Huit décennies après sa création, le personnage de Lucky Luke n’a jamais semblé aussi présent dans le paysage éditorial. L’année 2026 sera ainsi marquée par de nombreuses initiatives pour mettre en vedette le personnage crée par un jeune dessinateur belge en 1946.
Introduction
Nous sommes en 1943. Maurice de Bevere, un jeune belge néerlandophone, est alors une petite main des studios de dessin animés CBA, où il travaille comme encreur, en compagnie d’autres futures vedettes de la bande dessinée européenne. À la fin de la guerre, il se lance dans l’illustration pour des journaux francophones et flamands, et commence à proposer ses premières histoires, inspirées des dessins animés à la mode. C’est finalement Arizona 1880, un western mettant en scène un certain Lucky Luke, qui retient l’attention des magazines Spirou et Tintin.
Jugeant son nom un peu ringard et rigide, il signe sous le nom de Morris avec les éditions Dupuis et publie ses premières planches dans Spirou en octobre 1946. Le cowboy qui tire plus vite que son ombre est né.

Les mille et une vies d’un cowboy solitaire
Il n’est pas très étonnant que Lucky Luke ait survécu à son créateur. Si c’est là le lot de nombreux héros de la bande dessinée franco-belge, peu ont subi autant de révolutions internes du vivant de leur auteur. En quelques dizaines d’années et d’albums, Lucky Luke change plusieurs fois d’éditeur (passant chez Dargaud, puis chez Lucky Productions et enfin Lucky Comics), lance son propre journal, voit sa prépublication s’étaler dans une dizaine de magazines différents. Morris s’adjoint les services de son ami René Goscinny au scénario, lequel donnera à la série le ton et l’humour qu’on lui connaît. Au décès prématuré de Goscinny, Morris multipliera les collaborations prestigieuses : de Groot, Dom Domi, Vicq, Greg ou encore Yann cosignent certains des albums les plus remarquables de la série.
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Morris avait anticipé sa propre disparition, en désignant par avance un successeur à la série : c’est le dessinateur Achdé qui reprend le flambeau en 2003 avec l’album Le cuisinier français, premier ouvrage paru après le décès du dessinateur de légende. Depuis, la frénésie Lucky Luke n’est jamais retombée, et la série affirme sa dimension protéiforme. En parallèle de la série principale et de ses spin-offs classiques (Rantanplan et Kid Lucky, à destination d’un public plus jeune), les initiatives se multiplient pour apporter de nouvelles facettes à l’univers du cowboy solitaire.
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Une œuvre sans cesse réinventée
Des adaptations et des variations de Lucky Luke dans d’autres types de récits ou des adaptations hors BD, ce n’est certes pas une nouveauté. Le tout premier film animé reprenant l’univers de la série sort en 1971, et sera suivi par une vingtaine de dessins animés, de films en prise de vue réelle et de séries télévisées, à laquelle il faut encore ajouter une quinzaine de jeux vidéo.
Mais c’est véritablement depuis dix ans que les initiatives les plus audacieuses se sont multipliées, avec des propositions tranchant radicalement avec l’univers classique de la série. À côté des albums classiques fidèles à l’univers de Morris, les éditions Lucky Comics mettent en chantier des projets comme L’homme qui tua Lucky Luke de Matthieu Bonhomme et son univers beaucoup plus sombre, ou encore Jolly Jumper ne répond plus de Bouzard, qui proposait une approche beaucoup plus absurde.

Depuis, à l’image d’une série comme Spirou, la licence est divisée entre une saga principale et des épisodes annexes plus expérimentaux, qui continuent à enrichir la vision d’un univers qui reste avant tout une prodigieuse réussite commerciale, avec plus de 350 000 exemplaires vendus à chaque nouvelle parution.
Une des licences les plus diffusées au monde et de nouvelles initiatives
Lucky Luke fait en effet partie du paysage depuis si longtemps que l’on a tendance à l’oublier : il s’agit de l’une des séries de bande dessinée les plus vendues de l’histoire, n’étant guère surpassée que par One Piece, Astérix, Bob et Bobette et les Peanuts. La licence aux 420 millions d’exemplaires écoulés conserve en 2026 un poids éditorial considérable, notamment à cause des nombreuses initiatives destinées à la dépoussiérer et à ne pas laisser trop vieillir son public.
C’est donc sans surprise que, pour les 80 ans de la création du personnage, on voit fleurir une série de nouvelles initiatives. Fin 2025, l’album Dakota 1880 a ouvert le bal : une anthologie d’histoires conçues par Appollo, Brüno et Croix, remarquée par la critique pour son hommage respectueux au genre du western. Puis, une série télévisée à gros budget, diffusée depuis mars dernier et coproduite, entres autres, par Disney+ et France Télévisions, est parue, accompagnée d’un ouvrage documentaire.
Dans L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre, Bouzard reprend ainsi son rôle de dessinateur sur la saga en livrant un exercice métatextuel de journal du tournage de la série. En parallèle, Matthieu Bonhomme, lui, sort le huitième tome de la série Lucky Luke (vu par…), La longue marche de Lucky Luke, dont les premiers retours critiques sont d’ores et déjà extrêmement positifs.

Mais Media Participation (la maison mère de Lucky Comics) n’entend pas arrêter là cette année anniversaire extrêmement chargée : cette série de parutions sera enrichie de rééditions, de livres audios, d’expositions dans plusieurs pays d’Europe, d’une comédie musicale et d’une monographie rétrospective inédite sur le travail de Morris.
En parallèle de ces nombreuses initiatives, dont beaucoup se destinent aux amateurs de longue date et aux collectionneurs, la saga continue également de rajeunir son public. Outre des séries animées comme le Kid Lucky de Dargaud Media, on se souvient ainsi que Guillaume Invernel (Les légendaires, Chasseurs de dragons…) produit actuellement un projet basé sur un scénario de Céline Ronté et Antoine Schoumsky, sur une idée originale de Jul. Il semble donc qu’à 80 ans, le lonesome cowboy ait encore de très beaux jours devant lui.
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