Quelques mois après la Pocket 4, DJI greffe un téléobjectif 60 mm sur sa caméra à nacelle. Un second regard qui promet de changer la façon de filmer en poche.
En résumé
À l’heure du choix, la Pocket 4P se place à un tarif inférieur à celui de plusieurs caméras comparables destinées aux créateurs. Le 60 mm apporte un vrai plus en portrait, la bascule entre focales tient en un clic et la dynamique du grand-angle fait la différence dans les scènes contrastées. Les ralentis 4K à 240 i/s restent un argument solide face à Insta360. La 4P paie pourtant son second œil côté ergonomie, entre 40 g de plus concentrés dans la tête, un suivi moins vif, une autonomie annoncée amputée de 30 minutes et un D-Log 2 cantonné au grand-angle. Si vous cherchez plus de contrôle créatif et un vrai zoom optique dans un format de poche, c’est elle qu’il faut viser. Pour un usage occasionnel, la Pocket 4 reste plus indiquée, et si la 8K ou un écran détachable comptent davantage à vos yeux, la Luna Ultra d’Insta360 mérite le coup d’œil.
- Le téléobjectif 60 mm, précieux en portrait
- La dynamique étendue du grand-angle dans les scènes contrastées
- Les ralentis 4K jusqu'à 240 i/s
- Les 103 Go de stockage interne et le riche écosystème d'accessoires Osmo
- La prise de poids, concentrée dans la tête de la caméra
- Le suivi ActiveTrack moins réactif que sur la Pocket 4
- Le profil D-Log 2 réservé au grand-angle 1x
- L'absence de toute protection dans la boîte et d'étanchéité native
Introduction
Sortie à la mi-avril 2026, la Pocket 4 de DJI s’était contentée de peaufiner une formule déjà bien rodée. Sa déclinaison 4P, commercialisée en Europe en juillet, prend un virage plus franc. La nouvelle caméra adjoint au grand-angle habituel un second module, doté de son propre capteur et de sa propre optique. L’idée n’est pas inédite, puisqu’Insta360 a lancé dès juin sa Luna Ultra, elle aussi équipée d’une caméra x3 en plus de la principale. Les deux appareils se retrouvent donc en concurrence directe.
Sur la fiche technique, la caméra associe deux modules. Le premier est un grand-angle équivalent 20 mm ouvrant à f/2.0, construit autour d’un capteur de type 1 pouce entièrement nouveau. Le second est un moyen télé équivalent 60 mm ouvrant à f/1.8, monté sur un capteur de type 1/1,28 pouce. Elle filme jusqu’en 4K à 240 images par seconde et produit des photos d’environ 37 millions de pixels. Elle embarque aussi trois micros, un écran tactile rotatif de 5 cm de diagonale et 103 Go de mémoire interne, extensible par microSD jusqu’à 1 To. L’ensemble pèse 230 g et se décline en noir classique ou en blanc nacré.
Un second œil qui se paie sur la balance
La première chose qui frappe, c’est le gabarit. Avec 159,5 x 63,3 x 33,5 mm, la 4P garde l’épaisseur de la Pocket 4 (144,2 x 44,4 x 33,5 mm). Elle gagne en revanche environ 1,5 cm en hauteur et près de 2 cm en largeur pour loger son double module. Ses deux capteurs sont empilés l’un au-dessus de l’autre, là où Insta360 les place côte à côte. La balance suit la même pente, avec 230 g contre 190,5 g pour la Pocket 4, soit 40 g de plus imputables au second bloc optique. La 4P se rapproche ainsi de sa rivale, qui affiche 233 g pour 169,9 x 52,4 x 38,5 mm.

La poignée conserve exactement les dimensions de celle de la Pocket 4, si bien que tout le surpoids se loge dans la tête. Le centre de gravité remonte et la caméra se retrouve légèrement déséquilibrée vers le haut. On apprécie en revanche que la poignée batterie de la Pocket 3 reste compatible, car elle aide justement à rééquilibrer l’ensemble.
Côté protection, la copie est plus maigre. Une fois éteinte, la caméra ne peut pas escamoter son double module. DJI ne fournit ni la pince de blocage de nacelle livrée avec la Pocket 4, ni de coque comme le fait Insta360, et ne propose pas d’étui rigide à son catalogue. Aucun pas de vis n’est intégré directement au châssis. La 4P ne bénéficie par ailleurs d’aucune certification d’étanchéité. Pour l’emmener sous l’eau, il faudra acheter séparément le caisson DJI, certifié jusqu’à 60 m de profondeur.
Deux focales fixes, un bouton pour naviguer
DJI reste fidèle à son écran tactile pivotant, ici une dalle OLED de 5 cm de diagonale affichant 556 x 314 pixels. Il suffit de le faire pivoter pour allumer la caméra, qui démarre vite. On peut même programmer le lancement automatique de l’enregistrement à la rotation. Pour saisir un plan sur le vif, difficile de faire plus direct. La luminosité est largement suffisante pour cadrer en plein soleil.
Quand la caméra est active, deux boutons personnalisables s’affichent à l’écran, dont un raccourci pour basculer entre grand-angle et téléobjectif. Rappelons que la 4P ne dispose pas d’un zoom optique continu entre 20 et 60 mm. Elle repose sur deux focales natives, et passer de l’une à l’autre revient à un grossissement optique de 3x. Au-delà, l’agrandissement devient numérique. Il monte jusqu’à 12x en vidéo et 9x en photo, mode SuperPhoto compris, mais il n’est pas disponible dans tous les modes.

Le pilotage passe par un bouton dédié. Une pression bascule sur le 60 mm, une seconde ramène au grand-angle. Une double pression saute directement à 6x en numérique, et un appui prolongé déclenche un zoom continu de 1x à 12x. Le zoom peut aussi être confié au joystick, mais le joystick 5D se montre délicat à doser pour obtenir un grossissement progressif propre. Force est de constater que la bascule en un seul clic est plus agréable que sur la Luna Ultra. Elle laisse toutefois apparaître un léger saut d’image en vidéo au moment où la caméra change d’objectif, au niveau du 3x. Une récente mise à jour a déjà corrigé le décalage d’exposition qui existait entre les deux modules.
En optique, le 60 mm livre une très bonne qualité d’image, qui se dégrade dès qu’on pousse en numérique. C’est en portrait qu’il apporte le plus. Les visages sont moins déformés, l’arrière-plan semble se rapprocher du sujet et le flou paraît bien plus naturel que le bokeh simulé des smartphones. Il impose en revanche de garder ses distances, avec une mise au point minimale de 30 cm, contre 20 cm pour le grand-angle.
Dix-sept stops, mais sur un seul objectif
Le nouveau capteur 1 pouce du grand-angle exploite la technologie LOFIC. Grâce à elle, DJI annonce jusqu’à 17 stops de dynamique dans les modes compatibles, sans détailler sa méthode de mesure. La Pocket 4 en revendiquait 14. Le gain se remarque surtout en lumière difficile, typiquement au lever ou au coucher du soleil, avec des images détaillées, une belle plage tonale et des couleurs flatteuses. Ces 17 stops restent cependant l’apanage de l’objectif 1x, et le téléobjectif n’en profite pas.

La sensibilité s’étend de 100 à 25 600 ISO sur le 20 mm (51 200 en vidéo basse lumière). Sur le 60 mm, elle va de 50 à 12 800 ISO (25 600 en vidéo basse lumière), et ce mode basse lumière n’est accessible que sur certaines focales. Le bruit reste bien contenu à sensibilité modérée, devient acceptable dans les valeurs intermédiaires et se fait très présent dans les hautes sensibilités. La saturation des couleurs reste bien maîtrisée. Face à la Luna Ultra, l’écart est mince. La caméra d’Insta360 livre une image un peu plus contrastée et saturée, tandis que la 4P reste plus fidèle à la scène, avec parfois un léger surcroît de bruit la nuit.
Pour l’étalonnage, DJI ajoute le profil D-Log 2 en 10 bits et un affichage en fausses couleurs. Les restrictions s’accumulent pourtant. Le D-Log 2 n’est disponible qu’à 1x sur le grand-angle, ni sur le téléobjectif (qui se rabat sur le D-Log habituel) ni en zoom numérique. Il se passe d’ISO automatique et n’est pas proposé à 120, 200 ou 240 i/s. Un profil HDR 10 bits est arrivé depuis par mise à jour.
Ralentis, photo et modes créatifs
Les cadences grimpent haut. Le 20 mm enregistre en 4K jusqu’à 240 i/s, le 60 mm plafonne à 200 i/s, et les deux montent à 240 i/s en Full HD. Le ralenti 4x est très réussi. Le 8x, lui, sacrifie un peu de détail et de dynamique. Ces modes à haute cadence dévorent stockage et batterie. La vidéo verticale est limitée à 3K. Pas de 8K non plus, un argument que DJI laisse à la Luna Ultra, laquelle redescend en revanche en 1080p pour ses ralentis.

