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25 novembre : ces œuvres qui témoignent des violences faites aux femmes

25 novembre 2021
Après son adaptation en série, “The Handmaid's Tale” est devenu un véritable phénomène.
Après son adaptation en série, “The Handmaid's Tale” est devenu un véritable phénomène. ©OCS

En cette journée internationale de mobilisation, voici une dizaine d’œuvres à (re)découvrir qui abordent les violences faites aux femmes.

Officiellement proclamée par l’ONU le 25 novembre 1999, la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes vise à sensibiliser l’opinion publique sur toutes les formes de violences sexistes et sexuelles. Cette journée de mobilisation enjoint également les États à se rendre capables de lutter et de condamner ces violences.

Alors que les associations féministes alertent et interpellent sans relâche, que les mobilisations se multiplient et que la parole des femmes semble de plus en plus prise en compte, les mesures de protection contre ces violences sont encore souvent jugées insuffisantes.

Les chiffres sont parlants : 137 femmes sont ainsi tuées chaque jour par un membre de leur famille (ONU) ; au cours de sa vie, une femme sur trois est victime de violence physique ou sexuelle (OMS) ; en France, 81 % des femmes ont déjà été victimes de harcèlement sexuel dans les lieux publics ; 87 % des victimes de violences conjugales sont des femmes ; seuls 13 % des victimes de viol portent plainte… Et, depuis le début de l’année 2021, 103 femmes françaises ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

En cette journée de mobilisation, la rédaction de L’Éclaireur Fnac vous invite à découvrir ou redécouvrir une poignée de films, de séries, et de livres qui ont contribué, chacun à leur manière, à dénoncer les violences subies par les femmes.

Films

Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand

Récompensé à quatre reprises aux César en 2019, dont le prix du meilleur film, et auréolé du Lion d’argent à la Mostra de Venise en 2017, Jusqu’à la garde (2017) est un film glaçant sur les violences conjugales et intrafamiliales, porté par les interprétations magistrales de Léa Drucker et Denis Ménochet. Un film où la violence est sourde et rentrée, rendant ses éclats d’autant plus marquants. Miriam (Léa Drucker) et Antoine (Denis Ménochet) sont en plein divorce : Miriam cherche à protéger son fils de 11 ans d’un père qu’elle accuse de violences répétées. Malgré ses efforts, ce dernier obtient la garde partagée du jeune Julien. En important les codes du thriller, voire du cinéma d’horreur, dans l’espace domestique, Xavier Legrand signe un film d’une grande ampleur qui parvient à restituer magistralement la tétanie ressentie par les personnages à la seule vue de leur bourreau.

La Couleur pourpre, de Steven Spielberg

Adapté du roman éponyme d’Alice Walker, couronné du prix Pulitzer en 1983, La Couleur pourpre (1985) marque un tournant dans la filmographie de Steven Spielberg. Il aborde ici les questions douloureuses des violences faites aux femmes et de leur réification. Un premier rôle marquant pour Whoopi Goldberg, qui incarne Celie, adolescente victime des relations incestueuses de son père, qui lui donne – puis lui arrache – deux enfants, puis mariée de force à un mari violent incarné par Danny Glover. Subissant les abus d’un mari tyrannique qui la réduisent au rang d’objet sexuel, Celie est traumatisée, mais s’accroche à l’espoir de retrouver sa sœur, Nettie. Ce qui la fera finalement tenir, ce seront ses rencontres déterminantes avec des figures féminines inspirantes, à l’image de la chanteuse Shug Avery (Margaret Avery) et de Sophia (Oprah Winfrey), symboles de liberté et d’émancipation.

L’Enfer, de Claude Chabrol

À partir du scénario du célèbre film inachevé d’Henri-Georges Clouzot avec Romy Schneider et Serge Reggiani, le cinéaste français Claude Chabrol réalise en 1994 un film vertigineux où la jalousie d’un homme va virer au cauchemar. Paul, incarné par François Cluzet, devient patron de l’auberge où il travaillait et épouse Nelly (Emmanuelle Béart). Endetté et alcoolique, Paul devient de plus en plus suspicieux des agissements de son épouse, dont il croit entrevoir les infidélités. Au fil du film, l’étau se resserre autour de Nelly, victime de la paranoïa et de la violence de son mari. Une descente en Enfer où le regard masculin destructeur pèse de tout son poids sur le personnage d’Emmanuelle Béart.

