Sélection

10 chefs d’œuvre contre les discriminations raciales

13 juillet 2020
Par Sébastien Thomas-Calleja
10 chefs d’œuvre contre les discriminations raciales

Si les images peuvent soulever les foules, la littérature peut aider à changer les consciences. Après la mort de George Floyd et son retentissement planétaire, retrouvez notre sélection de 10 chefs d’œuvre littéraires contre les violences raciales mais aussi contre toutes les discriminations.

I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at a table of brotherhood.

Je rêve qu’un jour, sur les collines rousses de la Géorgie, les fils d’anciens esclaves et les fils d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Martin Luther King, 1963.

La case de l'oncle TomLa Case de l’oncle Tom – Harriet Beecher Stowe (1852)

« Mon âme ne vous appartient pas. Vous ne pourriez pas vous la payer. »

Un livre aussi peut changer le cours des choses, ou au moins y contribuer. Ce pouvoir pourrait certainement être attribué au chef d’œuvre d’Harriet Beecher-Stowe. La Case de l’oncle Tom, roman le plus vendu au XIXe siècle dans le monde entier, dépeint avec réalité l’esclavage dans une plantation sudiste. Sur la base de sentiments exacerbés, rien ne nous est épargné de l’injustice qui prévaut au destin de la population exploitée pour sa couleur de peau.

Son récit aura été si influent qu’il aurait accéléré l’abolition de cette abomination et même participé à mettre le feu aux poudres de la Guerre de Sécession.

« C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre » sont les mots attribués à Abraham Lincoln lorsqu’il rencontra son auteure. Incontournable.

Black Boy – Richard Wright (1945) Black Boy

« Mais moi qui ne volais pas les Blancs, qui voulais les regarder droit dans les yeux, qui voulais agir et parler en homme, je leur inspirais de la crainte. »

Ce récit autobiographique, Black Boy, narrant l’enfance et la jeunesse de l’auteur est l’un des premiers romans écrits par des écrivains noirs sur leurs conditions de vie. Dénonçant sans détour les injustices qu’il a subi quotidiennement, Richard Wright dresse le portrait lucide de la ségrégation raciale aux États-Unis sous le joug d’une Église aveugle et de lois racistes insupportables. Incontournable.

La rueLa Rue – Ann Petry (1947) 

« Elles fuyaient le silence qui rôdait dans leurs petits appartements, plus puissant que les clameurs de la radio et les hurlements des voisins ivres. »

Premier roman poignant qui retrace le Harlem des années 40 à travers le personnage de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s’élever au-dessus de sa condition, dans cette rue, la 116ème, entre les 7ème et 8ème avenues.

Cette Rue, c’est celle des Noirs, et des pauvres. Des pauvres parce qu’ils sont noirs, et qui le resteront car c’est une rue dont on ne sort pas. Diatribe sans concession du rêve américain, La Rue est un roman que l’on n’oublie pas.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee (1960) Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

« Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. »

Entre la fiction, l’autobiographie et le roman policier, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, récit mondialement connu mettant en scène le procès d’un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, est une parabole de toutes les discriminations. À partir d’une erreur judiciaire montée de toute pièce, on observe la décomposition de l’Amérique sudiste ségrégationniste. Immanquable.


Dans la peau d'un noir
Dans la peau d’un noir – John Howard Griffin (1961) 

« J’avais du mal à croire qu’un homme pouvait, à notre époque de liberté, refuser à quelqu’un de satisfaire aux nécessités fondamentales, comme se désaltérer ou aller aux toilettes. On ne se sentait pas aux États-Unis ici. On se serait plutôt cru en un pays étranger enrobé de laideur. »

Expérience « vis ma vie » de ce journaliste, grimé en afro-américain pour connaître la réalité de l’existence d’un homme noir dans le sud des États-Unis. Le constat est sans appel sur la persistance de l’esprit esclavagiste dans la conscience collective, et la légitimation des discriminations qui peut en découler.

