de nos bêtises. L’intégralité des fonds iront à la recherche pour les enfants atteints du diabète.

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Quel livre se trouve actuellement sur votre table de chevet ?

L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada.

Le livre que vous avez lu plus de 1000 fois ?

Les Déferlantes de Claudie Gallay

Le personnage que vous auriez rêvé d’être ?

Violette Toussaint

Le livre que vous aimeriez voir adapté au cinéma ?

J’an ai déjà parlé à quelqu’un et je crois que c’est en cours. Robe de marié de Pierre Lemaitre.

Ne plus jamais lire ou ne plus jamais écrire ?

Ne plus jamais écrire.

Lire plusieurs livres à la fois : possible ou impossible ?

C’est possible. Je lis certains romans à mon mari et j’ai le mien, donc je peux en avoir deux en cours.

Découvrez la pile à lire des coups de coeur de Valérie Perrin

Le jeu concours Kobo by Fnac par Valérie Perrin

À partir du 26 octobre, imaginez un texte en 10 lignes selon les consignes données par Valérie Perrin.

« Lors d’une visite dans un cimetière, qu’elle est la tombe de l’inconnu(e) qui vous a le plus bouleversé ? »

Pour participer, il suffit de scanner le QR code qui s’affiche en fin de vidéo ou directement via ce formulaire .

À gagner : une liseuse Kobo Libra Colour et son étui de protection signé par Valérie Perrin ainsi que son roman Changer l’eau des fleurs au format eBook.

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