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Dans la pop culture, la Diana mania est toujours là

18 janvier 2022
Par Lisa Muratore
Kristen Stewart dans “Spencer”, disponible le 17 janvier sur Amazon Prime Video.
Kristen Stewart dans “Spencer”, disponible le 17 janvier sur Amazon Prime Video. ©Pablo Larraín, DCM

Lady Di a toujours occupé une place primordiale dans la pop culture et la sortie de Spencer le 17 janvier devrait une fois de plus susciter la fascination. Retour sur l’engouement autour de celle que l’on surnommait la Princesse des cœurs.

24 ans après sa mort, la Princesse Diana continue de fasciner. Son destin brisé a toujours suscité un certain émoi. D’abord, en raison des discordes au sein de la famille royale anglaise, puis après sa mort. Bien qu’elle ait disparu dans un tragique accident de la route en 1997, Lady Di et son héritage n’ont jamais été aussi présents dans notre société actuelle. Au cours des dernières années, sa popularité a grimpé en flèche, influençant peut-être encore plus la culture d’aujourd’hui qu’elle ne l’a fait de son vivant.

Que ce soit à travers les multiples adaptations cinématographiques et sérielles, la mode, ou encore via le symbole féministe qu’elle représente, son empreinte sur la pop culture n’a en effet jamais été aussi vive. En plus de deux décennies, la figure que représente Lady Di dans l’imaginaire collectif s’est imposée comme un élément transgénérationnel. Le spectre presque mystique de cette icône des temps modernes suscite encore une large fascination.

Le mythe de Diana : un symbole qui résiste au temps

Que ce soit son mariage catastrophique avec le Prince Charles, ses premiers pas au sein de la famille royale anglaise, ou encore le rejet de la Couronne, difficile pour les millennials d’oublier le tragique destin de Diana. Entre les années 1980 et 1990, cette génération a en effet été le témoin du calvaire subi par la Princesse de Galles, jusqu’à sa mort, à Paris.

Cet événement a créé un véritable point de rupture dans la perception que l’on a aujourd’hui de Diana. Si, de son vivant, elle représentait la princesse moderne déchue, elle s’est instantanément hissée au rang de mythe culturel après sa disparition. Ce changement de perspective s’explique par un paradoxe développé par Jennifer Padjemi, autrice de Féminismes et pop culture. Pour cette essayiste et journaliste indépendante, « Diana est à la fois une figure accessible, parce que très populaire, et inaccessible, parce que l’on n’a pas pu aller au bout de son histoire. C’est en cela qu’elle est devenue une sorte de mythe. »

Diana Spencer est un symbole de la pop culture à travers le temps.©AFP

Après quoi une fascination addictive a été entretenue par la génération Z, qu’il s’agisse de la vie de la Princesse ou des circonstances de sa mort. Les théories complotistes n’ont pas tardé à fuser sur Internet, plusieurs personnes accusant la famille royale d’avoir commandité son accident. Les médias, notamment la presse tabloïd au Royaume-Uni, ont également fait perdurer cet engouement morbide autour des secrets de Windsor, dont les derniers vestiges ont pu être observés avec le Meghan Markle Gate. Par ailleurs, les principaux personnages de l’histoire de Diana, comme Charles et Camilla Parker Bowles, sont encore présents aujourd’hui dans l’actualité, tandis que la Princesse possède une résonance importante au travers de ses fils, les princes William et Harry.

Ces éléments font de cette héritière maudite un symbole transgénérationnel, dont le visage s’est inscrit durablement dans notre société moderne. La résistance de Diana au temps doit également beaucoup au monde du divertissement, ce dernier ayant construit une pop culture autour de son héritage.

Diana Spencer ou la Lady Di(vertissement)

Assimilés à un personnage bourré de dramaturgie, sa vie et son funeste destin fondent une aubaine scénaristique intarissable et passionnante. Si de nombreux documentaires sur son épopée ont vu le jour, côté fiction, tout commence avec Caroline Bliss et Catherine Oxenberg, les premières actrices à incarner la princesse des cœurs sur le petit écran. Ces dernières se sont respectivement illustrées dans Charles and Diana: A Royal Love Story et The Royal Romance of Charles and Diana, deux téléfilms diffusés en 1982.

Une décennie plus tard, c’est au tour de Serena Scott Thomas de se glisser dans la peau de Lady Di pour la minisérie Diana: Her True Story. À la fin des années 1990, sort Diana: A Tribute to the People’s Princess avec Amy Seccombe dans le rôle-titre, puis se sera au tour de Genevieve O’Reilly de briller, en 2007, dans Diana: Last Days of a Princess.

