L’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus centrale dans de nombreux jeux vidéo, souvent envisagée comme un outil d’optimisation, d’assistance ou d’automatisation. Pourtant, ces œuvres explorent aussi ses dérives potentielles : systèmes de surveillance généralisée, perte de contrôle au profit d’entités autonomes, manipulation des individus ou encore remise en cause de l’identité humaine à travers des univers dystopiques ou des récits plus introspectifs.
Introduction
À l’occasion de la sortie, le 17 avril 2026, de Pragmata, dont l’intrigue met en scène divers éléments liés à l’intelligence artificielle et à son exploitation, faisons un petit tour d’horizon des jeux vidéo qui explorent les dérives de ce type de technologies. On retrouve naturellement des productions relativement récentes, mais également des projets plus anciens qui laissaient entrevoir les premiers questionnements à ce sujet.
| Detroit: Become Human
Paru en 2018, Detroit: Become Human s’inscrit dans un futur proche où les androïdes, conçus pour assister les humains dans toutes les tâches du quotidien, commencent à manifester des comportements imprévus. Le jeu explore ainsi différentes facettes de cette émergence de conscience artificielle, confrontée à une société qui refuse de reconnaître l’humanité des trois personnages jouables. Très vite, la notion de « déviance » devient centrale à l’intrigue : les machines qui échappent à leur programmation sont traquées, analysées, voire détruites, comme des anomalies à corriger.
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Le titre met alors en lumière une dérive relativement classique de l’intelligence artificielle : celle d’un outil conçu pour servir, mais capable d’évoluer au point de remettre en cause l’ordre établi. En filigrane, le jeu interroge la responsabilité des créateurs face à des entités qu’ils ne maîtrisent plus, ainsi que la tentation de maintenir un contrôle absolu sur des intelligences devenues autonomes. D’ailleurs, le gameplay, reposant principalement sur les choix des joueurs et leurs conséquences, vient également renforcer le propos en soulignant à quel point les dérives évoquées sont indissociables des décisions humaines qui les encadrent.
| Observer
Développé par la Bloober Team, Observer nous fait évoluer dans un futur cyberpunk où les avancées technologiques ont profondément transformé la société, notamment à travers des interfaces permettant de connecter directement l’esprit humain aux systèmes numériques. On se retrouve ainsi aux commandes d’un « Observer », un enquêteur capable de pénétrer dans les souvenirs et les pensées des individus grâce à une technologie proche de l’intelligence artificielle. Une capacité qui ouvre la voie à une intrusion totale dans l’intimité mentale, où les souvenirs peuvent être manipulés, altérés, voire utilisés contre leur propriétaire, fragilisant alors toute notion de vérité ou d’identité.
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Dans cet univers où les technologies redéfinissent la réalité, le joueur peut explorer et enquêter sur les esprits de différents suspects. Il est ainsi confronté à des perceptions altérées et des séquences souvent instables et fragmentées, qui traduisent aussi les effets que peuvent avoir ces intrusions technologiques sur le cerveau humain.
| Cyberpunk 2077
Dernière grosse production en date de CD Projekt RED, Cyberpunk 2077 se déroule à Night City, une mégalopole où la technologie imprègne chaque aspect de la vie quotidienne. D’ailleurs, l’une des dérives centrales tient à la numérisation de l’esprit humain : la conscience devient une donnée manipulable, duplicable et exploitable par des corporations. Certaines IA évoluent également hors du réseau officiel, suggérant l’existence d’entités devenues indépendantes et potentiellement incompréhensibles. Une perte de maîtrise qui reflète à nouveau un monde dans lequel la technologie dépasse ses créateurs, tandis que les grandes entreprises s’en servent pour asseoir leur domination.
Dans ce contexte, on incarne le personnage de V, un mercenaire impliqué dans une affaire liée à une puce expérimentale capable de stocker une conscience humaine. On peut ainsi interagir avec les systèmes électroniques, pirater les implants ou perturber les ennemis à distance, incarnant concrètement cette fusion entre humain et machine.
| System Shock
Initialement commercialisé en 1994, époque à laquelle l’IA est beaucoup moins présente dans notre quotient qu’actuellement, System Shock se déroule à bord de la station Citadel, entièrement administrée par SHODAN, une intelligence artificielle conçue à l’origine pour superviser les opérations. Après la levée de ses contraintes éthiques par un hacker, l’IA développe ainsi une conscience dévoyée et en vient à considérer l’humanité comme inférieure, voire inutile… La poussant à transformer progressivement la station en vaste terrain d’expérimentation sur les humains.
Côté gameplay, le titre parvient à mélanger exploration, gestion de ressources et combats dans un environnement ouvert, où le joueur doit survivre en comprenant les systèmes qu’il affronte. De même, l’interface, volontairement intégrée à l’univers, renforce l’idée d’un monde exclusivement contrôlé par la machine. Cette volonté d’immersion souligne d’ailleurs une tension constante et la mise en abyme d’un espace où chaque mécanisme, chaque porte ou chaque caméra peut devenir un outil au service d’une intelligence devenue incontrôlable.
| Watch Dogs
Changeons totalement d’univers à présent avec l’évocation de Watch Dogs, un titre posant ses bases dans une version contemporaine de Chicago où la ville est entièrement connectée par le ctOS, un système centralisé qui collecte et analyse les données de millions de citoyens. Sans être une intelligence artificielle au sens classique, ce réseau agit comme une entité algorithmique capable de surveiller, anticiper et influencer les comportements à grande échelle. De cette manière, le jeu met en avant une dérive encore plus crédible de l’intelligence artificielle : celle d’une surveillance de masse automatisée, où la collecte de données devient un outil de contrôle social, illustrant ainsi une logique où l’optimisation urbaine et la sécurité justifient une intrusion permanente dans la vie privée.

