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Le Louvre, le Centre Pompidou et le château de Versailles rendent un ultime hommage à Christian Boltanski

08 octobre 2021
Par Félix Tardieu
Portrait de Christian Boltanski dans sa rétrospective Faire son temps au Centre Pompidou, 2020 ©Hervé Veronese, Centre Pompidou

A partir du 12 octobre, les trois institutions proposeront de redécouvrir certaines des créations emblématiques de l’artiste et plasticien français disparu en juillet dernier à l’âge de 76 ans.

Voilà l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’œuvre protéiforme de Christian Boltanski, dont la disparition a laissé un immense vide dans le monde de l’art. En réactivant certaines de ses créations dans des lieux hautement symboliques, ce parcours se veut un hommage fidèle à l’œuvre de celui qui plaçait l’oubli au cœur de ses questionnements.

Les Archives de Christian Boltanski 1965-1988, 1989 © Philippe Migeat

Ainsi, son opéra Fosse sera rejoué sur le parking du Centre Pompidou le soir du 12 octobre, où les allées et venues des visiteurs seront consubstantielles à la partition ; au château de Versailles, la tout nouvellement restaurée chapelle royale accueillera l’oeuvre sonore Horloge parlante jusqu’au 6 novembre ; au Centre Pompidou toujours, trois salles de la collection contemporaine seront consacrés aux oeuvres de l’artiste, jusqu’au 13 avril 2022 ; enfin au musée du Louvre, la Grande Galerie exposera les Les Archives de Christian Boltanski 1965-1988, sorte de mémorial composée de plus de 600 boîtes à biscuits rouillées abritant près de deux milles documents, jusqu’au 10 janvier 2022.

Une oeuvre sans pareille

Artiste autodidacte, Christian Boltanski a expérimenté un florilège de formes artistiques au cours de sa vie, toujours sous-tendues par un substrat autobiographique. Teintées d’angoisse, macabres voire écoeurantes (à l’instar du film L’homme qui tousse), ses œuvres hantées par le souvenir – ou devrait-on plutôt dire le non-souvenir – de la Shoah dialoguent avec la mort et l’oubli, à travers entre autres son travail photographique. Il avait notamment marqué les esprits avec Personnes en 2010, où une pile monumentale de vêtements, entreposée sous la nef du Grand Palais, était aléatoirement éparpillée au sol par une grue, dans une atmosphère glaçante.

Le Coeur, 2005 © Wolfgang Günzel

Exhumant par milliers des objets de personnalités inconnues (photogrammes, vêtements, etc.) avalées par la marche infernale de l’Histoire, Boltanski questionne le rôle de la mémoire dans les récits qui forgent notre identité. Ses oeuvres semblent ainsi traversées par un “jeu” où le “je” finit toujours par se dissoudre face à l’inévitable fatalité de l’oubli ; ce qui n’a pas empêché Boltanski d’insuffler, dans ses oeuvres plus tardives, une dimension résolument plus joyeuse, quasi mystique, comme ses installations en Patagonie dans lesquelles le vent qui s’engouffre semble imiter le chant des baleines. L’hommage du Centre Pompidou se clôt d’ailleurs sur le Coeur, dispositif où la lumière se fait et se défait au rythme des pulsations enregistrées par l’artiste. Preuve qu’un cœur – et peu importait pour Boltanski qu’il s’agisse du sien ou non – bat toujours quelque part. 

Article rédigé par
Félix Tardieu
Félix Tardieu
Journaliste
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