Décryptage

Aux origines du flamenco

11 avril 2022
Par Mathieu M.
Aux origines du flamenco

Avec la sortie du troisième album de Rosalía, Motomami, la scène flamenco connaît une exposition médiatique majeure. Ce genre musical originaire du sud de l’Espagne, vraisemblablement inventé par les Gitans au XVe siècle, a depuis connu de nombreuses métamorphoses, et propulsé quelques stars mondiales. Retour sur l’histoire du genre et ses dérivés modernes.

Le sud de l’Espagne : lieu de naissance du flamenco

Flamenco musiqueDe Jerez à Cadix, d’Utrera au barrio (quartier) de Triana dans la ville de Séville s’étend le berceau du flamenco. La région a connu de nombreuses influences au cours de son histoire : c’est là que se termina la « reconquista », soit la guerre livrée par les Rois Catholiques aux Maures installés en Espagne dès le VIIIe siècle. Ce qui a engendré le brassage musical des mélodies arabes, berbères, juives séfarades et occidentales, synthétisées par les gitans dans les montagnes andalouses. Un genre apparenté, le « cante jondo », consistant en un chant a capella susceptible d’exprimer les sentiments les plus extrêmes, notamment la douleur, aurait précédé de peu la naissance à proprement parler du flamenco, ce doux mélange de tristesse et de puissance qui a depuis conquis le monde. La tradition du flamenco, né à la fois chez les nomades et les « payo » (non-gitans) s’est en fait transmise de génération en génération grâce à l’enseignement oral des gitans, qui ont perpétué, aux marges de la société, cette musique empreinte de gravité et de fierté.

De sorte que l’âge d’or du flamenco, qui se déroula au XIXe puis au XXe siècle, trouve ses racines parmi des familles de musiciens gitans qui ont fixé en concert puis sur disque les principaux standards du genre. Une soixantaine de mélodies compose en effet le corpus originel du flamenco, celui sur lequel tous les passionnés se sont exercés. Qu’ils appartiennent à des sous-genres comme le tango flamenco, le fandango, le solear ou le siguirya (à la fois des styles de danse et de musique pour les accompagner), ces morceaux cultes partagent une certaine structure typique, qui voit l’alternance de couplets répétés en cycle et ornés de différentes variations vocales ou instrumentales. Le flamenco est ainsi un genre complexe et codifié, dans lesquels les artistes doivent à la fois se montrer inventifs et respectueux des traditions.

Le succès du flamenco

Soy GitanoL’apparition de la musique enregistrée fait prendre une nouvelle dimension à un courant, sinon régional, du moins plutôt marginal, notamment à la radio. Dans les années 1950, la première édition d’une anthologie en vinyle déclenche l’intérêt de nombreux auditeurs à travers l’Espagne, un concours national de chant est lancé, tandis que les « tablaos » et autres « café cantantes » (lieux où l’on peut écouter des orchestres ou des solistes) voient affluer de jeunes musiciens. Évoqué par des figures culturelles importantes (comme le compositeur Manuel de Falla et l’écrivain Garcia Lorca), le flamenco accède ensuite à la reconnaissance publique, grâce à un géant andalou : El Camaron de la Isla, que les aficionados nomment Camaron. Véritable légende de cette musique, il en a chanté les plus grands standards et créés à lui-même un répertoire de « hits » : Soy gitano ou Como el Agua figurent parmi ses titres les plus connus, également réunis sur la compilation Grandes figures du flamenco. Avant son décès précoce, en 1992, il a influencé toute la scène espagnole et gitane du flamenco, d’Enrique Morente (et sa manière moderne de réécrire les paroles des classiques), à son « dauphin » El Potito, en passant par Duquende.

Fernanda Utretra cdChez les chanteuses, c’est bien Carmen Linares et Fernanda de Utreta qui ont aussi donné au flamenco ses lettres de noblesse, par leurs voix et leur mélange réussi entre tradition centenaire et efficacité presque « pop ». Du côté des musiciens, Paco de Lucia, à la guitare, représente l’un des meilleurs ambassadeurs du flamenco auprès des fans de jazz et de folk. Son jeu virtuose, que l’on ne se doit de ponctuer que par quelques « olé ! » d’admiration, a notamment influencé des titans du genres, comme Tomatito ou aujourd’hui Vicente Amigo.

Quand flamenco et pop se rencontre : des Gipsy Kings à Rosalía

MotomamiLa gloire du flamenco a aussi touché la pop : au début des années 1990, un groupe du sud de la France, versant davantage, du reste, dans la rumba que la musique andalouse, obtint un grand succès international, notamment auprès du public anglo-saxon : les Gipsy Kings. Leur manière unique de mêler le chant typique et les entrelacs de guitare permit aux sonorités hispanisantes de gagner leur place à nouveau sur les ondes. Alors qu’une nouvelle vague de rock espagnol s’était imposée grâce à des incursions flamenco très réussies de groupes inventifs comme Pata Negra, Ketama…), c’est finalement par une artiste plutôt branchée R&B que le genre est revenu en force ces dernières années. Rosalía, dès son premier album, Los Angeles, faisait montre d’une jolie voix, capable tout autant de douceur et d’expressivité. Son deuxième opus, lui faisait prendre une autre dimension : El Mal Querer, avec ses sonorités électroniques et ses couplets rappés, a largement dépassé la sphère des auditeurs du flamenco. Motomami, sorti cette année, sur lequel figure The Weeknd (pour le duo La Fama), consacre finalement la barcelonaise comme l’une des relèves du genre, mais aussi de la pop mondiale, signe du rapprochement évident entre sensibilité andalouse et mélodies internationales !

Article rédigé par
Mathieu M.
Mathieu M.
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