Malgré la trêve estivale et la préparation de la rentrée littéraire, le mois d’août réserve son lot de belles sorties au rayon BD. Petit tour d’horizon en cinq titres indispensables.
| Ce qui se cache derrière les étoiles, de Julien Josselin et Manon Dubreuil
Julien Josselin est un nom bien connu sur Internet et les réseaux sociaux. Il s’est fait connaître comme auteur et comédien sur YouTube, notamment chez Golden Moustache et Cyprien. Mais, depuis 2022, il est aussi scénariste de bande dessinée, d’abord avec Trousse Boy, une parodie déjantée de récit super-héroïque, et aujourd’hui avec cette poétique histoire spatiale.
Pour échapper à son morne quotidien de pompiste, Camille s’imagine de folles aventures à travers l’espace. D’ailleurs, elle a bien failli devenir pilote, mais, au dernier moment, elle a perdu son vaisseau et s’est retrouvée coincée sur une Terre désertée par les humains. Elle rêve d’aventure, mais, celle qui l’attend, elle ne l’aurait jamais imaginée même dans ses rêves les plus fous ! Au dessin, Manon Dubreuil propose un graphisme aux couleurs chaudes et un chara-design absolument adorable, ce qui rend le récit d’autant plus touchant.
| Les dents de l’enfer, de Mahi Grand
Depuis le carton sans précédent de La guerre des Lucas, les libraires accueillent de plus en plus de récits de tournage adaptés en bande dessinée, et Les dents de l’enfer est le dernier-né de cette mode. Mahi Grand s’attaque aux Dents de la mer, plus grand succès de l’histoire du cinéma lors de sa sortie, qui a fait de Steven Spielberg un cinéaste légendaire à seulement 29 ans. Et pourtant, lors du tournage, cette légende était très difficile à voir venir.
La captation du film a été un immense défi, qui a failli tourner plus d’une fois à la catastrophe. Grand revient sur chacune d’elles, à commencer par le statut d’outsider de Spielberg, qui n’a alors réalisé qu’une poignée de films et n’a jamais connu de grand succès. Tout au long de la BD, on découvre donc de savoureuses anecdotes sur la fabrication du film, qu’on ne vous dévoile pas si vous ne les connaissez pas.
Surtout, le titre évite l’écueil de bon nombre de BD documentaires : négliger l’aspect graphique. Là, Mahi Grand adopte un style réaliste à la Emile Bravo et raconte son histoire avec une efficacité remarquable. On n’a qu’une envie en refermant le bouquin : se replonger dans le chef-d’œuvre de Spielberg qui, depuis 50 ans, n’a pas pris une ride.
| En liberté, de Mathieu Sapin
Spécialisé depuis près de 15 ans dans la BD de reportage en immersion, Mathieu Sapin s’attaque cette fois-ci aux lieux de privation de liberté, et nous raconte 12 mois dans le quotidien de différents établissements carcéraux et psychiatriques. On commence par sa première journée dans une cellule, puis, plus le récit avance, plus on en découvre différents aspects, de la première garde à vue à l’incarcération, en passant par le procès.
Mais, comme pour ses précédents ouvrages, ce qui intéresse ici, ce n’est pas le simple reportage, mais sa mise en scène à travers les yeux de Sapin. C’est à travers ses yeux et ses commentaires (souvent cinglants) qu’on découvre les rouages de ce système pétri de failles et de dysfonctionnements. Une plongée fascinante dans un monde qu’on croit connaître, mais dont on découvre des aspects insoupçonnés.
| Ensemble, on aboie en silence, de Gaët’s, Gringe et Julien Monier
Le rappeur Gringe, surtout connu pour être la moitié des Casseurs Flowters avec son comparse Orelsan, avait bouleversé le milieu littéraire en 2020 avec cette autobiographie racontant son enfance partagée avec Thibault, un frère diagnostiqué schizophrène très jeune. Six ans plus tard, Gaët’s et Julien Monier en proposent une déclinaison dessinée où le réalisme des décors tranche avec le look des personnages, et caricature les visages que l’on connaît si bien.
En résulte une biographie percutante, sur une maladie dont tout le monde connaît le nom, mais finalement assez peu les conséquences. Le récit est forcément bouleversant, mais ce qu’on retient surtout, c’est la rage de Gringe, qu’on entrevoyait déjà dans certains morceaux de ses albums solo (Scanner en tête). Une adaptation pertinente, qui va plus loin que le roman originel, et qui offre à la vision de Gringe un complément essentiel.
| Glitch, de Shima Shinya
Du manga pour finir, avec la nouvelle série de l’autrice de Lost Lad London. Avec son graphisme plus proche du comics indépendant que du manga, ce qui la distingue et lui donne une originalité bienvenue. Minato, une lycéenne, vient d’emménager avec sa mère et sa sœur dans une petite ville où elle ne connaît personne. Mais, dès son arrivée en classe, elle est apeurée par d’immenses ombres noires qu’elle seule semble être en mesure de voir.
Tous les enjeux de ce premier volume (sur quatre) se jouent sur l’atmosphère de cette petite bourgade mystérieuse. Une inquiétante étrangeté s’en dégage et les jeunes filles que Minato côtoie semblent savoir quelque chose que cette dernière ignore. Elle entame alors une enquête pour comprendre d’où viennent ces bugs de la matrice. Un début plus que prometteur.