Séries

Maid (Netflix)

La série est devenue un phénomène dès son arrivée sur Netflix. Adaptée du best-seller autobiographique de Stephanie Land, Maid raconte l’histoire d’Alex, qui vient de quitter son petit ami violent. La jeune mère de 25 ans accepte un job sous-payé de femme de ménage pour subvenir aux besoins de sa fille. On la suit dans ses galères financières, dans les casse-têtes administratifs pour obtenir des aides, et pour se reconstruire après avoir fui cette relation abusive. La série montre la difficulté pour certaines femmes de se considérer comme des victimes quand elles n’ont pas reçu de coups. Elle aborde avec justesse la difficulté de se détacher de l’emprise de l’autre et les conséquences sociales et financières des violences.

I May Destroy You (MyCanal)

Le show avait suscité une standing ovation lors des derniers Emmy Awards et reçu le prix du meilleur scénario dans une minisérie. Dans cette autofiction, l’actrice et réalisatrice Michaela Coel livre un traumatisme personnel : le viol dont elle a été victime en 2016. La série décrit le parcours d’Arabella, une jeune londonienne qui a été droguée et violée dans un bar. Le spectateur suit sa reconstruction psychologique, les mécanismes de défense qu’elle met en place, sa relation avec ses amis et leur réaction quand elle leur fait part de son expérience traumatique. I May Destrou You questionne la sexualité, le consentement, le viol et les agressions sexuelles.

Big Little Lies (OCS)

À première vue, cette série a des airs de Desperate Housewives 2.0 : beauté, richesse et amies qui se retrouvent pour échanger sur leur vie californienne et leurs familles parfaites. Mais la réalité est plus sombre. Portée par un casting XXL (Reese Witherspoon, Shailene Woodley, Nicole Kidman, entre autres), Big Little Lies met en lumière les violences faites aux femmes. La série aborde le viol, les violences physiques, psychologiques et conjugales. Le spectateur est témoin de cette brutalité et de la complexité des relations toxiques et abusives. Les personnages ne tombent pas dans la caricature et l’histoire est captivante, sublimée par une réalisation brillante et une BO particulièrement réussie.

Livres

Les Choses humaines, de Karine Tuil

Dans Les Choses humaines (Gallimard, 2021), Karine Tuil se plonge au cœur des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc pour en saisir l’ampleur. Inspiré d’une affaire réelle, celle d’une jeune femme victime d’un viol sur le campus de l’université de Stanford en 2015, ce roman interroge la société et son rapport au féminisme, à la culture du viol et au communautarisme. Sans craindre les questionnements problématiques ni les ambiguïtés, l’autrice rend compte d’une machinerie médiatico-judiciaire particulièrement romanesque, dans laquelle se débattent des personnages aussi incarnés que socialement déterminés – tous et toutes persuadés d’être dans leur bon droit. Le 1er décembre prochain sort justement en salles une adaptation de ce texte, réalisée par Yvan Attal.

Viendra le temps du feu, de Wendy Delorme

Entre utopie féministe et dystopie patriarcale, Viendra le temps du feu (Cambourakis, 2021) met en exergue les injustices faites aux femmes et les violences qui en résultent. Dans une langue d’une rare poésie, l’autrice pousse en effet à l’absurde les logiques qui régissent encore nos sociétés patriarcales, pour en faire apparaître les aberrations : c’est la société dystopique qu’elle décrit. À cette société répond l’organisation composée de celles qui l’ont fuie, et qui, ensemble, réinventent des possibilités pour habiter le monde.

La Servante écarlate, de Margaret Atwood

Parue dans une nouvelle traduction au début de l’année, La Servante écarlate est un classique anglo-saxon de la littérature dystopique féministe. Ce roman d’anticipation publié par l’écrivaine canadienne Margaret Atwood en 1985 se déroule dans un futur proche, où la religion domine la politique au sein d’un régime totalitaire. Les femmes y sont dévalorisées et exploitées jusqu’à l’asservissement : elles ont perdu le droit de travailler et lire, et sont réduites à leurs fonctions sexuelles et/ou reproductrices. L’efficacité politique et narrative de ce texte a été mise à profit dans son adaptation en série, The Handmaid’s Tale (OCS), que le succès critique et populaire a transformée en véritable phénomène.

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Article rédigé par
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