Dans la peau d’un noir est un livre qui en dit long sur tous les a priori racistes qui survivent encore aujourd’hui. Essentiel.

Si Beale Street pouvait parler – James Baldwin (1974)Si Beale Street pouvait parler

« L’amour et le rire ont la même source. Mais peu de gens s’y abreuvent. »

Furieuse démonstration des liens entre politique et justice, cette fois-ci dans le Harlem des années 70, à travers un procès à l’issu montée de toute pièce opposant neuf hommes noirs à deux femmes blanches qui les accusent de viol.

L’ignominie sous couvert de justification raciste est à son comble, dans ce grand roman d’un auteur qui n’aura de cesse de dénoncer toutes les injustices. Nécessaire.

BelovedBeloved – Toni Morrison (1987)

« Les Blancs pouvaient bien la salir, elle, mais pas ce qu’elle avait de meilleur, ce qu’elle avait de beau, de magique -la partie d’elle qui était propre. »

Une ancienne esclave hantée par le fantôme de sa fille, c’est trame narrative de ce très beau roman, Beloved. Dans le contexte de l’après Guerre de Sécession, Toni Morrison, Nobel de littérature, utilise un style elliptique pour mieux dénoncer les abominations et pousser le lecteur dans les propres retranchements de sa conscience. Inoubliable.

Les moissons funèbres – Jesmyn Ward (2013) Les moissons funèbres

« Je pensais que mes parents étaient plutôt heureux à l’époque mais je sais maintenant que c’était mon propre bonheur qui m’aveuglait. »

Cinq hommes, jeunes et noirs, meurent en l’espace de quatre ans dans l’entourage de l’auteure. Si ces décès n’ont aucun point commun, ils sont tous liés à un facteur déterminant, celui de la pauvreté. Un état de fait qui leur a été imposé depuis la naissance et dont ils n’avaient aucun espoir de sortir à cause de leur couleur de peau.

Les moissons funèbres est un récit autobiographique d’une violente dénonciation de la chappe de plomb qui sévit encore aujourd’hui sur fond de banalisation des discriminations. Implacable.

AmericanahAmericanah – Chimamanda Ngozi Adichie (2013)

« C’est marrant d’entendre « les Noirs veulent Obama » et « les femmes veulent Hillary », mais qu’en est-il des femmes noires ? »

Le parcours d’une jeune nigérienne, émigrée à Philadelphie pour étudier, découvrant un pays idéalisé qui la ramène sans cesse à son identité d’origine, marquée au fer par sa couleur de peau. Après quinze années de tentatives désespérées pour s’insérer dans la société américaine, elle retournera dans son pays natal pour tenter de retrouver son amour de jeunesse, amoureux éperdu d’une Amérique qui n’existe pas.

Maniant l’humour et la légèreté pour mieux mettre en valeur le côté ubuesque d’un racisme profondément ancré, Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie est irrésistible.

The hate U give – Angie Thomas (2017)The hate you give

« Même quand on a tout fait comme il faut, il arrive parfois que les choses tournent mal. Mais il faut persister, c’est ça la clé. »

Une bavure, comme on a coutume de l’appeler. Pas pour Starr qui, à 16 ans, voit son ami Khalil tué sous les balles d’un policier un trop nerveux. Pour la jeune fille noire, qui vit dans un quartier populaire gangréné par la violence, mais étudie dans un lycée blanc d’une banlieue bourgeoise, le grand écart a assez duré. Il est temps de se révéler et de prendre son destin en main.

The hate U give de Angie Thomas est un livre plein d’humanité.

Ces grands romans, orientés sur les particularités nord-américaines pour éclairer le mouvement « black lives matter » qui secoue le monde, pourraient s’appliquer à toutes les ségrégations qu’imposent un groupe humain sur un autre, quelles qu’en soient les raisons.

Car si toute discrimination est injustice, toute injustice est inhumaine, et la littérature peut parfois faire œuvre de rédemption.

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*Illustration © viarami sur Pixabay

Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
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