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L’inconduite, d’Emma Becker : une femme et ses hommes

20 août 2022
Par Sophie Benard
L’inconduite, d’Emma Becker : une femme et ses hommes
©Joël Saget/AFP

[Rentrée littéraire 2022] Après le succès de La Maison (Flammarion, 2019), dans lequel la narratrice revenait sur son expérience de la prostitution dans une maison close allemande, Emma Becker prolonge son introspection dans L’inconduite.

Emma Becker se sent, comme de nombreuses femmes, esclave du regard que les hommes portent sur elle – et c’est précisément de cet esclavage dont elle avait choisi de tirer profit dans La Maison (Flammarion, 2019). Comme une première étape de son exploration intime, l’expérience de la prostitution lui avait révélé certaines clefs pour comprendre les ressorts de sa perpétuelle recherche de l’approbation masculine.

L’inconduite témoigne d’abord d’une sensation d’étranglement de la narratrice, qui est en couple et mère d’un jeune enfant. Et les questionnements auxquels ce texte autofictionnel prétend s’affronter ouvrent l’appétit : comment rester soi dans le désir des hommes ? Comment rester femme en devenant mère ?

Malheureusement, l’écriture de soi semble souffrir ici de ses travers les plus communs : alors que l’autrice déverse, sur plus de trois cents pages, ses réflexions et actes quotidiens, on peine à déceler les réels enjeux et la prise de distance qui lui permettraient de faire oeuvre.

Les ongles : fallait-il simplement les entretenir, ou les peindre en rouge sang ? Vincent ne devait pas se douter que j’avais mis du vernis pour lui. L’idéal était donc de me vernir les jours deux ou trois jours avant, pour qu’ils soient écaillés juste ce qu’il faut. Les jambes : elles seraient rasées, oui, mais on sentirait la repousse d’un jour et d’une nuit.

Emma Becker
L’inconduite

Emma Becker confie écrire pour « se comprendre » ; et elle finit effectivement par se rendre compte que ce qu’elle aime tant dans le regard des hommes, c’est elle-même – tout simplement. Mais on reste, nous, sans réponse, à la question de savoir quelle place est alors réservée aux lecteurs et aux lectrices. C’est ainsi que, malgré des questionnements prometteurs, L’inconduite passe à côté de son sujet, sûrement à force de confusion entre soi et discours sur soi.

L’inconduite, d’Emma Becker. En librairie le 18/08/2022.

L’inconduite, d’Emma Becker, Albin Michel, 368 p., 21,90 €. En librairie le 18/08/2022.

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Article rédigé par
Sophie Benard
Sophie Benard
Journaliste