Le 12 janvier 1976 disparaissait l’une des autrices les plus lues et traduites au monde. Créatrice d’Hercule Poirot et de Miss Marple, elle a vendu plus de deux milliards de livres et marqué l’histoire du roman policier par la rigueur de ses intrigues et son sens du faux-semblant. Derrière cette figure de la littérature se cache un parcours personnel et créatif jalonné de zones d’ombre et d’épisodes étonnants. En voici trois extraits.
1 Un nom, plusieurs identités
Agatha Christie n’a pas toujours signé ses livres de son nom devenu mythique. Née Agatha Miller, elle publie ses premiers romans après son mariage sous le nom d’Agatha Christie, avant d’adopter plus tard celui d’Agatha Christie Mallowan.
À cela s’ajoute un choix plus discret encore : le pseudonyme Mary Westmacott, utilisé pour six romans publiés entre 1930 et 1956. Sous cette identité, Christie s’éloigne volontairement du roman policier pour explorer des récits psychologiques, centrés sur l’intime, les désillusions sentimentales et la solitude. Parmi ces titres figurent Musique barbare (1930), son premier essai dans ce registre, ou encore Loin de vous ce printemps (1944), considéré comme l’un de ses textes les plus personnels. L’existence de ce pseudonyme restera secrète pendant près de 20 ans.
2 Un premier roman né de la guerre
Son tout premier roman, La mystérieuse affaire de Styles, publié en 1920, est rédigé durant la Première Guerre mondiale alors qu’elle travaille comme infirmière, puis préparatrice en pharmacie. Cette expérience lui offre une connaissance précise des poisons et de leurs effets, un savoir technique qui deviendra l’une des signatures de son œuvre policière.
Achevé dès 1916, le manuscrit est pourtant refusé à plusieurs reprises avant d’être publié. Le roman introduit Hercule Poirot, réfugié belge, appelé à devenir l’un des détectives les plus célèbres de la littérature. Christie reviendra symboliquement à Styles près de 60 ans plus tard pour clore le destin de son personnage.
3 La disparition de 1926, un mystère bien réel
En décembre 1926, Christie disparaît pendant 11 jours. Sa voiture est retrouvée abandonnée dans le Surrey, déclenchant une vaste mobilisation policière et médiatique. L’affaire passionne l’opinion publique britannique, au point d’éclipser temporairement son œuvre pour faire de l’autrice le centre d’un fait divers national.
Elle est finalement retrouvée dans un hôtel de Harrogate, enregistrée sous le nom de Theresa Neele, celui de la maîtresse de son mari. Elle n’apportera jamais d’explication à cet épisode, évoquant un trouble de la mémoire lié à un état émotionnel extrême.
Cette disparition a d’ailleurs inspiré plusieurs œuvres de fiction, y compris le téléfilm La reine du crime présente (2018), qui imagine qu’elle a enquêté sur un meurtre réel pendant ces 11 jours.