Critique

Disclosure Day : Steven Spielberg revient à l’alien

09 juin 2026

Par Pablo Patarin

Illustration
“Disclosure Day”. ©Universal

Aliens, langage, survie de l’espèce, quête de vérité : Disclosure Day rassemble les grandes obsessions qui irriguent le cinéma de Steven Spielberg depuis 50 ans. Une fresque de science-fiction qui utilise les extraterrestres pour mieux disséquer les humains. Critique.

Introduction

Après sa version de West Side Story (2021), puis son quasi-biopic au cœur du monde du cinéma avec The Fabelmans (2023), Steven Spielberg revient à la science-fiction. Son dernier film du genre, Ready Player One (2018), nous propulsait dans un futur dystopique où la majorité des êtres humains vivaient dans une forme de métavers. Un film bien ficelé, porté par une thématique avant-gardiste, tirée du roman d’Ernest Cline paru quelques années plus tôt.

Avec Disclosure Day, et dans la lignée de ses plus grands chefs-d’œuvre ayant contribué à construire sa légende, Spielberg opère un retour à une science-fiction plus conventionnelle. Le réalisateur étasunien replonge dans les ovnis, les aliens et tout un imaginaire particulièrement structuré dans la culture américaine. Le temps d’un film traversé par une question centrale : les êtres humains sont-ils capables de faire face à la découverte de la vérité ?

Disclosure Day. ©Universal

Spielberg reprend ses habitudes

D’un côté, un homme, incarné par Josh O’Connor, découvre l’existence d’une vie extraterrestre et se transforme en lanceur d’alerte, traqué par une compagnie privée surarmée dirigée par Colin Firth, dont l’objectif est que la vérité ne soit jamais dévoilée. De l’autre, une présentatrice météo de Kansas City se met à parler « alien » en plein JT. Logiquement, leurs trajectoires finissent par se croiser, le temps d’une longue course-poursuite pour tenter de faire éclater la vérité. 

Dans Disclosure Day, Steven Spielberg propulse directement le spectateur dans l’action sans en faciliter immédiatement la lecture, avant d’en éclaircir progressivement les enjeux. On y retrouve son obsession amorcée dès Rencontres du troisième type en 1977 : celle d’une vie extraterrestre envisagée comme une forme d’altérité alliée, ou tout du moins pas nécessairement hostile. La même logique irrigue le film, avec une idée persistante : la communication comme clé absolue entre les êtres, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.

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En apparence, Disclosure Day rejoue une grande partie des clichés du genre. Les extraterrestres correspondent à l’imaginaire collectif le plus établi : humanoïdes aux yeux globuleux, front large, silhouettes immédiatement identifiables. Soucoupes volantes, crop circles, Zone 51 et crash de Roswell sont également de la partie. Comme si tout l’imaginaire américain (ou complotiste) autour de la vie extraterrestre devenait ici réalité. Et qu’un homme était prêt à tout pour révéler une vérité longtemps tenue à distance du grand public.

L’humain derrière l’alien

Mais derrière cette apparente banalité, Spielberg poursuit des questionnements plus profonds. Il interroge la capacité de l’être humain à gérer l’information, en inscrivant son film dans une tonalité très contemporaine : celle d’une humanité déjà au bord d’une Troisième Guerre mondiale, travaillée par ses propres logiques d’autodestruction. Dans ce contexte, cette vie extraterrestre peut-elle faire basculer définitivement l’humanité dans le chaos, ou au contraire se révéler salvatrice, en rappelant la nécessité de communiquer avec l’autre, y compris au sein même de son espèce ? Et de quoi l’humain doit-il être protégé, sinon de lui-même ? 

Plus qu’un simple film d’ovnis, Disclosure Day interroge ainsi le monde, parfois de manière trop surlignée, mais avec un rythme haletant et une mise en scène particulièrement immersive et maîtrisée. Le long-métrage interroge également, en filigrane, au travers du personnage d’une ex-nonne incarnée par Eve Hewson, la place de la religion et sa nécessité (ou non) pour maintenir les êtres humains ensemble. Il saupoudre, plus discrètement, la question de la destruction du vivant au profit d’intérêts privés. Comme une nouvelle mise en garde du cinéaste américain : l’arrogance humaine peut conduire à sa propre perte, mais aussi à celle des espèces qui l’entourent. 

La bande-annonce de Disclosure Day.

Au-delà de ces enjeux, Disclosure Day est porté par des performances d’acteurs solides. Josh O’Connor y déploie son registre pudique et touchant, quand Emily Blunt oscille entre comique et puissance dramatique. Le tout est orchestré sur une bande originale efficace de John Williams, qui accompagne le film sans jamais en écraser les images. 

Si l’on regrettera peut-être certaines platitudes, un manque d’audace scénaristique, ou la présence d’animaux en VFX particulièrement peu réjouissants, le 35e film de Steven Spielberg n’en demeure pas moins un objet cinématographique intéressant. Du rapport au langage de Rencontres du troisième type à la survie de l’espèce de La guerre des mondes (2005), en passant par la leçon de tolérance à hauteur d’enfant d’E.T. (1982), Disclosure Day prend des airs de synthèse. Comme si le cinéaste refermait, en creux, près d’un demi-siècle d’obsession pour l’extraterrestre.

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