La course à la domination de l’intelligence artificielle entre Google et OpenAI entre dans une nouvelle phase alors que leurs deux produits phares touchent désormais une audience massive.
Introduction
Le marché de l’IA n’est plus un terrain de prédilection réservé aux quelques technophiles passionné·es. À l’occasion de sa conférence estivale réservée aux nouveaux Pixel 11, le PDG de Google, Sundar Pichai, annonce fièrement que son chatbot Gemini vient de franchir le cap du milliard d’utilisateurs et d’utilisatrices mensuels. Une annonce qui suit de quelques jours la même du côté de chez OpenAI, concernant ChatGPT.
À partir de 449€
En stock vendeur partenaire
Voir sur Fnac.com
Un duopole dominé par les infrastructures existantes
La progression de Gemini vers le milliard d’utilisateurs est portée par une stratégie d’intégration massive. En étant préinstallé sur les smartphones Android, Gemini bénéficie d’un avantage structurel que ses concurrents peinent à égaler sans matériel dédié. Cette omniprésence permet à Google de transformer son IA en un outil quotidien de production et de consommation de contenu, directement intégré à un appareil que les consommateurs connaissent déjà sur le bout des doigts. Pas étonnant, dès lors, que son concurrent cherche, lui aussi, à investir le marché du hardware.
Chez OpenAI, ChatGPT conserve une position de « marque de référence ». Bien que son rythme de croissance semble s’être ralenti depuis le début de l’année, sa popularité reste telle qu’elle reste le chatbot par défaut dans l’esprit collectif — de la même façon que Google est devenu un verbe à part entière. Toutefois, le fait que l’entreprise ait attendu le mois d’août pour officialiser son passage au milliard d’utilisateurs souligne une stratégie de communication plus mesurée, contrastant avec l’enthousiasme de Sundar Pichai.
La dynamique de consommation des utilisateurs révèle également des nuances intéressantes. Alors que la base d’utilisateurs se généralise, les « power users » sur macOS sont deux fois plus bavards avec Gemini que sur les autres plateformes. De plus, la capacité d’automatisation de Gemini dans une quarantaine d’applications et sa production record de 150 millions d’images par jour montrent une transition de la simple discussion vers l’action concrète.
Vers une intégration invisible et une guerre de services
Le succès de Gemini s’inscrit dans un écosystème où Google domine déjà 14 services dépassant le milliard d’utilisateurs, de la recherche Google à YouTube. L’intégration de l’IA n’est donc pas une addition, mais une fusion : Gemini devient la couche d’intelligence qui chapeaute déjà les outils les plus utilisés au monde. Cette approche quasi invisible, omnipotente, pourrait être la clé pour maintenir la domination de Google face à un OpenAI qui tente de construire sa propre architecture matérielle à partir de rien pour contourner les limites des OS tiers.
Par ailleurs, ce franchissement du cap du milliard d’utilisateurs pose une question cruciale pour les acteurs du secteur : comment monétiser cette audience sans briser l’expérience utilisateur ? Le défi n’est plus de prouver que l’IA fonctionne, mais de créer des fonctionnalités assez captivantes pour que ces milliards d’utilisateurs ne cessent d’interagir avec les modèles, tout en sécurisant des revenus dans un marché de plus en plus saturé, et sur lequel les acteurs chinois rivalisent d’ingéniosité pour grapiller des parts de marché, en particulier au sein des entreprises soucieuses de leur budget en tokens.