Critique

Kali : vengeance furieuse 

22 mai 2024
Par Robin Negre
La couverture de “Kali”.
La couverture de “Kali”. ©HiComics

Le comics de Daniel Freedman et Robert Sammelin est publié par HiComics en France ce 22 mai et s’intéresse à la quête de vengeance par une femme trahie par les siens.

Avec le comics Kali, HiComics continue de développer sa déclinaison HiGraphics en invitant le lecteur à suivre l’épopée furieuse et violente de Kali, meneuse d’un gang laissée pour morte dans un univers post-apocalyptique. Désireuse de se venger et de bouleverser l’ordre établi, la guerrière se lance dans un rude combat, dans lequel les auteurs développent un propos passionnant sur la survie et sur les relations humaines.

Un sentiment d’urgence

Kali a la force du comics d’action conscient de sa nature et du chemin à prendre. Daniel Freedman (scénariste) et Robert Sammelin (dessinateur) ne se perdent jamais dans de l’exposition à outrance. Au contraire, ils impliquent le lecteur grâce à un monde tangible et authentique, qui n’a pas besoin d’affirmer son existence pour être vrai. L’intrigue commence alors que Kali, blessée et prisonnière, parvient à se soustraire à ses ravisseurs pour retrouver son ancien gang.

Dans ce monde ravagé, présenté et dépeint comme inspiré de l’univers Mad Max, les figures brisées et les icônes tyranniques sont légion. Plusieurs groupes et factions existent, et la loi du plus fort régit ces terres. C’est justement autour de la question de la soumission et de la perte de son identité que le gang de Kali se déchire, lançant la protagoniste dans sa quête de vengeance.

La présentation de Kali.

Daniel Freedman construit toute son intrigue sur une succession de scènes d’action explosives. Peu bavard, le récit se tisse grâce au mouvement. Kali s’échappe, Kali chute, Kali blesse, Kali est blessée, Kali se révèle et fait face à toutes sortes de menaces tout au long de l’album. La résilience et la vengeance sont au cœur du propos et, grâce à la détermination dans l’action, la caractérisation du personnage est habilement construite. Face à la difficulté des épreuves, l’attachement pour la protagoniste est immédiat, malgré son ambiguïté ou la violence de ses représailles.

Le comics a également un sentiment d’urgence instauré par une péripétie surprenante rencontrée en chemin. Kali doit agir vite et de cette situation naît une sensation confortable pour le lecteur, conscient d’être face à un récit concentré sur une durée très courte, évitant une nouvelle fois la surexposition. L’œuvre ne s’éparpille jamais et reste focalisée sur son intrigue principale. L’auteur dépeint ainsi en quelques planches son monde, ses enjeux et ses personnages, sans jamais faire de surplace.

Illustrer le mouvement

Visuellement, Robert Sammelin enrichit l’écriture solide avec une inventivité de chaque instant. Kali est un comics d’action et l’artiste se renouvelle selon les affrontements. La nervosité naît du découpage, de l’angle de vue, de la succession des cases et l’artiste embrasse à son tour le sentiment d’urgence dicté par le récit avec une approche du mouvement très cinématographique, certaines pages donnant même la sensation de suivre un plan-séquence.

Par moments, il adopte un style plus psychédélique, notamment lors de séquences particulièrement graphiques. Robert Sammelin donne ainsi à Kali sa couleur, son ambiance et puise dans différentes représentations du western contemporain et ancien ou dans de la post-apo pour donner vie à ce monde en perdition.

La vitesse, l’action et l’urgence.©HiComics

Entre la folie et le sang, l’ouvrage parvient à développer et interroger les relations humaines. Œuvre marquée par les rapports hommes-femmes, par la notion d’autorité et de rébellion, le comics a un aspect universel et intemporel, tout en conservant une simplicité narrative.

Où quand John Ford rencontre George Miller dans une exploration habile de la psyché humaine, de l’effet de groupe et de l’importance structurelle de concevoir les nouveaux leaders comme des êtres supérieurs une fois la civilisation effondrée.

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Venir pour l’action, rester pour l’émotion. Kali parvient, à mesure que son intrigue avance, à faire naître une émotion surprenante, tant la destinée de l’humanité apparaît vaine et fortuite. Dans ce monde triste et violent, les personnages se trahissent et se blessent comme si la souffrance était le dernier mode de communication possible avant de tomber dans la soumission absolue et la perte de son identité.

Faire mal pour dire à l’autre qu’on existe, avoir mal pour se prouver qu’on est toujours humain… Le corps comme expression finale de l’humanité, dans un comics explosif, nerveux, splendide, habilement construit du début à la fin et qui parvient à interroger le lecteur en dehors du simple spectacle réjouissant pour les amateurs d’action et de vengeance.

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