Critique

« Margo a des problèmes d’argent » : chronique douce-amère d’une Amérique fêlée

14 avril 2026

Par Catherine Rochon

Illustration
©Apple TV

Entre débrouille et couches-culottes, « Margo a des problèmes d’argent » sur Apple TV brosse le portrait d’une jeunesse contrainte de composer avec la précarité, les choix de vie radicaux et les injonctions sociales. Que vaut la nouvelle série du créateur de « Big Little Lies » avec Elle Fanning et Michelle Pfeiffer ?

Introduction

Margo est une jeune étudiante plutôt douée. Elle pourrait même intégrer Harvard, lui souffle son professeur de littérature (marié). Ce même prof va lui proposer un café et de fil en aiguille, Margo va se retrouver enceinte. Elle choisit de mener cette grossesse à terme, plongeant instantanément dans une spirale de précarité, où la charge mentale et financière devient écrasante. Pour subvenir à ses besoins et échapper au déterminisme social – sa propre mère ayant vécu les mêmes difficultés – elle va prendre une décision radicale : ouvrir un compte sur la plateforme pour adultes OnlyFans.

Adaptée du roman éponyme de Rufi Thorpe, Margo a des problèmes d’argent est la nouvelle dramedy prestige d’Apple TV. Portée par David E. Kelley, le showrunner d’Ally McBeal et Big Little Lies, cette mini-série s’attache à suivre la nouvelle vie de cette jeune héroïne qui apprivoise la parentalité, se débat entre ses mamelons endoloris, sa famille cabossée et son activité de créatrice de contenus érotico-fantasy. 

Bande-annonce de Margo a des problèmes d’argent

Au centre de l’intrigue, Elle Fanning (également productrice exécutive) prête sa candeur apparente à Margo, naviguant entre la vulnérabilité d’une maman solo et le pragmatisme d’une travailleuse du sexe. Autour d’elle, Michelle Pfeiffer, merveilleuse en mère-copine désenchantée, tandis que Nick Offerman insuffle mélancolie et humanité à son père, ex-catcheur abîmé par la vie.

Une série anti-male gaze

Alors la série prend clairement son temps – parfois au risque de perdre une partie de l’audience – cette langueur participe aussi à son charme. À la manière du cinéma de Sean Baker (Anora), cette chronique douce-amère esquisse les contours d’une certaine Amérique, celles des marges, de l’entre-deux, celle qui patauge pour tenter de garder la tête hors de l’eau.

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La série se distingue surtout par sa manière nuancée d’aborder des thèmes très contemporains : la survie économique des jeunes adultes, la maternité précoce et le travail du sexe 2.0. Le tout est traité sans sensationnalisme, ni voyeurisme – ce sont des femmes (Dearbhla Walsh, Kate Herron, Alice Seabright) qui sont derrière la caméra et cela se sent. Ici, Margo n’est pas une figure féministe qui reprend spectaculairement le contrôle de sa vie, de son corps et de sa sexualité. Juste une fille un peu bancale, épuisée, qui tente de joindre les deux bouts avec ses petits moyens. 

Si l’on peut regretter que Margo ne cultive pas davantage son mordant, notamment en creusant son sillon politique, cette comédie en Technicolor séduit par sa douceur et sa galerie de portraits tendrement brossés.

Margo a des problèmes d’argent sur Apple TV à partir du 15 avril 2026. 


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