Critique

Spider-Man: No Way Home : Peter Parker nous piège dans sa toile

20 décembre 2021
Par Lisa Muratore
<i>Spider-Man: No Way Home</i> : Peter Parker nous piège dans sa toile
©Sony Pictures

Au cinéma depuis le 15 décembre 2021, Spider-Man: No Way Home conclut la trilogie MCU portée par Tom Holland dans un final bourré de références et d’émotion.

C’est le blockbuster le plus attendu de l’année. Alors que Marvel a présenté en novembre la série Hawkeye sur Disney+, la Maison des Idées revient dans les salles françaises avec Spider-Man: No Way Home. De retour dans le costume rouge et bleu, Tom Holland doit ici affronter non pas le classique antagoniste dans un duel au corps à corps, mais plusieurs ennemis, en provenance de réalités alternatives. Le récit du film reprend directement après les événements de Far From Home, quand l’identité secrète de Spider-Man est dévoilée et qu’on l’accuse du meurtre de Mysterio. Voyant sa vie (et celle de ses proches) s’effondrer, Peter Parker décide de faire appel à Doctor Strange pour qu’il fasse oublier le nom du jeune homme à l’ensemble de la population. Mais le sortilège échoue et provoque l’arrivée de plusieurs super-vilains. Parmi eux, le Doctor Octopus (Alfred Molina), Electro (Jamie Foxx), le Bouffon Vert (Willem Dafoe), L’Homme-Sable (Thomas Haden Church) et le Lézard (Rhys Ifans).

Fan-service versus scénario

Grâce à ce scénario, les studios Marvel se permettent d’aller là où l’univers cinématographique des super-héros n’était encore jamais allé, en empruntant ce stratagème au monde des bandes dessinées. Un choix séduisant pour les fans de comics, qui s’apparente cependant à du fan-service souvent poussif.

Malgré une nostalgie plutôt bien dosée, le film bascule parfois dans l’exagération, en utilisant les codes des précédentes sagas sous couvert de mélancolie. Bien que le long-métrage réalisé par Jon Watts multiplie les clins d’œil aussi émouvants que captivants au SpiderVerse, force est de constater que le scénario autour du retour de tous ces méchants est dénué de saveur. Un écueil qu’était parvenu à éviter le film d’animation Spider-Man: New Generation lorsqu’il avait introduit sur grand écran plusieurs versions de L’Homme-Araignée. Par ailleurs, l’appréhension de certains adversaires est superficielle. Si le film capitalise sur le Bouffon Vert et Docteur Octopus, force est de constater que le Lézard est cantonné à un rôle secondaire et à quelques screamers, tandis que les intentions de L’Homme-Sable sont mal définies. Jamie Foxx, de retour dans la peau d’Electro, a quant à lui du mal à nous convaincre à travers une prestation trop caricaturale.

Alfred Molina reprend le rôle du Docteur Octopus dans Spider-Man: No Way Home, après avoir campé le rôle en 2004 dans Spider-Man 2.©Sony Pictures

Le cœur de l’histoire, en plus d’être amené de façon peu élégante, repose sur une explication trop légère qui met trop de temps à se mettre en place. Ceci a pour conséquence de créer quelques longueurs, sans parler du manque d’ingéniosité. La faute aux studios Marvel ? Probablement. La Maison des Idées ne va finalement pas au bout du pari qu’elle s’est lancé, mais surtout de ce qu’il était possible de faire. Un acte manqué qui aurait pu donner lieu à un film impeccable, et qui nous laisse une impression d’inachevé d’un point de vue scénaristique.

Entre action et émotion, la morsure de Spider-Man est toujours aussi puissante

Les défauts du scénario ne doivent en revanche rien enlever au plaisir que l’on éprouve à retrouver l’action, l’humour et l’émotion de la saga portée depuis 2017 par Tom Holland. Si la Maison des Idées aurait pu offrir une réunion au sommet beaucoup plus audacieuse, on doit tout de même reconnaître que les scènes de combat sont mieux chorégraphiées que dans les précédents volets. Bien que les séquences d’action ne révolutionnent pas le genre, Spider-Man : No Way Home possède une identité visuelle propre. On pense à l’affrontement final particulièrement brutal, mais aussi à la course poursuite dans la dimension miroir. La photographie, tout comme la mise en scène, est ici mieux travaillée. Un élément dont manquaient cruellement Homecoming ainsi que Far From Home et qui est ici vecteur d’émotions inédites.

La présence de deux personnages clés fait de ce chapitre le plus touchant de la franchise, entre nostalgie et héritage. Qui plus est, tout n’est pas à jeter dans le fan-service du film, ce dernier ne lésinant pas sur l’autodérision de personnages parfois dépassés ainsi que sur les clins d’œil plaisants à deux décennies de cinéma sur L’Homme-Araignée.

Le long-métrage cultive également l’appréhension de personnages autrefois secondaires, avec beaucoup de sentiments. On apprécie que le blockbuster ait capitalisé sur l’attachant Ned Leeds, sur un Doctor Strange plus singulier, ou encore sur la relation entre MJ et Parker Parker, afin d’offrir de véritables enjeux scénaristiques.

Tom Holland, Zendaya et Jacob Batalon dans Spider-Man: No Way Home.©Sony Pictures

L’un d’eux repose également sur la caractérisation de Peter Parker. Le super-héros incarné par Tom Holland est au centre de l’histoire, l’occasion de mesurer combien l’adolescent a évolué à travers le MCU. Au jeune lycéen téméraire mais finalement sans expérience succède ici un homme qui assume ses choix, doté d’une profondeur inédite, que l’on attendait de retrouver depuis longtemps sur grand écran. Spidey est désormais maître de son destin. Une évolution intéressante alors que les studios Marvel ont eu la lourde tâche de conclure la trilogie Spider-Man avec No Way Home.

Dans l’ensemble, le pari est tenu. La Maison des Idées a tissé sa toile au cours des précédents épisodes, pour finalement offrir un ultime volet spectaculaire et émouvant. Malgré plusieurs écueils scénaristiques et des maladresses en termes de fan-service, il faut avouer que le défi n’était pas évident. Les studios Marvel ont su produire un pur divertissement pour les fans du MCU, tout en apportant plus de matière à la caractérisation de Peter Parker et de ses alliés. On sent une évolution certaine à travers le parcours initiatique du super-héros. Un constat qui nous laisse penser que, malgré toutes ces adaptations, nous sommes toujours aussi mordus de Spider-Man.

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Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste
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