Anne Carson vient d’être récompensée par le prix Nobel de Littérature 2026. Mais comment définir son style d’écriture entre texte traditionnel et liberté totale ?
Introduction
Le prix Nobel de Littérature a été annoncé ce 8 octobre 2026. Après László Krasznahorkai, l’année passée, c’est la poétesse canadienne, Anne Carson, qui a été récompensée. L’académie suédoise a ainsi salué une « œuvre audacieuse et inventive marquée par un dialogue constant et novateur avec les lettres classiques, capable de créer une nouvelle forme de littérature contemporaine ».
Il faut dire que la carrière d’Anne Carson apparaît atypique à plus d’un titre. Née en 1950 à Toronto, la poétesse apprend le grec ancien dès le lycéen avant d’intégrer l’université de Toronto. Elle abonne toutefois pendant un temps les bancs de la faculté, avant de finalement obtenir un doctorat en 1975 en lettres classiques.
C’est le début d’une longue carrière, passée dans les salles de cours de plusieurs Universités canadiennes et américaines (McGill, Michigan, Princeton, NYU…) à partir de 1979. Anne Carson y enseignera les lettres classiques, la littérature comparée, l’écriture ou encore le grec ancien.
Une écrivaine qui s’affranchit des codes
Toutefois, Carson n’a jamais été une universitaire conventionnelle et c’est ce qui rend aujourd’hui son écriture si unique. Son œuvre se distingue, en effet, par un mélange d’érudition académique, de liberté formelle et d’expérimentation poétique, dynamitant les frontières entre poésie, essai, roman et théâtre.
Son chef-d’œuvre, Autobiographie du rouge (1998), en est la parfaite démonstration. S’inspirant des rares fragments du poète grec Stésichore, elle réinvente le mythe d’Héraclès et de Géryon — ce monstre rouge aux ailes géantes — pour le transposer dans le monde moderne. Avec Nox (2010), elle pousse encore plus loin l’expérimentation : ce texte publié sous forme de livre-accordéon enfermé dans une boîte réunit des collages, des photographies, des définitions du poète Catulle et des bribes de souvenirs pour encercler l’absence impénétrable de son frère décédé.
Le deuil est d’ailleurs l’un des thèmes de prédilection d’Anne Carson comme dans Verre, ironie et Dieu (1995) ou bien dans Leçons de deuil (2006) qui rassemble quatre tragédies d’Euripide. Mais c’est avant tout le désir et l’amour qui irriguent l’œuvre de l’autrice. Dans Eros le doux-amer (1996), son premier essai marquant, elle explore la nature du désir amoureux à travers la poésie lyrique de Sappho et la philosophie antique.
Ainsi, en unissant l’intemporalité de la Grèce antique aux obsessions d’un XXIe siècle, non sans oublier un certain humour, l’écrivaine et traductrice rappelle que la poésie n’est pas un monument figé, mais une matière vive et profondément humaine.
Anne Carson, en inventant ces nouvelles formes d’écriture devient la deuxième Canadienne distinguée. C’est aussi la 19e femme à être récompensée par le prix Nobel de Littérature, toutes nationalités confondues. Elle succède notamment à Annie Ernaux et à Han Kang.