Kristen Stewart prête ses traits à Lady Di dans Spencer de Pablo Larraín.©Pablo Larraín, DCM

En 2013, Naomi Watts incarne l’héritière britannique dans Diana, avant que la saison 4 de la série Netflix The Crown (qui a brillé lors des derniers Emmy Awards) filme l’arrivée d’Emma Corrin dans le rôle. Lauréate du Golden Globes de la meilleure actrice dans une série dramatique en 2021, cette dernière cédera sa place à Elizabeth Debicki en novembre 2022. Cette cinquième saison devrait filmer la disparition de la jeune femme, mais aussi son divorce avec le Prince Charles.

Cet événement sera également au cœur de Spencer, sorti sur Amazon Prime Vidéo le 17 janvier. Dans le film, Kristen Stewart est méconnaissable sous les traits de Diana, l’actrice maniant aussi bien l’accent de la Princesse que sa gestuelle. Le long-métrage se déroule en 1991, durant la période de Noël, alors que son union avec le Prince Charles bat de l’aile. Présenté comme particulièrement hautain, au même titre que sa famille, Spencer ne dresse pas non plus un portrait convaincant de son personnage principal. Bien qu’elle soit incarnée avec brio, force est de constater que le long-métrage surfe une nouvelle fois sur la caractérisation d’une héroïne tragique.

Les batailles physiques et psychologiques de Diana y sont abordées, et de nombreux clins d’œil scénographiques font écho au funeste destin de la Princesse et aux théories conspirationnistes sur sa mort.

Si ces créations font de Diana leur personnage central, la vie de la jeune femme sert aussi de contours à d’autres films. On pense notamment à The Queen qui se concentre sur le bras de fer entre la Reine Elizabeth et le Premier ministre Tony Blair, après le décès de la Princesse. Par ailleurs, les adaptations sur Lady Di ne s’arrêtent pas là, puisqu’une comédie musicale intitulée Diana: The Musical a vu le jour à Broadway l’an passé. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’univers de la chanson s’inspire de la Princesse. Michael Jackson, Lady Gaga ou encore Depeche Mode lui ont rendu hommage.

D’icône de la mode à figure féministe

L’héritage de Diana ne s’arrête pas non plus au cinéma, aux séries et à la musique, mais se poursuit également du côté de la mode ou encore de la littérature. Parfois, les deux en même temps. À titre d’exemple, on peut citer la parution, cette année, de l’ouvrage d’Eloise Moran, The Lady Di Look Book: What Diana Was Trying to Tell Us Through Her Clothes. Encore aujourd’hui, de nombreux experts se penchent sur le style iconique de Diana. À travers ses vêtements, elle a notamment inspiré bon nombre de créateurs, mais aussi véhiculé sa véritable identité.

La Princesse brise les codes vestimentaires et les conventions dans les années 1980 et 1990. Elle insuffle notamment un vent de modernité à la royauté, grâce aux créations de Catherine Walker. Après quoi, elle utilise ses looks comme un outil de communication. Elle dévoile alors un style plus casual, mais aussi sophistiqué, qu’elle porte finalement pour faire parler des causes qui lui sont chères. Ses looks sont aussi le miroir de son indépendance, notamment après son divorce en 1992, ses vêtements ayant également participé à en faire une icône féministe.

Lady Diana dans la célèbre Revenge Dress, peu de temps après son divorce.©A Getty Images

Dans l’article de Libération intitulé « Outre la fascination, Lady Di suscite la compassion », Jennifer Padjemi note que l’émancipation vestimentaire de Diana a participé à en faire un symbole de la lutte féministe : « Elle s’est délivrée d’une famille et d’un environnement toxiques, d’un mariage considéré par certains comme forcé, elle a soigné sa dépression et ses troubles alimentaires. Son histoire permet aussi de comprendre les dynamiques de pouvoir et de domination dans un couple, quel qu’il soit. Par exemple, le compte Instagram @LadyDiRevengeLooks a été créé par une journaliste qui montre que grâce à son look, on peut revivre après une relation toxique, comme Lady Di. Là, on retrouve un intérêt quasi sociologique et féministe. »

Si le comportement de la famille royale vis-à-vis de la Princesse était à l’époque connu du grand public, le mauvais traitement de Diana est davantage analysé de nos jours grâce aux considérations féministes actuelles. Plus qu’une fascination, elle déclenche une empathie, après avoir subi le sexisme et l’acharnement médiatique. Autre élément qui participe à la construction de cette figure féministe : sa revanche sur la Couronne, et la liberté qu’elle a notamment acquise après son divorce, à travers ses activités sur la scène internationale, ses prises de position humanitaires et son nouveau mode de vie.

Diana est une figure inédite de la pop culture. D’abord perçue comme une victime de l’establishment royal anglais, l’évolution de son image, à travers le temps, a permis d’en faire une véritable icône du divertissement, de l’art et du féminisme. Ce qu’elle véhiculait de son vivant et ce qu’elle continue d’incarner plus de 20 ans après sa mort en font un symbole de notre société, encore très actuel. Entre attachement nostalgique, bouleversement social et enjeux de la célébrité moderne, Lady Di n’a donc pas fini de passionner.

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste