Décryptage

C’est quoi un bon livre d’été ? En voici 7 à dévorer pendant les vacances

15 juillet 2023
Par Léonard Desbrières
C'est quoi, finalement, un bon livre d'été ?
C'est quoi, finalement, un bon livre d'été ? ©Lucky Team Studio/Shutterstock

À l’occasion des vacances estivales, L’Éclaireur dévoile l’équation littéraire parfaite pour remplir votre valise sans vous tromper.

Après la sacrosainte rentrée littéraire et une rentrée hivernale qui prend de plus en plus d’ampleur, l’été est le dernier temps fort de l’année éditoriale, un enjeu de taille pour des maisons qui programment tout au long du printemps des titres aux caractéristiques bien spécifiques, des ouvrages susceptibles de conquérir le cœur du lecteur et surtout du vacancier prêt au grand départ.

S’il existait une formule infaillible pour dégainer le livre de l’été parfait, les éditeurs n’auraient pas à s’inquiéter. Malheureusement, en librairie, le succès n’est jamais assuré. Et si, en plus de notre traditionnelle liste de lecture estivale, on s’amusait quand même à dresser le portrait-robot du livre idéal ?

Une madeleine de Proust, comme Les Éclats de Bret Easton Ellis

Jouer sur la corde sensible, sur le terrain du souvenir et des plus belles heures de l’enfance. Voilà une stratégie qui devrait payer. En 2010, on avait été déçu par Suites(s) impériale(s), sequel raté de son premier roman culte Moins que zéro. En 2019, on était resté sur notre faim après son essai White, un brûlot corrosif contre l’époque, divertissant, mais qui prenait parfois des allures de manifeste réactionnaire. Deux échecs relatifs qui nourrissaient les plus douloureuses interrogations. La légende Bret Easton Ellis était-elle sur la fin ?

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Au printemps dernier, pour notre plus grand bonheur, l’écrivain américain balayait les doutes d’un revers de la main et signait enfin son grand retour avec un roman éblouissant, la madeleine de Proust du printemps. Bret a 17 ans et fait partie de la jeunesse dorée du Los Angeles des années 1980. Lycéen populaire, il mène une double vie entre sa bande, sa petite amie et certains désirs inassouvis. Mais l’arrivée simultanée en ville d’un nouvel étudiant et d’un tueur en série terrifiant risquent fort de contrecarrer ses plans. Récit d’apprentissage nostalgique, coming-out sexy et sexuel, polar paranoïaque haletant : Les Éclats (Robert Laffont, 2023) est un troublant mélange des genres entre réalité et fiction, une preuve que Le Prince des ténèbres n’a rien perdu de sa magie noire.

Une communion avec la nature, comme dans Le Guide de Peter Heller

Pour les plus téméraires d’entre nous, l’été sonne comme une invitation au voyage, une aventure au-devant du monde et de ses grands espaces. Poète et romancier amoureux de la nature, l’Américain Peter Heller se présente comme le parfait compagnon de route pour des vacances sauvages.

Couverture du livre Le Guide de Peter Heller. ©Actes Sud

Deux ans après La Rivière (Actes Sud, 2021), récit au carrefour du nature writing et du thriller sous tension qui racontait la folle course contre la montre de deux aventuriers en canoë pris au piège d’une forêt en flammes et de ses dangereux habitants, il dévoile une suite tout aussi réussie, qui peut se lire séparément. Seul point commun à ces deux histoires : leur héros, Jack. À peine remis de sa furieuse épopée, il décide de prendre du recul et débarque pour une saison comme guide au Kingfisher Lodge de Crested Butte, un domaine haut de gamme dédiée à la pêche à la mouche. Chargé de guider la célèbre chanteuse Alison K dans son initiation, Jack se rend compte peu à peu que quelque chose ne tourne pas rond dans cet endroit coupé du monde.

Huis clos étouffant au beau milieu de la nature, Le Guide (Actes Sud, 2023) reprend tout ce qui fait le sel de la littérature de Peter Heller. La contemplation bucolique des paysages n’est qu’une diversion pour dissimuler le mal prêt à surgir. Le lecteur prend une grande inspiration et s’attend au pire.

Une exploration du désir, comme dans Odile l’été d’Emma Becker

Les premières effluves de l’été libèrent l’étreinte qui corsète trop souvent nos désirs. Comme un appel à un épanouissement soudain, on se dévoile, on se libère. En continuant à creuser son sillon littéraire, en se faisant la romancière de l’eros et du sexuel, Emma Becker enflamme nos lectures estivales.

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Dans la nouvelle collection « Fauteuse de trouble », imaginée par Vanessa Springora – une bibliothèque engagée cherchant à « articuler intimité et émancipation, érotisme et féminisme, corps et révolte, sexuel et textuel » –, l’autrice de La Maison (J’ai Lu, 2019) et de L’Inconduite (Albin Michel, 2022) dévoile un roman sulfureux et raconte un été brûlant dans la vie d’une jeune fille qui lui ressemble à s’y méprendre.

Comme un songe d’une nuit torride, elle raconte la passion fugace qui la lie à son amie d’enfance. Conte érotique à la beauté crue et singulière, Odile l’été (Julliard, 2023) est une invitation poétique au plaisir de la chair.

Un univers hors du commun, comme dans Swan Song de Robert McCammon

L’été, c’est un appel vers l’ailleurs, la promesse de sortir des sentiers battus qui jalonnent notre quotidien. C’est valable aussi en littérature. Et les éditions Monsieur Toussaint Louverture l’ont bien compris. L’année dernière à la même époque, la maison toulousaine raflait la mise avec l’inattendue et fascinante saga Blackwater (1983), un roman-feuilleton américain inédit en France de 1 200 pages, décliné en six tomes petits formats et abordables qui a conquis près de 400 000 lecteurs et est devenu l’événement littéraire de l’été.

