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Disparition de la peintre et poétesse Etel Adnan : une reconnaissance tardive

17 novembre 2021
Par Félix Tardieu
Etel Adnan, Voyage au Mont Tamalpaïs, 2008
Etel Adnan, Voyage au Mont Tamalpaïs, 2008 ©Etel Adnan, courtesy galerie Claude Lemand

L’artiste plasticienne et écrivaine libano-américaine s’en est allée le 14 novembre dernier à l’âge de 96 ans, laissant derrière elle une œuvre plurielle, traversée par la question du langage et de l’écriture.

Etel Adnan a connu plusieurs naissances. Née une première fois à Beyrouth en 1925, ce n’est qu’en 2012 qu’elle naît pour de bon aux yeux du monde de l’art et acquiert un rayonnement international après une première exposition à la treizième Documenta, grand rendez-vous de l’art contemporain qui se tient tous les cinq ans à Cassel (Allemagne). Au Liban, Etel Adnan grandit à la confluence des langues et des cultures, parle le grec avec sa mère et le turc avec son père, apprend très tôt l’anglais et commence à écrire en français au sein du couvent francophone où elle reçoit son éducation et où l’arabe est proscrit, à son grand regret. À la fin des années 1940, une bourse lui permet de partir étudier la philosophie sur les bancs de la Sorbonne, où elle suit notamment l’enseignement de Gaston Bachelard, dont l’œuvre à la fois philosophique et poétique finit de convaincre l’écrivaine que d’autres formes d’écriture sont possibles. Elle part alors poursuivre ses études à Berkeley puis à Harvard, avant de commencer elle-même à enseigner la philosophie de l’art à l’Université dominicaine de San Rafael (Californie) à la fin des années 1950. Là-bas, la nature monumentale inspire sa prose. Une période charnière où Etel Adnan commence enfin à peindre : alors que la guerre d’Algérie la pousse à mettre de côté le français, Adnan découvre avec la peinture un moyen d’expression libéré de la violence des mots, connecté à une forme de langage à la fois universel et émotionnel. Une artiste est née. 

Etel Adnan, Paysage, 2014 © Donation Claude et France Lemand / Institut du monde arabe

Années 2010 : la consécration se faisait attendre

Les œuvres d’Adnan confinent à l’abstraction. Les mots se muent en formes géométriques colorées, au-dessus desquelles – mais aussi au-dessous, voire en dedans – trône l’astre solaire, comme une éternelle lueur d’espoir. Elle n’abandonne pas pour autant l’écriture, comme en témoignent ses romans, essais et poèmes ou encore ses leporellos, accordéons de papier illustrés où l’artiste couche délicatement ses mots. La guerre civile qui ravage son pays natal, où elle est retournée travailler au début des années 1970 pour le quotidien Al-Safa, lui inspire notamment le roman Sitt Marie Rose (éd. Des Femmes, 1978), puis le recueil de poésie L’Apocalypse arabe (éd. Papyrus, 1980) où se mêlent sa prose et son art plastique. Elle retournera s’installer en Californie, avant de rallier Paris, puis Erquy (Bretagne). Suite à son exposition à la Documenta, l’artiste et écrivaine alors âgée de 87 ans est enfin reconnue à sa juste valeur par les grandes institutions muséales et sera exposée dans le monde entier, du Guggenheim (New-York) à l’Institut du monde arabe (Paris) en passant par le MUDAM (Luxembourg) ou encore le Centre Paul-Klee (Berne, Suisse). Passionnée jusqu’au bout, Etel Adnan est à l’origine de l’exposition « Ecrire, c’est dessiner », qui a débuté ce mois-ci au Centre Pompidou-Metz et qui célèbre l’art de l’écriture dans sa diversité.

Portrait d’Etel Adnan © Photo : Courtesy Galerie Lelong & Co., Paris

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Article rédigé par
Félix Tardieu
Félix Tardieu
Journaliste
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