En photo, le mode SuperPhoto produit des clichés de 37 Mpx bien détaillés. L’absence de contrôle manuel réellement exploitable frustrera toutefois les plus exigeants. Le mode panorama assemble automatiquement quatre ou neuf vues carrées, pour un format bandeau ou une grande composition carrée. Côté vidéo créative, on retrouve Hyperlapse, Timelapse et Motionlapse, ce dernier gérant jusqu’à quatre positions de caméra programmées. S’y ajoutent les SpinShots, qui font pivoter la nacelle de 90° vers la gauche ou la droite, ou de 180° de bas en haut.
Une nacelle solide, un suivi moins vif
D’après DJI, la nacelle mécanique trois axes couvre de -235° à 58° en panoramique, de -125° à 58° en inclinaison et de -45° à 45° en roulis. Sa vitesse contrôlable atteint 180° par seconde, mais elle ne permet pas de rotation complète à 360°. Quatre modes sont proposés, Follow par défaut, Tilt Locked, FPV et FPV-1. La stabilisation est excellente dans l’ensemble, même si la 4P peine parfois à se caler dans les premières secondes d’une vidéo tournée en courant.

L’ActiveTrack 8.0 reconnaît personnes, animaux et véhicules, ajuste le cadrage en conséquence et peut suivre jusqu’à huit personnes à la fois. Il garde un sujet verrouillé même à 6x ou 12x de zoom, et le suivi de visage s’active d’une pression sur le bouton 5D. Plusieurs modes sont disponibles (suivi de base, cadrage dynamique, suivi de groupe), avec un suivi automatique en selfie. Le contrôle gestuel permet de lancer l’enregistrement ou le suivi sans toucher la caméra. Le revers de la médaille, c’est une réactivité inférieure à celle de la Pocket 4 et de la Luna Ultra. La 4P a aussi du mal à retrouver un sujet sorti du champ, ce que l’ActiveTrack 7.0 de la Pocket 4 gérait mieux. La masse supplémentaire du double module explique probablement ce manque de vivacité.
Son, télécommande et accessoires
Les trois micros intégrés donnent un bon résultat de près, et un enregistrement AAC redondant sert de fichier de secours. Pour isoler la voix du bruit ambiant, l’émetteur DJI Mic Mini 2 fourni dans le Vlog Combo fait mieux, mais il ne dispose d’aucun stockage interne.
Ce même pack ajoute une sacoche plus grande et la télécommande à écran Osmo FrameTap. Celle-ci permet de surveiller le cadrage, de piloter la nacelle, d’activer l’ActiveTrack et de régler le zoom à distance.

La 4P puise en revanche dans l’écosystème Osmo, nettement plus fourni que celui d’Insta360. On y trouve poignée batterie, complément grand-angle, filtres ND et Black Mist, mini-trépied, lumière d’appoint et micros OsmoAudio. Le protège-optique magnétique, maintenu par des clips et remplaçable, accepte les filtres de DJI comme ceux de Smallrig, K&F ou Neewer (polarisant, Black Mist, ND).
Autonomie, chauffe et stockage
La batterie de 1 545 mAh est la même que celle de la Pocket 4 (la Pocket 3 se contentait de 1 300 mAh), mais elle doit alimenter un module de plus. DJI annonce 210 minutes en 1080p à 24 i/s, contre 240 pour la Pocket 4 comme pour la Luna Ultra, sans donner de chiffre en 4K. Une journée de tournage classique passe sans encombre, mais une batterie externe devient indispensable pour les longues sorties. La recharge en USB-C est rapide avec un bloc secteur adapté, assez pour ne pas pénaliser les grosses journées.

La caméra chauffe en usage prolongé, en plein soleil comme pendant la charge. Elle n’affiche pourtant aucune alerte de surchauffe, ne perd pas en performances et ne s’éteint pas.
Les 103 Go de mémoire interne, épaulés par un lecteur microSD jusqu’à 1 To, laissent de la marge, là où la Luna Ultra se limite à 47 Go. Les transferts atteignent 800 Mo/s en USB-C 10 Gb/s et 90 Mo/s en Wi-Fi 6. Depuis la mise à jour d’août 2026 de l’application DJI Mimo, photos et vidéos partent automatiquement et sans fil vers le smartphone dès l’extinction de la caméra.
Conclusion
À l’heure du choix, la Pocket 4P se place à un tarif inférieur à celui de plusieurs caméras comparables destinées aux créateurs. Le 60 mm apporte un vrai plus en portrait, la bascule entre focales tient en un clic et la dynamique du grand-angle fait la différence dans les scènes contrastées. Les ralentis 4K à 240 i/s restent un argument solide face à Insta360. La 4P paie pourtant son second œil côté ergonomie, entre 40 g de plus concentrés dans la tête, un suivi moins vif, une autonomie annoncée amputée de 30 minutes et un D-Log 2 cantonné au grand-angle. Si vous cherchez plus de contrôle créatif et un vrai zoom optique dans un format de poche, c’est elle qu’il faut viser. Pour un usage occasionnel, la Pocket 4 reste plus indiquée, et si la 8K ou un écran détachable comptent davantage à vos yeux, la Luna Ultra d’Insta360 mérite le coup d’œil.