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Test du Nikon Z8 : la relève du D850

12 juillet 2023
Par Louis Cayatte
Test du Nikon Z8 : la relève du D850
©Nikon

Cet hybride plein format partage de nombreuses caractéristiques avec le Z9. Mais il évoque surtout le D850, reflex emblématique, dont il reprend le gabarit et l’ergonomie, avec toutes les technologies maison vues récemment. Explications.

En résumé

Un mini Z9, mais surtout, un digne successeur du très apprécié D850. Ainsi peut-on résumer le Z8, monstrueux de polyvalence. Certes, il faut composer avec un gabarit plus proche d’un reflex, que celui adopté sur les Z6/Z7, mais l’expérience vaut d’être vécue. Le viseur, s’il méritait une poignée de millions de pixels en plus, est très lumineux, l’autofocus et les modes rafale sont taillés pour l’action, tandis que la qualité d’image et la plage dynamique rendent pleinement justice aux 45 Mpx du capteur. La stabilisation est évidemment un vrai plus par rapport aux reflex, D850 en tête, et l’absence d’obturateur mécanique octroie de facto une belle longévité au Z8. Un complément idéal au Z9, qui confirme que le retour aux fondamentaux opéré par Nikon est une franche réussite.

Note technique

Les plus et les moins

Les plus
  • Qualité d’image
  • - Construction ultra robuste
  • Excellente prise en main
  • Pas d’obturateur mécanique (durée de vie plus longue)
  • Rafale à 20 im/s en RAW sans blackout
  • Fonctions vidéo très avancées
  • Touches rétroéclairées
Les moins
  • Gabarit imposant
  • Viseur Oled perfectible (définition)
  • Pas de fonction haute résolution
  • pas d’enregistrement direct sur disque SSD
  • Autonomie beaucoup plus juste par rapport au D850
  • Pas de système de dispersion de chaleur (surchauffe en vidéo ultra HD)
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C’était en 2017, et cela semble une éternité. Nikon célébrait ses cent ans d’existence. Au cœur du mois d’août, la marque dévoilait ce qui reste, si l’on en croit les divers tests réalisés, l’un des meilleurs reflex numériques jamais conçus. Un appareil mêlant très haute définition en photo et en vidéo, avec un capteur plein format. Depuis, la monture Z a pris le relais et les Z6/Z7 de première et seconde génération ont dessiné un avenir plus léger, plus compact, en 24 x 36 : l’ère hybride. Avec le Z9, Nikon s’est adressé aux professionnels, le boîtier étant presque aussi imposant que le D6. En sortant le Z8, elle confirme qu’il ne faut peut-être pas rechercher la légèreté à tout prix, mais tend plutôt à renouer avec les recettes qui ont contribué à ses gloires récentes, dont le D850 est le plus vivant symbole.

Test Nikon Z8
En apparence, le Z8 se rapproche plus du D850, que des Z6/Z7 II.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Les dimensions en attestent, le Z8 est plus proche de ce dernier que du Z7 II, avec lequel il partage pourtant la même monture. Le D850 mesure 146 mm de large, 124 mm de haut et 79 mm de profondeur, pour un poids de 1005 g (avec batterie et carte) ; pour le Z8, ces données sont respectivement : 144 x 118.5  x 83 mm / 910 g ; quant au Z7 II : 134 × 100,5 × 69,5 mm / 705 g. Le Z9 s’inscrit résolument dans une catégorie à part (149 × 149,5 × 90,5 mm / 1340 g).

Test Nikon Z8
La bague FTZ II permet d’utiliser ses optiques Nikkor F, même les plus anciennes comme ici l’AIS 105 mm f/2,5.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Un « mini Z9 »

La liste des différences est plus courte que celle des points communs, lorsqu’il s’agit de comparer les Z8 et Z9. D’ailleurs, on peut aisément qualifier le Z8 de « mini Z9 », tant il reprend les principales caractéristiques du ténor de la gamme hybride Z. À commencer par le fameux capteur CMOS empilé (stacked) de 45 Mpx. Mais aussi, l’absence d’obturateur mécanique, une véritable révolution initiée par le Z9 : on photographie uniquement en mode électronique, avec la possibilité de simuler le bruit du déclencheur dans les menus. La stabilisation sur cinq axes est bien sûr là, et les possesseurs de D850 apprécieront, les reflex Nikon étant tous dépourvus de cette fonction. Toujours dans la lignée du Z9, le capteur est protégé par un rideau (il faut l’activer dans les menus). Et au niveau des capacités, la rafale en RAW à 20 im/s, sans passage au noir, ou la captation vidéo en 8K 50p, au format N-RAW (propriété de Nikon) sont également au menu du Z8. 