Cette année, Dominique Bordes et son équipe sont bien partis pour rééditer l’exploit avec un nouveau bijou d’imaginaire, une fresque postapocalyptique ébouriffante.

Couverture du livre Swan Song de Robert McCammon.©Monsieur Toussaint Louverture

Écrit en plein cœur de la Guerre Froide, le diptyque Swan Song (1987) est rempli des peurs que font jaillir l’affrontement entre les États-Unis et l’URSS. Robert R. McCammon imagine un monde plongé dans le chaos. Les deux camps ont cédé à la plus vile des tentations, celle de la guerre nucléaire. Missiles et fusées se croisent dans le ciel et font s’abattre sur la terre des tornades de feu. Tandis que le monde disparaît sous leurs yeux ébahis, les derniers survivants se débattent et s’accrochent à la vie.

Sister Creep, jeune SDF new-yorkaise, s’en remet à ses visions mystiques. Roland, lui, pense avoir trouvé sa voie auprès d’une secte survivaliste de l’Idaho, dirigée par un ancien héros, le géant Black Frankenstein, qui traîne son immense carcasse de combat en combat. Et puis il y a Swan, une gamine trimbalée partout par une mère qui attire les problèmes, une gamine qui détient peut-être la clé de la survie de l’humanité. Roman choral effréné, en deux tomes, Swan Song se dévore sans compter. Une pulp fiction savoureuse, la littérature populaire dans ce qu’elle fait de meilleure, un nouveau coup de maître pour un merveilleux éditeur.

Une promesse d’érudition, comme dans Le Temps des décisions de Reiner Stach

Parmi les grands lecteurs, il y a toujours les érudits, ceux qui se servent des temps morts accordés par la période estivale pour emmagasiner encore plus de connaissances, pour plonger encore plus loin dans les entrailles du savoir. Il aura fallu plus de 20 ans pour que l’œuvre monstrueuse de l’écrivain allemand, Reiner Stach, commence enfin à être traduite en France.

Couverture du livre Le Temps des décisions.©Fayard

Somme biographique de référence consacrée à l’écrivain praguois Franz Kafka, l’un des monuments de la littérature du XXe siècle, ce magnum opus est un chef-d’œuvre qui se lit comme le roman haletant d’une œuvre en train de se faire et l’épopée d’un artiste aux prises avec les drames de l’histoire. Prenant modèle sur l’édition allemande, Fayard décide d’entamer sa publication par le milieu de la vie du romancier et nous donne à lire un premier tome qui revient sur une période courte (1910-1915), mais très documentée. Une période féconde qui a notamment vu naître La Métamorphose (1915), classique indépassable du roman de genre.

Une invitation à la fuite, comme dans L’Invitée d’Emma Cline

Tout plaquer pour recommencer une nouvelle vie, n’est-ce pas le fantasme secret qui nous traverse tous après une fin d’année sur les rotules à trimer dans un monde qui perd pied ? La nouvelle héroïne d’Emma Cline – prodige des lettres américaines révélée au monde entier avec le génial The Girls (10/18, 2017), road-movie sanglant et tragique d’un groupe de filles embrigadées jusqu’à l’horreur – n’hésite pas une seconde et saisit la chance qu’on lui donne.

Couverture du livre L’invitée d’Emma Cline. ©La Table Ronde

Alex est une jeune new-yorkaise qui vit de ses charmes. Un jour, elle tombe sur le gros lot et séduit Simon, un homme très riche qui pourrait être son père, mais qui lui propose de venir passer l’été dans sa demeure des Hamptons. L’occasion est trop belle de fuir les dettes et les ennuis qui la pourchassent depuis trop longtemps. Mais, au beau milieu de l’été, elle commet une bourde irréparable et est mise à la porte. Effrayée à l’idée de regagner New York, elle décide plutôt d’errer dans ce paradis bourgeois à la recherche d’un refuge, avec une obsession en tête : un retour triomphal à la soirée organisée par Simon à la fin de la semaine. Roman noir perturbant et satire sociale corrosive où la beauté s’achète, L’Invitée (La Table Ronde, 2023), petit théâtre de la cruauté humaine, signe le retour au premier plan de la romancière.

Un humour décapant, comme dans Nein, Nein, Nein de Jerry Stahl

Rire aux éclats. Voilà qui n’est pas monnaie courante dans une littérature contemporaine, inquiète, en colère, à l’image de la destinée tragique du monde. De ce naufrage collectif, Jerry Stahl, le bad-boy des lettres américaines, l’ancienne plume sulfureuse de la presse masculine, le scénariste de Twin Peaks (1990), le romancier destroy et addict repenti, préfère s’en moquer avec un style bien à lui.

Couverture du livre Nein nein nein ! de Jerry Stahl. ©Rivages

« La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar. » À la lecture du sous-titre de cet insaisissable objet littéraire, on se demande bien où on met les pieds. Il suffit de quelques pages pour s’émerveiller devant le récit gonzo d’un dépressif déjanté. Né de parents juifs originaires d’Europe de l’Est, il embarque en autocar avec les touristes de l’horreur, ceux qui font le tour des camps de concentration comme s’ils se rendraient dans des parcs d’attractions. Aussi effaré par ce road-trip dégénéré que désarçonné par l’esprit tordu de cet écorché, on n’en finit plus de rire à gorge déployée. À quel moment le monde est-il devenu aussi cinglé ?

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