Décryptage

La folie des NFT expliquée en 6 questions

27 octobre 2021
Par Kesso Diallo
La folie des NFT expliquée en 6 questions

Œuvre d’art, mode, tweet… depuis plusieurs mois, le marché des NFT est en plein essor. Mais de quoi parle-t-on au juste ?

Qu’est-ce qu’un NFT ?

Acronyme pour non-fungible token, soit jeton non fongible en français, un NFT permet de certifier, d’acheter et de vendre des objets numériques (œuvres d’art, images, sons, tweets, etc.). Les NFT sont stockés sur une blockchain, technologie permettant d’entreposer et de transmettre des informations de manière décentralisée et sécurisée. La caractéristique non fongible du jeton signifie qu’il est unique : autrement dit, ce n’est pas comme un billet de 10 euros que l’on peut échanger avec n’importe quel billet de 10 euros.

Un certificat d’authenticité est associé au jeton. Il équivaut à un titre de propriété digital. En effet, lorsqu’une personne achète un NFT, ce n’est pas l’objet qu’elle acquiert en lui-même, mais des données qui prouvent qu’elle en est propriétaire. « Les acquéreurs n’achètent pas les droits, la marque, ni même la possession unique de ce qu’ils paient. Ils achètent les droits de se vanter, et le fait de savoir que leur copie est “l’authentique” », précise un article du New York Times. Ainsi, bien qu’une personne ait acheté le mème Nyan Cat, sur lequel un chat galope en laissant un arc-en-ciel derrière lui, pour un peu plus de 500 000 dollars en février dernier, rien n’empêche les internautes de le diffuser. Des principes d’identification peuvent être attribués à des objets numériques, comme l’explique la chercheuse Aude Launay. Pour elle, le caractère unique du NFT introduit la notion de rareté, ce qui est susceptible de produire de la valeur.

Les NFT sont-ils nouveaux ?

Les NFT n’ont rien de nouveau. Les premiers remontent à 2016 avec les cartes Rare Pepe, basées sur le mème Pepe La Grenouille. Toutefois, en termes de popularité, on évoque plutôt le jeu CryptoKitties lancé fin 2017 par le studio Dapper Labs. Dans celui-ci, les utilisateurs pouvaient élever, échanger et vendre des chatons virtuels à l’aide de la cryptomonnaie Ether. Le plus cher a d’ailleurs été vendu 600 ethers en 2018, soit près de 180 000 dollars à l’époque. La nouveauté est donc à chercher du côté de la popularité du concept.

Qu’est-ce qu’on peut acheter avec des NFT ?

Œuvres d’art, jeux, paires de chaussures, musique, luxe… on peut acheter toute sorte de choses avec les NFT. Jack Dorsey, le PDG de Twitter, a ainsi vendu son premier tweet par NFT pour 2,9 millions de dollars en mars dernier. Le même mois, Kevin Roose, éditorialiste du New York Times a vendu un de ses articles sous forme numérique pour un demi-million de dollars. En France, le quotidien gratuit 20 Minutes a transformé l’un de ses suppléments en jeton non fongible pour le vendre aux enchères en octobre dans le but « d’interroger la valeur d’une information ». Plus récemment, le réseau social TikTok a annoncé la mise en vente d’une collection de NFT basée sur des TikToks devenus cultes. Appelée TikTok Moments, elle sera composée de six vidéos des créateurs les plus influents comme Lil Nas X ou Bella Poarch. La plateforme chinoise indique dans son communiqué que ces NFT permettront aux fans de posséder un moment « culturellement significatif » sur TikTok.

Les non-fungible tokens sont également très présents sur le marché de l’art contemporain. Selon le rapport annuel de la société Artprice, les œuvres numériques sous cette forme représentent déjà un tiers des ventes en ligne cette année. Actuellement, l’œuvre numérique qui s’est vendue le plus cher est Everydays: The First 5000 Days de l’artiste Beeple pour 69,3 millions de dollars.

Qui peut créer des NFT ?

Avec cet engouement se pose la question de qui peut créer un NFT. La réponse tient en trois mots : tout le monde. Il est seulement nécessaire de passer par l’une des plateformes spécialisées comme Rarible ou OpenSea, sur laquelle le fichier qui deviendra un NFT sera téléchargé. Il faudra en revanche payer des frais pour valider les transactions sur la blockchain. Le créateur pourra ensuite vendre l’œuvre virtuelle sur ces mêmes plateformes.

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Le marché des NFT est-il fiable et pérenne ?

Selon le média spécialisé dans les cryptomonnaies Protos, il était à son apogée le 3 mai 2021, jour où il a atteint 102 millions de dollars dépensés en une seule journée. Les ventes ont ensuite chuté d’environ 90 % en un mois pour ne plus représenter « que » 19,4 millions sur la première semaine du mois de juin. Le spécialiste considère que la bulle des NFT a explosé en mai.

Ce marché est d’ailleurs souvent décrit comme une « bulle spéculative », avec une évaluation potentiellement incorrecte de la valeur des NFT étant donné que le marché est encore jeune. « Le marché est toujours volatil et sujet à la spéculation, mais des cas d’utilisation plus sophistiqués émergent, basés sur l’utilité, la communauté et des éléments concurrentiels. Tous sont des préalables à un marché plus mature », estime Nadya Ivanova, cheffe de l’exploitation chez L’Atelier. Cette société de recherche sur les marchés émergents a collaboré avec Nonfungible.com, une ressource de données sur les NFT pour établir un rapport sur cette technologie en février dernier.

Quel est leur impact environnemental ?

Si les NFT consomment beaucoup d’énergie, c’est à cause de la technologie sur laquelle ils reposent, à savoir la blockchain (chaîne de blocs en français), comme plusieurs cryptomonnaies. Correspondant à des stockages de l’information, les « blocs » sont verrouillés par un code certifiant qu’un NFT a été acheté par telle personne à tel moment. C’est ce qu’on appelle la cryptographie, une méthode de protection des données, où la clé sert de preuve de propriété de l’original. Seul le propriétaire la possède. Le problème, c’est que la génération de ces codes constitue une opération complexe, nécessitant des ordinateurs puissants, dont le résultat est une importante consommation d’énergie. En moyenne, la création d’un NFT aurait ainsi une empreinte écologique de plus de 200 kg de CO2 selon une estimation soutenue par des chercheurs indépendants. Cela équivaut à 800 km parcourus par une voiture à essence américaine typique.

Y a-t-il un cadre juridique pour les NFT ?

L’engouement pour les NFT étant récent, ceux-ci ne sont pas encadrés par la loi. Il n’existe pour le moment aucune régulation spécifique les concernant. Il est possible de les rattacher à différents articles de lois, mais ils restent difficiles à catégoriser. Certaines créations, comme l’œuvre numérique de Beeple, pourraient par exemple être considérées comme des œuvres d’art et relever du Code la propriété intellectuelle. Ils ne font cependant pas partie de la liste des œuvres qualifiées d’ « œuvres de l’esprit » dans l’article L112-2 de ce Code. D’un autre côté, il n’est pas aussi facile de les exclure de cette catégorie étant donné que le droit évolue.

Dans le même sens, le NFT n’est pas rattaché à l’article 86 de la loi PACTE, malgré la définition de l’actif numérique dans l’article L54-10-1 qui y est inclus : « Toute représentation numérique d’une valeur qui n’est pas émise ou garantie par une banque centrale ou par une autorité publique, qui n’est pas nécessairement attachée à une monnaie ayant cours légal et qui ne possède pas le statut juridique d’une monnaie, mais qui est acceptée par des personnes physiques ou morales comme un moyen d’échange et qui peut être transférée, stockée ou échangée électroniquement. »

Un amendement déposé le 30 septembre par le député Pierre Person propose une définition des NFT : « tout bien incorporel et non fongible représentant, sous forme numérique, un ou plusieurs droits pouvant être émis, inscrits, conservés ou transférés au moyen d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé permettant d’identifier, directement ou indirectement le propriétaire dudit bien. » Il s’agit de la définition du jeton de l’article L-552-2 du code monétaire et financier, à laquelle a été ajouté le terme « non fongible ». Cet amendement qui vise à « éclaircir le régime fiscal des jetons non fongibles » a été adopté par l’Assemblée nationale le 5 octobre.

Article rédigé par
Kesso Diallo
Kesso Diallo
Journaliste
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