Test Nikon Z8
Un volet protège le capteur lors d’un changement d’optique, comme c’est le cas sur le Z9.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Si bien qu’on en vient à se gratter la tête et chercher les réelles différences entre le Z9 et le Z8. À vrai dire, elles résident dans les choix ergonomiques, et l’autonomie. Le Z9 est un pur boîtier pro, dans la tradition des reflex D à un chiffre. La poignée est ainsi intégrée, pour une prise en main optimale en position verticale. Elle loge une batterie de forte capacité, la EN-EL18d, quand le Z8 est alimenté par l’accu EN-EL15c (également présente dans les Z6/Z7 II). Il s’agit d’une génération plus récente de l’EN-EL15, que l’on trouve dans le D850. Contrairement aux précédentes générations, peut être rechargée en USB. Elle est donnée pour une autonomie de 340 vues (norme CIPA), bien loin des capacités offertes par le D850 (1840 vues). La visée électronique et la stabilisation embarquées sur le Z8 ont évidemment un impact sur ce point. Il est possible d’acquérir en plus un grip optionnel, qui accueille deux accus (une fois à demeure, il n’y a plus de batterie dans le boîtier, les deux sont dans le grip MB-N12)… mais ne permet pas d’accueillir la EN-EL18d, quand cela était permis par les grips dédiés aux reflex de la série D800.

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Pour alimenter le Z8, c’est l’accu EN-EL15c qui officie, autorisant une recharge en USB.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Autres différences à l’avantage du Z9, un double compartiment de cartes pour CFexpress ou XQD, alors qu’il y a un emplacement pour cartes SD et un autre pour les CFexpress/XQD sur le Z8. Pas de port Ethernet sur ce dernier, cette connexion, prisée par les professionnels souhaitant transmettre leurs fichiers en temps réel sur un événement, étant néanmoins présente sur le Z9. Enfin, quelques détails ergonomiques, comme l’accès direct aux modes Rafales via un sélecteur sur le dessus, prolongent des habitudes prises sur les précédents reflex pros de la marque. 

Test Nikon Z8
Le Nikon Z9 dispose d’un double compartiment pour cartes CF express ; le Z8 accueille une SD et une CFexpress.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Ergonomie et menus

Il y a comme un air de déjà vu, quand on prend le Z8 en main. Certes, ce n’est pas une copie conforme. Mais la parenté avec le D850 est indéniable. Le placement des touches n’est pas le même (certaines étaient disposées sur une colonne, à gauche de l’écran arrière, sur le reflex plein format), mais les Nikonistes se sentiront immédiatement chez eux. En résumé, c’est un comme si nous prenions le châssis du D850, en appliquant la disposition des touches et molettes opérée sur le Z9, avec une poignée inspirée du D500, le meilleur reflex APS-C jamais conçu. La présence de la fameuse touche, entre la monture et le volet connectique, permettant de basculer d’un mode AF à l’autre via les molettes, un temps abandonnée sur les premiers Z, puis reconduite sur les Z9 et Z8, achèvera de convaincre les plus irréductibles aficionados des reflex de la marque : Nikon revient aux fondamentaux. 

Test Nikon Z8
Les menus de personnalisation sont toujours aussi complets chez Nikon, y compris pour le grip optionnel MB-N12.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Pour ceux qui viendraient des Z6/Z7, il faudra par contre composer avec un gabarit plus lourd et plus volumineux (lire première partie de cette prise en main). D’un côté, on peut juger cela pénalisant, en se rappelant que l’argument premier des boîtiers hybrides consistait justement à réduire le poids et le volume ; d’un autre, ce gabarit a un côté rassurant : on a l’impression de tenir un boîtier solide, sentiment renforcé par la qualité de construction, en alliage de magnésium et protégée par de nombreux joints d’étanchéité.

Test Nikon Z8
L’articulation de l’écran est atypique. Sur le terrain, cela décuple les possibilités de cadrage.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

L’articulation de l’écran LCD tactile n’est pas totale, mais elle est astucieuse. Mesurant 3,2 pouces, avec une définition de 2,1 Mpts, il est inclinable sur un plan horizontal et vertical, mais il peut être manœuvré vers la gauche ou la droite, une fois déployé. D’aucuns regretteront qu’il ne soit pas orientable dans toutes les directions, mais beaucoup de photographes préfèrent ce type d’inclinaison, qui évite un déport sur le côté. Et l’affichage s’adapte en fonction de l’axe, y compris les menus. Pratique.

