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Quand les Académiciens se frottent au polar

15 avril 2026

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François Sureau. ©Francesca Mantovani/Gallimard

Drôle de hasard du calendrier éditorial, deux Académiciens reconnus et célébrés pour leurs œuvres « classiques » écrites dans la « Blanche » de Gallimard s’offrent une parenthèse au pays du polar. Du roman policier à l’ancienne, des séries avec un héros récurrent et une bonne dose d’histoire.

Introduction

François Sureau et Jean-Christophe Rufin ont décidément beaucoup en commun. D’abord, une carrière bien remplie avant l’écriture. Le premier fut haut fonctionnaire et l’un des avocats les plus puissants de France ; le second fut médecin, diplomate, fondateur de Médecins sans frontières et président d’Action contre la faim. Ensuite, une reconversion littéraire couronnée de succès, récompensée pour le premier du Grand Prix de l’Académie française en 1990 pour L’infortune et pour le second du Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil. Un destin glorieux qui leur vaut aujourd’hui de revêtir l’habit le plus prestigieux, celui d’Académicien. Mais, depuis peu, ils partagent une autre passion, celle de mener une double vie romanesque, façonnant, en parallèle de leurs œuvres plus « classiques », une série aux influences policières qui met en scène un héros récurrent aux prises avec les tumultes de l’histoire. Critique croisée du nouvel opus des Académiciens du polar.

| Les aventures d’Aurel le consul, de Jean-Christophe Rufin

Le premier à dégainer fut Jean-Christophe Rufin. En parallèle de son œuvre, mêlant carnets de voyage, récits historiques et romans d’aventure, marquée par les romans L’Abyssin (1997) et Rouge Brésil (2001), il met en scène pour la première fois, en 2018, son personnage d’Aurel Timescu. Calamiteux consul de France, enquêteur amateur et double de papier, ce personnage truculant lui permet de livrer certains secrets de la diplomatie et d’ausculter les affres de la politique internationale contemporaine. Le tout avec une ironie délicieuse et un talent admirable pour bâtir des intrigues à suspense.

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Huit ans plus tard et déjà sept aventures au compteur pour cette plaie du Quai d’Orsay, institution glorieuse qui rêve de se débarrasser de son boulet en l’envoyant dans les endroits les plus isolés ou dangereux de la planète. Après avoir officié aux quatre coins du monde, en Guinée dans Le suspendu de Conakry, en Azerbaïdjan dans Le flambeur de la Caspienne ou au Mexique dans Notre otage à Acapulco, son héros malgré lui est de retour aux affaires et embarque cette fois pour le bout du monde, à Sainte-Hélène, une île perdue au cœur de l’Atlantique Sud, connue pour être le lieu d’exil et de mort de Napoléon Bonaparte.

Son fantôme rôde d’ailleurs autour de cette nouvelle enquête menée par Aurel pour élucider la disparition du consul en place. Il s’est volatilisé alors qu’il était en conflit avec les Reconstitueurs, des passionnés d’histoire venus rejouer l’Empire là où trépassa leur héros. Qui de ces nostalgiques forcenés, d’un étrange collectionneur fortuné ou même de cette veuve américaine persuadée de communiquer avec les défunts a bien pu faire le coup ? Aux côtés d’une jeune thésarde débarquée là pour exorciser ses propres fantômes, Aurel mène son enquête et apprend les codes d’une terre chargée d’histoire qui favorise les tensions politiques. Un septième épisode plus savoureux que jamais, mélange de suspense, d’humour et d’érudition.

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| Les aventures de Thomas More, de François Sureau

Apparu pour la première fois l’année dernière, dans Les enfants perdus, le nouveau héros de François Sureau n’en est, quant à lui, qu’à sa deuxième enquête. Thomas More, c’est son nom, n’est pas un philosophe humaniste du XVIe siècle, mais bien un limier de haute volée, ancien de la Sureté impériale qui va être balloté dans les tourbillons du siècle.

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Dans sa première aventure, on l’avait découvert au beau milieu de la défaite de Sedan, en 1870. On le retrouve désormais à la veille d’un autre conflit, autrement plus imposant, la Première Guerre mondiale. Quand s’ouvre Loin de Salonique, en 1913, Thomas More est convoqué à la frontière du monde grec et du monde ottoman, une région comme une poudrière qui ressemble « à un parlement où aucun parti n’aurait eu la majorité ». C’est là, dans un caveau israélite, que le corps d’un professeur de droit parisien est découvert. Le début d’une enquête où vont se percuter les idéaux révolutionnaires et les ambitions nationalistes, les tensions communautaires et religieuses, laissant présager l’embrasement du monde après l’attentat de Sarajevo qui tuera l’archiduc François-Ferdinand et précipitera le début de la Première Guerre mondiale.

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Plus encore que l’enquête, c’est la fresque d’un lieu et d’une époque qui s’impose. Et François Sureau est un peintre de haute volée. Son personnage se pare de mystère et ne cesse de nous intriguer. Avec son allure singulière, la jeunesse de ses traits et sa coiffure blonde, cette impression désinvolte et détachée, il se distingue des héros du roman policier, mais gare à ne pas le sous-estimer ! Il est un enquêteur hors pair qui parvient toujours à ses fins. Mais il n’est pas magicien et ne peut empêcher le chaos qui vient. Du grand polar historique.

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