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Un collectif vend 1000 copies d’un dessin d’Andy Warhol et fait disparaître toute trace de l’original

01 novembre 2021
Par Félix Tardieu
"Possibly Real Copy Of 'Fairies' by Andy Warhol", MSCHF, 2021
"Possibly Real Copy Of 'Fairies' by Andy Warhol", MSCHF, 2021 ©MSCHF

Après être entré en possession de Fairies (Les fées) pour 20 000 dollars, le collectif artistique new-yorkais MSCHF a décidé de remettre en vente le dessin du maître du pop art au milieu de 999 répliques identiques, toutes vendues au même prix, effaçant tout signe distinctif permettant de retrouver l’oeuvre d’origine.

MSCHF (qui se lit en anglais « mischief », soit « malice ») a de nouveau frappé. Spécialisé dans le détournement d’objets commerciaux et d’oeuvres d’art, ce collectif basé à Brooklyn créait la polémique au printemps dernier en s’associant avec le rappeur américain Lil Nas X afin d’éditer 666 exemplaires des Satan shoes (« baskets sataniques»), vendues 1018 dollars la paire, et conçues à partir d’une paire de Nike Air Max 97. Ces baskets infernales, censées chacune contenir une vraie goutte de sang, avaient provoqué une énorme controverse aux États-Unis conduisant le fabricant de chaussures à attaquer le collectif en justice pour contrefaçon et dilution de la marque, notamment aux yeux de ses clients amenés à croire que la marque américaine soutiendrait le satanisme… 

Le rappeur américain Lil Nas X posant avec les Satan Shoes qui ont défrayé la chronique © MSCH

Pour ce nouveau happening, MSCHF a développé un bras robotique spécialement conçu pour reproduire à l’identique le dessin d’Andy Warhol, jusqu’à employer un crayon similaire à celui utilisé par Warhol à l’époque. Les copies sont ensuite passées par un processus de vieillissement artificiel particulièrement difficile à réaliser, reproduisant les moindres signes d’usure du dessin liés à la lumière. Le sceau de la fondation Warhol et les annotations ont également été reproduites à la main, rendant toute tentative d’authentification quasiment impossible. Les copies ont depuis été vendues dans leur intégralité et nul ne sait à qui appartient le véritable dessin, que le collectif a volontairement dépossédé de son authenticité afin de dénoncer les règles d’exclusivité qui dictées par le marché de l’art. Une démarche qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de Warhol en elle-même, dont la répétition des motifs soulignait une certaine industrialisation de l’art.

« Le monde de l’Art avec un grand A se préoccupe bien plus de l’authenticité que de l’esthétique, comme le prouvent à maintes reprises les œuvres conceptuelles vendues essentiellement sous forme de paperasse et de documentation », a déclaré le collectif sur le site créé à l’occasion du lancement. Alors que les NFT révolutionnent le marché de l’art contemporain, en misant justement sur l’authenticité du certificat virtuel – quelqu’un peut désormais se fendre d’être propriétaire du premier tweet de l’Histoire -, le collectif MSCHF entend démocratiser l’oeuvre d’art en annihilant sa singularité, prolongeant le geste de Warhol au sein de la Factory. On pourra néanmoins se demander s’il ne s’agit pas là, tout simplement, d’une énième opération de communication.

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Article rédigé par
Félix Tardieu
Félix Tardieu
Journaliste
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