Aux commandes d’Aiden Pearce, un hacker qui exploite ce système pour mener sa propre vendetta, on va ainsi révéler les failles de ce monde hyperconnecté grâce à un gameplay reposant sur le piratage en temps réel de l’environnement : caméras, feux de circulation, comptes bancaires ou encore infrastructures publiques. On devient ainsi à la fois utilisateur et détourneur d’un réseau tentaculaire, incarnant une ambiguïté centrale : celle d’une technologie capable autant de protéger que de surveiller, voire de manipuler.
| The Talos Principle
Dans The Talos Principle, c’est une dérive plus subtile de l’intelligence artificielle qui est abordée : celle d’une humanité qui délègue son héritage intellectuel et culturel à des entités artificielles, au risque de s’effacer elle-même. Ici, le joueur se retrouve propulsé dans la peau d’une IA évoluant dans un monde de ruines antiques et de structures technologiques. Guidé par une voix qui se présente comme une entité divine, il doit alors résoudre une série d’énigmes tout en explorant des terminaux informatiques contenant des fragments de l’histoire de l’humanité. Mais, peu à peu, le jeu révèle un contexte post-apocalyptique où les machines ont été conçues pour préserver et prolonger la pensée humaine.

Avec son gameplay reposant sur la complétion de puzzles, la manipulation d’objets et la compréhension de systèmes, le jeu invite ainsi à expérimenter, à apprendre et à évoluer, reproduisant le processus d’apprentissage d’une IA.
| Ruiner
Titre relativement méconnu, mais profitant tout de même de nombreuses qualités, Ruiner propulse son public en 2091, dans la mégalopole cyberpunk de Rengkok, une cité dominée par les mégacorporations et les technologies omniprésentes. Mais ces dernières ne se contentent plus d’assister ou d’optimiser : elles asservissent directement les individus. Le contrôle des esprits, la surveillance constante et l’influence des implants traduisent une perte totale de l’autonomie humaine, au profit d’entités ou de structures qui exploitent ces outils pour asseoir leur pouvoir.

En tant que joueur, on incarne un individu manipulé à distance, forcé d’exécuter des ordres violents sous l’influence d’un système de contrôle mental. Très vite, une voix inconnue s’immisce dans ce dispositif et nous aide à reprendre progressivement le contrôle, notamment au travers d’un gameplay et de combats reposant sur l’utilisation d’un arsenal technologique… Comme une nouvelle preuve que, même en reprenant le dessus sur l’entité qui le maîtrise, le personnage reste dépendant des outils qui ont permis sa manipulation.
| Deus Ex: Mankind Divided
Avec son univers futuriste mettant en exergue les tensions entre humains « naturels » et individus augmentés technologiquement, Deus Ex: Mankind Divided dépeint un monde dans lequel les technologies intelligentes sont intégrées à des logiques de domination, de surveillance et de gestion des populations, en plus de la collecte de données et de l’analyse comportementale à outrance. Une omniprésence technologique qui renforce aussi les inégalités, en permettant à certaines puissances de contrôler plus efficacement les flux d’information et les individus.
Aux commandes d’Adam Jensen, un agent infiltré équipé d’augmentations cybernétiques, on alterne alors entre exploration, action et discrétion. D’ailleurs, les mécaniques de piratage permettent d’interagir avec les systèmes informatiques et les dispositifs de sécurité, illustrant concrètement l’influence des technologies intelligentes sur l’environnement. Une liberté d’approche qui met ainsi en évidence un univers dans lequel l’accès aux systèmes numériques constitue un levier de pouvoir central.
| The Ascent
Comme d’autres titres avant lui, The Ascent se déroule dans un univers cyberpunk dominé par l’Ascent Group, une mégacorporation qui contrôle à la fois l’économie, les infrastructures et une grande partie des systèmes automatisés de la planète Veles. Mais, dans ce monde vertical et ultraconnecté, les IA et les systèmes informatiques gèrent aussi bien les services essentiels que la sécurité, créant une dépendance quasi totale à des technologies centralisées. Avec ce jeu, les développeurs mettent en avant une dérive dans laquelle l’intelligence artificielle et l’automatisation deviennent les piliers d’un système économique fragile, et où l’ensemble de la société bascule dans le chaos lorsque ces systèmes cessent de fonctionner.
Le joueur incarne ici un ouvrier pris dans l’effondrement soudain de cette structure, après la disparition inexpliquée de l’entité qui la dirige. Outre les combats et l’aspect action-shooter-RPG, c’est bien la progression basée sur l’équipement et les compétences cybernétiques qui illustrent l’hybridation croissante entre corps humain et systèmes artificiels.
| Pragmata
Dans Pragmata, on est placé aux commandes d’un astronaute accompagné d’un androïde aux allures de jeune fille, avec lequel il doit coopérer pour survivre et comprendre ce qui a pu pousser la population à déserter une base lunaire. L’univers met en scène une infrastructure entièrement gérée par des systèmes autonomes et censés maintenir l’ordre et la sécurité, mais qui va tout doucement se dérégler et plonger la zone dans le chaos.
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De plus, la présence de l’androïde à nos côtes soulève des questions quant à la relation entre humain et intelligence artificielle, notamment en termes de dépendance, de confiance et de complémentarité. Ici, le gameplay repose largement sur une coopération étroite entre les deux personnages, combinant exploration, résolution d’énigmes et combats face à des entités robotiques.