Le viseur OLED offre une définition de « seulement » 3,69 Mpts, avec un grossissement de 0,8x. Pourtant, cette définition modeste (le Sony A1 est pourvu d’un OLED de 9,44 Mpts) ne saurait à elle seule résumer l’expérience procurée par le viseur du Z8 : à l’instar des autres viseurs de la gamme Z, l’affichage est très lumineux et surtout, il n’y a aucun « lag » ou passage au noir, lors d’une rafale, si bien qu’on reste en permanence en contact avec le sujet ; alors oui, une définition supérieure serait la bienvenue, mais cette dalle OLED est hautement satisfaisante, grâce à une plage dynamique plus étendue, par rapport à la concurrence.

Test Nikon Z8
Dans l’obscurité, les touches sont rétroéclairées, ce qui est très pratique, en photo de spectacle ou photo nocturne.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Le volet connectique du Z8 est naturellement très fourni. Les possesseurs de D850, attachés à la prise 10 broches pour brancher des flashs, seront rassurés par la présence de cette connectique en façade ; les pros qui ont besoin d’une prise Ethernet se tourneront plutôt vers le Z9. En revanche, le Z8 a une particularité : il est muni de deux ports USB-C. Ainsi, il pourra être connecté à un ordinateur, tout en étant alimenté en continu, par exemple. Une sortie HDMI Type A, une sortie micro et casque complètent le tableau. Cerise sur le gâteau, dans l’obscurité, les touches sont rétroéclairées, tout comme l’écran de rappel de réglages, sur le dessus.

Test Nikon Z8
Le volet connectique recèle une particularité, puisqu’il y a deux prises USB. L’une permet d’effectuer une prise de vue connectée via un ordinateur, tandis que l’autre assure l’alimentation depuis un chargeur nomade ou sur secteur.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Qualité d’image

Le capteur CMOS 24 x 36 de 45,7 Mpx est bien connu des Nikonistes, depuis le D850, mais aussi les Z7, Z7 II et plus récemment, le Z9. La différence – et c’est une sacrée différence – est que sur les Z9 et Z8, il s’agit d’un capteur « stacked », c’est-à-dire empilé. La sensibilité nominale à 64 Iso est un bonheur pour les adeptes de photographie de paysage qui aiment les longs temps de pose. Et la dynamique offerte par les fichiers RAW s’inscrit dans la lignée des précédents boîtiers pourvus de ce capteur : la marge de manœuvre est confortable en postproduction.

Test Nikon Z8
Il existe plusieurs tailles de fichiers Raw au sein du Z8. Utile, quand on n’a pas besoin de 45 millions de pixels.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Il est également possible d’enregistrer aux formats HEIF 10 bits et HLG 10 bits, ce qui devrait ravir les adeptes de photo HDR. En hauts Iso, le bruit est plutôt bien contenu jusqu’à 6 400 Iso. Un détour par la case logicielle (la fonction Deep Prime de DxO offre une cure de jouvence aux fichiers « bruités ») permet d’exploiter aisément les fichiers RAW au-delà de cette valeur. Il est également possible d’opter pour des valeurs de RAW intermédiaire, notamment M (25,6 Mpx), pour avoir l’équivalent d’un Z6 II, ou de passer en mode DX (APS-C, avec un équivalent 19,4 Mpx, et avoir l’équivalent d’un Z fc, ou d’un D500, plutôt, vu le niveau de performances. 

Le Z8 offre donc un niveau de polyvalence assez incroyable. Il faudra par contre se montrer vigilant, selon le type d’éclairage, aux effets de banding, susceptibles d’apparaître sur l’image, en l’absence d’obturation mécanique. Lors de nos essais, nous n’avons jamais eu de problème sur ce point, quelles que soient les conditions d’éclairage artificiel.

Test Nikon Z8
Agrandissement à 100 % d’un fichier RAW à 6400 ISO ; on perçoit le bruit, ce qui est logique, à une telle définition (45 Mpx) ; on peut aisément l’atténuer via un logiciel comme Camera Raw.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Autofocus et suivi

Si vous avez désormais l’habitude de photographier avec le Z9, vous retrouverez le même niveau de performance en utilisant le Z8, en termes de suivi autofocus et de rafales, à condition d’utiliser une carte CF express (le Z9 dispose de deux ports pour ce type de carte tandis que le Z8 dispose d’un emplacement pour cartes SD, moins rapides). 

