Critique

Exposition Julie Manet : l’impressionnisme en héritage

03 décembre 2021
Par Marion Duvalle
Berthe Morisot, “Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival”, 1881.
Berthe Morisot, “Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival”, 1881. ©Musée Marmottan Monet, Paris

L’exposition Julie Manet, la mémoire impressionniste se tient jusqu’au 20 mars 2022 au musée Marmottant Monet (Paris). C’est la première rétrospective consacrée à la vie de cette collectionneuse bien particulière.

Le musée Marmottan Monet reconstitue la vie de Julie Manet (1878-1966) au travers de nombreuses toiles qui constituent autant de portes d’entrée sur sa vie. Son nom vous dit quelque chose ? Son visage aussi ? Julie Manet est la fille unique de la peintre impressionniste Berthe Morisot et d’Eugène Manet, frère du célèbre peintre Édouard Manet. Née un pinceau entre les mains, Julie Manet a été biberonnée à l’impressionnisme. Enfant, elle pose pour les plus grands artistes de son temps : Claude Monet, Edgar Degas ou encore Auguste Renoir. Toutefois, ce n’est pas son talent de modèle ou de peintre qui crée l’événement, bien qu’une salle de l’exposition soit consacrée à son travail de peinture. C’est la reconnaissance – tardive ! – du rôle qu’elle a joué dans la transmission du courant impressionniste que le musée Marmottan Monet a choisi de mettre en avant.

Julie Manet a en effet œuvré toute sa vie pour que les tableaux impressionnistes – et notamment les peintures de sa mère – existent dans les musées et y trouvent leur place. Et, de fait, les collections des musées ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui sans les donations de Julie Manet.

Portrait de Julie Manet.©Franck Boucourt

Enfant des années “artistes barbouilleurs”

L’impressionnisme ne s’est pas imposé comme une évidence en son temps, loin s’en faut. Avant d’appartenir à un courant reconnu et respecté, les impressionnistes ont d’abord été des marginaux, des « barbouilleurs » violemment critiqués par les Beaux-Arts. Les artistes montaient donc leurs propres expositions, à contre-courant de l’Académie. Et c’est précisément dans ce contexte qu’est née Julie Manet. Quand sa mère Berthe Morisot meurt en 1895, Julie n’a que 16 ans et se retrouve orpheline de ses deux parents. Elle reçoit en héritage l’ensemble de l’œuvre de sa mère, mais aussi celle de son oncle, Édouard Manet, dont elle est l’unique nièce. Les peintres amis deviennent alors sa seule « famille » et le poète Stéphane Mallarmé son tuteur, jusqu’à son mariage avec Ernest Rouart en 1900.

Dès lors, elle décide de défendre son patrimoine : elle se démène afin que des expositions soient consacrées à Berthe Morisot, que son nom pénètre les institutions et les musées. Avec Ernest Rouart, Julie Manet acquiert aussi de nouvelles toiles : ils constituent ensemble une impressionnante collection. Mais l’héritière a, avant tout, la volonté de transmettre. Et pour ce faire, elle n’hésite pas à faire don des peintures de sa mère et de son oncle. En 1930, le Louvre accepte justement une toile de Manet, La Dame aux éventails (visible dans l’exposition en cours) : c’est une victoire pour Julie, mais aussi pour feue sa mère, qui avait entrepris cette démarche sans succès.

Une vie en peintures

Au-delà d’une exposition de peintures, cette rétrospective reconstitue, tel un puzzle, la vie de Julie Manet. Des tableaux de sa mère représentant le quotidien de son enfance, souvent accompagnée de son père ou de ses cousines, aux toiles pour lesquelles elle pose adolescente, Julie Manet illumine chacune des œuvres où elle apparaît. On avait déjà découvert sa vie de jeune femme, grâce à la parution de son Journal, tenu de 1893 à 1899, aux éditions Scala. Ce texte permettait de se faire une idée de sa relation avec sa mère, mais aussi avec les peintres pour lesquels elle a posé, notamment Auguste Renoir. L’exposition du musée Marmottan Monet lève le voile sur les 70 années qui ont suivi: on découvre sa vie de femme, d’héritière et de collectionneuse hors pair.

Pierre-Auguste Renoir, Portrait de Julie Manet, 1984.©Musée Marmottan Monet, Paris


Avec cette rétrospective, la commissaire de l’exposition Marianne Mathieu et la scénographe Anne Gratadour souhaitaient « évoquer la jeunesse de Julie Manet, mais aussi lever le voile sur sa vie de femme, évoquer l’amour de l’art qu’elle reçoit en héritage, présenter l’extraordinaire collection qu’elle réunit avec son époux, Ernest Rouart, et mettre en évidence ce qui fut l’engagement de sa vie : faire reconnaître l’œuvre de sa mère et de son oncle ». Pari réussi.

Infos pratiques

Julie Manet, la mémoire impressionniste, au Musée Marmottant Monet (Paris 16e), du 19 octobre 2021 au 20 mars 2022. Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi, fermé les lundis. Catalogue de l’exposition.

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Article rédigé par
Marion Duvalle
Marion Duvalle
Journaliste
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