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Test Labo du Panasonic Lumix S1R : l’hybride qui enterre les reflex ?

26 mai 2019
Par Romain Challand, Marielle Masounave
Test Labo du Panasonic Lumix S1R : l’hybride qui enterre les reflex ?

En résumé

Le Panasonic Lumix S1R, tout comme le S1 d’ailleurs, ne joue pas tout à fait dans la même cour que les autres hybrides plein format du marché. Le constructeur ne cherche pas à rendre son produit plus compact, mais bel et bien à inspirer aux photographes la même confiance qu’en un appareil reflex. Solidité et richesse des fonctions sont les maîtres mots de ce boîtier pensé pour être emporté sur les terrains les plus difficiles. Avec son capteur de 47,3 mégapixels, et associé à l’optique Lumix S 24-105 mm F4 MACRO O.I.S, il n’oublie pas non plus de proposer une qualité d’image exceptionnelle, et on peut que constater la très grande richesse des détails, ce qui rend l’appareil habile en toutes circonstances. Il faut ajouter à ce bilan que le S1R est doué en basses lumières avec une très bonne gestion du bruit électronique, et que ses capacités en vidéo ont de quoi donner quelques sueurs froides aux ingénieurs des autres marques. C’est toutefois le Lumix S1 qui se spécialise dans cet exercice, notamment grâce à l’enregistrement 10 bits en interne et sur sortie HDMI. Vous l’aurez compris, le Lumix S1R est véritablement un tueur de reflex.

Note technique

Les plus et les moins

Les plus
  • Une finesse des détails bluffante
  • Un viseur large, lumineux et à la meilleure définition du marché
  • Nombreuses fonctions (Visualisation de la stab, Post Focus, mode Haute Résolution 187 Mpx)
  • Stabilisation mécanique sur cinq axes + stabilisation optique
  • Vidéo 4K UHD à 60 ips
  • Très bonne gestion du bruit électronique
Les moins
  • Un poids important
  • Viseur hésitant en basses lumières
  • Une autonomie qui reste loin des reflex

Notre test détaillé

Dévoilé il y a maintenant quelques mois, le Panasonic Lumix S1R, la déclinaison la plus haut de gamme de la série d’hybrides plein-format, a fait un passage par notre laboratoire. En voici le test complet.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / LaboFnac

Le design et l’ergonomie

La prise en main

Nous avions déjà assez largement évoqué le sujet lors de la présentation des S1 et S1R ainsi que lors de la prise en main du S1, Panasonic livre ici une copie radicalement différente de ses habitudes. En effet, la marque japonaise s’est forgé une réputation pendant 10 années autour du format micro 4/3, offrant une gamme complète et variée d’appareils photo hybrides, bien souvent légers et de petites dimensions. Avec le S1R, la proposition est toute autre et il s’agit d’affronter frontalement les appareils reflex qui continuent de séduire largement les professionnels.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / LaboFnac

Pour cela, Panasonic mise sur un boîtier robuste, et ne cherche pas à en minimiser le poids ni les dimensions. Affichant des mensurations de 148,9 x 110 x 96,7 mm, le S1R n’est pas moins imposant qu’un Nikon D850 (146 x 124 x 79 mm). Sans objectif associé, il présente même un poids pratiquement similaire avec 1,016 kg sur la balance, contre 1,005 kg pour le D850. Le constructeur mise aussi sur la solidité de son boîtier, qui doit pouvoir affronter des situations diverses et variées. Selon le constructeur, l’appareil résiste à des températures allant de -10 °C jusqu’à 40 °C, ainsi qu’aux projections d’eau et à la poussière.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / LaboFnac

La prise en main est semblable à ce que l’on connaît sur les boîtiers reflex pro et semi-pro. Et cela se sent dans notre poignet, un peu plus martyrisé que d’ordinaire lorsqu’on parle d’hybrides. Le constructeur explique avoir travaillé avec ses ambassadeurs pour développer cet appareil, et on relève de nombreuses bonnes idées. Outre la généreuse couche de grip qui la recouvre, la poignée est surmontée par une butée très prononcée qui, en raison du poids de l’appareil, se trouve être essentielle pour l’utilisation de l’appareil sans trépied.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / LaboFnac

Toujours au rayon des bonnes idées, rappelons que la trappe pour cartes SD et XQD est protégée par une alarme sonore. Si celle-ci n’a pas été correctement refermée, une alarme retentit (accompagnée d’un voyant lumineux) lors de l’écriture de nouveaux fichiers. Le boîtier intègre de nombreuses touches personnalisables, telles que la touche Fn située sur l’avant et qui permet de faire basculer le boîtier en mode discret par défaut (suppression des bips et déclencheur électronique). Pas moins de 3 touches personnalisables (C1, C2 et C3) sont disposées sur la molette de sélection, et chaque molette est paramétrable comme bon nous semble. Il est également possible de créer des menus personnalisés. Les menus sont denses, et il faut un certain temps avant de s’approprier le boîtier, ce qui n’a rien de surprenant avec ce type de produit. Toutefois, la documentation fournie par Panasonic est franchement complète, et l’on trouve rapidement les réponses à ses questions les plus complexes.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / Labo Fnac

Lorsqu’on croise régulièrement des photographes toujours fidèles à leur appareil reflex, il n’est pas rare qu’ils justifient leur fidélité à ce type de produit par le confort de la visée reflex. Mais les viseurs électroniques ont beaucoup évolué et celui du S1R pose encore de nouvelles bases avec ses spécifications techniques. Ce viseur OLED affiche 5,76 millions de points et couvre 100 % du champ avec un grossissement d’environ 0,78x. Sa vitesse d’affichage peut être paramétrée entre 60 et 120 ips, avec une latence théorique de 0,005s. Globalement, ce viseur est très agréable et on ne se rend presque pas compte qu’il s’agit d’une visée électronique. Le confort est présent, tout comme la fluidité et la réactivité. Pour relever un maigre bémol, comme certains de nos confrères, nous avons noté des ralentissements de la visée lors de shooting en basse luminosité. On espère que ceci pourra être rectifié par une mise à jour du firmware.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / LaboFnac

Panasonic a aussi cherché à rendre l’écran tactile un peu plus pratique que la moyenne. Il peut être incliné d’environ 80 degrés vers le haut, 45 degrés vers le bas, et intègre un petit bouton levier sur le flanc gauche, qui permet de faire basculer l’écran d’environ 45 degrés sur le côté. Cet écran de 3,2 pouces affiche environ 2,1 millions de points, pour une utilisation en mode Live View confortable. Un petit écran LCD de contrôle est aussi disposé sur le dessus du boîtier, à droite, et permet de visualiser rapidement les réglages du boîtier. Il est d’ailleurs rétroéclairé sur demande grâce à un bouton dédié à sa droite, mais ce n’est pas le cas des touches disposées sur le boîtier.

Là où il ne peut pas affronter les reflex, c’est en matière d’autonomie, même si des modes sont pensés pour s’en approcher. L’autonomie annoncée par le constructeur est d’environ 360 images (depuis l’écran arrière), 340 images (depuis le viseur), ou 1 100 images (en mode viseur économie d’énergie). La batterie d’un Nikon D850 encaisse théoriquement plus de 1500 clichés. Cela signifie que les reporters qui partent une journée sur un tournage/shooting devront prévoir une ou plusieurs batteries de rechange selon leur utilisation de l’appareil. Un constat qui vaut évidemment pour le S1R comme pour tous les autres hybrides concurrents. Une poignée de batterie DMW-BGS1 est d’ailleurs vendue séparément.

La connectique

Toujours dans l’optique de séduire un public professionnel, le Lumix S1R s’équipe d’une connectique riche et moderne. On y trouve un port SuperSpeed USB 3.1 Gen1 Type C, une sortie HDMI type A, des prises microphone et casque, une prise flash, et une autre pour une télécommande. Pour les liaisons sans fil, l’appareil se fie à une connexion Wi-Fi et au Bluetooth v4.2.

panasonic lumix s1R

© Fahim Alloul / Labo Fnac

Les fonctions

Comme toujours, Panasonic propose sur son boîtier quelques fonctionnalités qui lui sont propres. Le S1R permet par exemple de s’essayer au mode Haute Résolution, qui combine plusieurs clichés et nécessite d’avoir le boîtier installé sur une surface stable. On obtient alors un cliché d’une taille très importante (environ 180 Mo), les photographes de scènes fixes (art, mobilier, photographie scientifique ou industrielle…) adoreront cette fonction qui apporte un gain de résolution important. Parfait pour de très grands tirages.

Panasonic Lumix S1R

Le mode Haute Resolution (187 Mpx) © Labo Fnac

On y trouve d’autres modes comme le Post Focus, qui permet de sélectionner la zone de mise au point après avoir effectué une série de clichés. Un mode Photo 6K permet aussi d’enregistrer une séquence de 30 images par seconde en 8 mégapixels, et de sélectionner l’image à conserver.

Le menu regorge également de fonctionnalités. On y trouve notamment un mode affichant le statut de la stabilisation d’image, qui permet de faire apparaître un point vert se déplaçant à l’écran. Pratique pour pré-valider ou non une séquence vidéo, par exemple. Un mode nuit est aussi présent, faisant passer l’écran ou le viseur en affichage rouge. Une option pensée particulièrement pour l’astrophotographie.

La résolution

Le Lumix S1R est équipé d’un capteur CMOS plein format (36 mm x 24 mm) de 47,30 mégapixels, offrant des images de 8368 x 5584 pixels. Le mode Haute Résolution fait même monter les images à une taille de 16736 x 11168 pixels. Rappelons que l’appareil est associé à l’objectif Lumix S 24-105 mm F4 MACRO O.I.S.

panasonic lumix S1R

Photographie sans recadrage © Romain Challand / Labo Fnac

Lors de son passage par notre Labo, le Lumix S1R a montré des capacités de recadrage situées entre 41 % (au 85 mm) et 60% (au 70 mm). Si vous lisez régulièrement nos tests d’appareils photo, vous remarquerez que ces taux ne sont pas parmi les plus élevées, et qu’un appareil comme le Sony A6400, testé dernièrement, permet des recadrages plus importants. Il s’agit rappelons-le d’un taux de recadrage limite via lequel le Labo garantit que l’on ne percevra pas de perte de qualité quelque soit la zone recadrée (bord, centre…) si le support final est au maximum équivalent à un tirage 20 x 30 cm parfait, visionné par un œil théoriquement parfait. Les 60 % de recadrage évoqués pour le 70 mm du S1R attestent que la qualité d’image ne sera pas dégradée en rognant 40 % d’un cliché et dans le cadre de ce tirage 20 x 30 cm.

panasonic lumix S1R

60 % de l’image ont été rognés © Romain Challand / Labo Fnac

Il faut également mettre cette capacité de recadrage en équation avec l’homogénéité des images. Elle est ici moins bonne que sur des appareils concurrents comme le Nikon Z7, ce qui influe évidemment sur les capacités de recadrage. Le centrage est autrement excellent, la qualité étant optimale au centre de l’image.

Sensibilité (restitution des détails)

Pour évaluer la sensibilité, nous soumettons notre scène test aux appareils photo numériques afin d’évaluer leur niveau de restitution des détails en situation. Cette scène test se compose de modules avec différentes matières, textures et couleurs, tandis que la situation choisie correspond à un niveau d’éclairement moyen (500 Lux), équivalent à celui d’un salon en lumière tamisée.

panasonic lumix s1R

Notre scène test au 28 mm © LaboFnac

Et c’est bien dans ce domaine que le Lumix S1R montre son plein potentiel. L’appareil propose une richesse de détails que nous n’avions encore pas vue depuis l’instauration de notre scène test, surpassant tous les autres appareils du genre, à commencer par les Nikon D850, Canon EOS Mark IV, ainsi que les récents hybrides plein format à capteur de grande résolution que sont les Nikon Z7 ou Sony A7RIII. Aucune situation ne semble faire peur au S1R, qui restitue les plus fins détails sur les cuirs, les trames de tissus, et même la gamme de blancs. Sur cette dernière, il est même le seul système de prise de vue passé par notre Labo à en avoir restitué autant, c’est-à-dire les 6 alors que les autres se contentent généralement de 4. Les inscriptions sur la carte Ethernet sont visibles, et on lit jusqu’au corps 4 du texte sans trop forcer. C’est assez impressionnant.

panasonic lumix s1R

L’appareil restitue les textures des 6 différents blancs © LaboFnac

panasonic lumix s1R

Les inscriptions de la carte Ethernet sont lisibles © LaboFnac

Qualités optiques

L’objectif Lumix S 24-105 mm F4 MACRO O.I.S (S-R24105) est la première pièce qui compose le catalogue de la nouvelle monture L annoncée avec la sortie du Lumix S1. L’objectif est composé de 16 éléments répartis en 13 groupes (2 lentilles ED asphériques, 2 lentilles asphériques, 1 lentille UED, 2 lentilles ED). Le diaphragme de l’optique est à 9 lamelles, la distance minimale de mise au point est de 30 cm, et son ouverture maximale est donc de f/4. Sa longueur est de 118 mm, et son poids atteint 680 grammes. Il accepte des filtres de 77 mm.

Le système ne présente pas de défaut particulier, que ce soit en matière d’astigmatisme, de distorsion géométrique ou d’aberrations chromatiques.

Vidéo

Proposant deux versions de son boîtier plein format, Panasonic rejoint la même idée que Nikon avec ses Z6 et Z7. Il y a un appareil spécialisé dans la photographie haute résolution, et un autre peut être plus polyvalent, et avec des capacités vidéo améliorées. Chez Lumix, le S1 est le plus perfectionné de ce côté-là, tandis que le S1R perd quelques fonctionnalités.

L’appareil est toutefois un modèle de tout premier plan en vidéo puisqu’il est en mesure d’enregistrer en 4K UHD (3960 x 2160 pixels) à 60 images par seconde, ainsi qu’en Full HD à la même cadence. Des modes ralentis (2x en UHD et 6x en Full HD) sont également disponibles. Le S1 pourra quant à lui enregistrer en 4:2:0 10 bits en interne ou sur sortie HDMI par le biais d’une mise à jour, tandis qu’un profil V-Log sera aussi disponible dans le même firmware. Le S1R peut quant à lui exploiter les profils d’image directement disponibles sur l’interface.

Galerie d’images

Conclusion

Le Panasonic Lumix S1R, tout comme le S1 d’ailleurs, ne joue pas tout à fait dans la même cour que les autres hybrides plein format du marché. Le constructeur ne cherche pas à rendre son produit plus compact, mais bel et bien à inspirer aux photographes la même confiance qu’en un appareil reflex. Solidité et richesse des fonctions sont les maîtres mots de ce boîtier pensé pour être emporté sur les terrains les plus difficiles. Avec son capteur de 47,3 mégapixels, et associé à l’optique Lumix S 24-105 mm F4 MACRO O.I.S, il n’oublie pas non plus de proposer une qualité d’image exceptionnelle, et on peut que constater la très grande richesse des détails, ce qui rend l’appareil habile en toutes circonstances. Il faut ajouter à ce bilan que le S1R est doué en basses lumières avec une très bonne gestion du bruit électronique, et que ses capacités en vidéo ont de quoi donner quelques sueurs froides aux ingénieurs des autres marques. C’est toutefois le Lumix S1 qui se spécialise dans cet exercice, notamment grâce à l’enregistrement 10 bits en interne et sur sortie HDMI. Vous l’aurez compris, le Lumix S1R est véritablement un tueur de reflex.

Article rédigé par
Romain Challand
Romain Challand
Journaliste
Marielle Masounave
Marielle Masounave
Responsable des tests photo
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