Test Nikon Z8
La touche située en bas, à gauche, sert à sélectionner les collimateurs et différents modes AF.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Avec le concours du processeur Expeed 7 et de la technologie Dual Stream, les données issues du capteur sont traitées en parallèle, d’une part pour ce qui est destiné au viseur Oled et au LiveView, d’autre part, pour gérer la mémoire tampon et le stockage sur les cartes SD/CF express. Bilan, un rolling shutter minimisé, et des cadences superlatives, malgré la très haute définition de 45 Mpx : 20 im/s en Raw ; 30 im/s en JPEG ; 60 im/s en JPEG au format APS-C ; 120 im/s en JPEG avec une définition de 11 Mpx.

Le suivi 3D a refait son apparition sur les hybrides Nikon Z, une excellente chose, tant ce mode de détection faisait sensation sur les reflex. Mais sur le Z8, nous avons été particulièrement impressionnés par l’efficacité du suivi, quel que soit le type de sujet : avion, train, vélo, animaux de compagnie, en l’occurrence. Neuf sont détectés en tout, et il existe une position automatique, ce qui signifie que les algorithmes d’intelligence artificielle et de Deep learning liés à l’AF se chargent d’actionner le bon levier. C’est peu dire que les performances erratiques des Z6/Z7 de première et seconde génération sont oubliées.

Vidéo

Nous avons déjà largement évoqué les capacités vidéo… du Z9, dans cet article. Les performances sont à ce point similaires sur le Z8, que nous ne pouvons que vous encourager à relire cette prise en main réalisée à l’occasion de l’UTMB 2022.

Test Nikon Z8
Cette photo montre le Z9 en pleine action en vidéo lors de l’UTMB 2022 ; le Z8 offre le même niveau de performances.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Car le Z8, comme son aîné, est capable de tourner en 8K 50p, au format Raw, en adoptant sur le format propriétaire développé par Nikon, le N-Raw, qui enregistre des fichiers sur 12 bits. En ultra HD, il est possible de tourner en 4K 100p, sans recadrage. Pour exploiter au mieux ces folles capacités, il est conseillé de passer par une carte CFexpress, mais attention, le Z8, contrairement au Z9, ne possède qu’un emplacement de ce type. Il est d’ailleurs dommage qu’il ne soit pas possible d’enregistrer directement sur un disque dur SSD en USB (le Lumix S5 II X l’autorise, par exemple) ; mais on peut bien sûr solliciter un disque externe, via la sortie HDMI. 

Test Nikon Z8
Nikon propose un format RAW propriétaire en vidéo, le N-RAW, une exception notable sur le marché.©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac

Le Z8 dispose cependant de deux ports USB, si bien que l’un pourra servir à alimenter le boîtier en continu, avec un chargeur nomade, ce qui sera précieux, car l’autonomie procurée par l’accu EN-EL15c est insuffisante. Mais un autre aspect mérite d’être abordé : la hausse de température, lorsqu’on tourne en ultra HD, même dans des conditions extérieures plutôt favorables (25°) ; au bout d’une vingtaine de minutes d’enregistrement, en 3,8K (recadrage APS-C), au format N-Raw, une alerte avertit que la carte mémoire chauffe. Nous avons donc préféré interrompre le tournage, afin de ne pas l’endommager. Ce qui confirme qu’il vaut mieux miser sur un enregistreur externe, en cas d’enregistrement au format N-Raw, et ce qui fait regretter, au passage, l’absence d’un système de refroidissement, même en option, comme on peut en voir sur certains boîtiers (Sony A7S III, Lumix S1H et S5 II/S5 II X, Fujifilm X-H2…). 

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Il y a de nombreuses possibilités de cadences au menu du Z8, outre le maximum autorisé, la 8K 50p…©Louis Cayatte / l'Éclaireur Fnac
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Conclusion

Un mini Z9, mais surtout, un digne successeur du très apprécié D850. Ainsi peut-on résumer le Z8, monstrueux de polyvalence. Certes, il faut composer avec un gabarit plus proche d’un reflex, que celui adopté sur les Z6/Z7, mais l’expérience vaut d’être vécue. Le viseur, s’il méritait une poignée de millions de pixels en plus, est très lumineux, l’autofocus et les modes rafale sont taillés pour l’action, tandis que la qualité d’image et la plage dynamique rendent pleinement justice aux 45 Mpx du capteur. La stabilisation est évidemment un vrai plus par rapport aux reflex, D850 en tête, et l’absence d’obturateur mécanique octroie de facto une belle longévité au Z8. Un complément idéal au Z9, qui confirme que le retour aux fondamentaux opéré par Nikon est une franche réussite.

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