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Alexandre Aja, la référence du cinéma français d’horreur

25 juin 2019
Par Camille J.
Alexandre Aja, la référence du cinéma français d’horreur

Après Haute Tension et La Colline a des yeux (entre autres), Alexandre Aja, fils spirituel de Wes Craven, roi du remake et de propositions originales, revient en force avec son dernier projet, Crawl, en salle le 24 juillet. Une immersion horrifique entre terre et mer, en huit clos comme il sait si bien le faire. Retour sur un metteur en scène français du genre, qui nous démontre que le cinéma d’horreur made in France n’a rien à envier au cinéma américain.

Le cinéma, une histoire de famille…

Fils d’Alexandre Arcady, également réalisateur de renom, Alexandre Aja a trouvé sa propre voie dans l’horreur, loin des scénarios de son père, plus dramaturge, et dans lesquels il jouait étant plus jeune. 

En 7 réalisations reconnues (avec Crawl à venir et sans compter ses nombreuses collaborations), il est parvenu en 15 ans de carrière à se faire un nom et être une référence pour le cinéma d’horreur français, si souvent maltraité. Ils ne sont pas nombreux à se faire une place dans ce genre cinématographique, on peut citer Pascal Laugier (Ghostland), David Moreau (Ils), et Julien Maury (Livide) mais on se souvient surtout du nom de Aja. Il démontre qu’il est aussi doué en adaptant des livres, qu’en refaisant des films mythiques ou qu’en créant de véritables œuvres originales. Un cinéaste qui démontre films après films, qu’on aurait tort de s’en passer et dont on ne pourrait passer à côté, même si on le souhaitait.

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Neuf films, neuf façons de mourir et de survivre…

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Après avoir réalisé Over the rainbow  (1997), qui remporta la palme d’or du court métrage à Cannes et Furia (1999). Les deux films sont moyennement remarqués dans la sphère horrifique française. Aja fait alors carton plein, avec Haute Tension, plusieurs fois récompensé et lance officiellement sa carrière de cinéaste de cinéma d’horreur. Un thriller d’épouvante qui vous surprendra par sa maitrise implacable où suspens, terreur et jeux d’acteurs français, sont au rendez-vous. Autant d’éléments indispensables pour en faire un très bon film, avec Cécile de France dans son unique rôle dans le genre horrifique (et quelle performance) ! Une histoire simple, une mise en scène agréable, et beaucoup de sang, font de ce film, un thriller horrifique, qui envoie 220 volts d’hémoglobines et qui maintient sa force jusqu’au bout avec sa révélation ultime et surprenante. Il devient alors, pour tous les amateurs de films d’horreurs, une référence Française, quasi unique du genre, qui récupère les codes américains, experts en la matière. Une pépite à ne surtout pas manquer, qui révélera tout le talent d’Aja dans ses films à venir. Et qui lui ouvre par la même occasion, les portes d’un succès outre-Atlantique.

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La Colline a des yeux – 2006 – (remake du film de Wes Craven de 1977)


Très nettement inspiré par la filmographie de Wes Craven, c’est sans surprise qu’après le succès de Haute Tension, il se voit offrir le remake de La Colline a des yeux, soit l’un des plus gros succès de celui-ci. Un remake qui n’a rien à envier à son prédécesseur. Il réussit parfaitement la transcription à notre époque, en remettant au goût du jour et avec sa touche personnelle, le survival qui nous a tous fait frémir, sans pour autant dénaturer l’original. Jouant de l’aspect glauque et inévitable de l’instinct de survie, avec des scènes à la limite du regardable, Aja réussi le pari, d’un film des plus stressants, au milieu du désert, surplombé de créatures nucléarisées. (Cette histoire est d’ailleurs inspirée d’une famille écossaise qui, cachée dans les montagnes, attendait que des touristes passent par là pour leur tendre des embuscades macabres). Le film ne manque pas de second degré et de scènes aussi violentes que jouissives, devenues la marque de fabrique du réalisateur. Aja livre un premier remake qui en appellera assurément d’autres et quand cela fait honneur à l’original, en le modernisant, pourquoi s’en priver.

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Mirrors – 2008 – (remake de Into the mirror de Kim Sung-ho de 2003)


On ne va pas se le cacher, Mirrors n’est pas le film le plus réussi, ni le plus intéressant de sa filmographie. Surfant sur le succès de La Colline a des yeux et son ascension américaine, Aja se voit confier un nouveau remake, qu’il ne peut refuser. D’autant plus quand le protagoniste n’est autre que Kiefer Sutherland, acteur du moment très côté grâce à la série tv 24 h chrono. L’ambiance est pourtant là, le visuel aussi. Après des déboires personnels et professionnels, Kiefer devient veilleur de nuit dans un ancien grand magasin, complètement désaffecté suite à un incendie. Le tout ayant brulé, excepté ces miroirs gigantesques, sujets du film, qui semblent exercer un pouvoir mystique sur ceux qui s’en approche. Le déroulement du film est pourtant agréable et la fin, à laquelle on s’attend ne dénote pas mais malgré tout, le film ne tient pas en haleine comme il devrait (The Mirror de Mike Flanagan aurait été une approche bien plus cohérente). Mais on y retiendra ce magasin aux allures de maison hantée et certaines scènes dont celle de la salle de bain qui d’un simple reflet, permet au film d’assurer la continuité du travail d’Aja, dans sa filmographie à venir.

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Piranha 3D – 2010 – (remake de Piranhas de Joe Dante de 1978)


Aja réinterprète le bain de sang à sa façon. Il se fait plaisir et on le ressent parfaitement dans ce grand film de genre série B complètement assumé. Une histoire basique de spring break autour du lac Victoria. Ce qui change de l’original où les protagonistes étaient bien plus jeunes. Des milliers d’adolescents prêts à se saouler, faire la fête et se décontracter, loin des études et de leur quotidien. Une tradition américaine qui chaque année fait de nombreux adeptes, seulement cette fois ils ne sont pas les seuls de la partie. La mise en garde est pourtant là, des piranhas, fossilisés, vieux de milliers d’années, sortent de leurs coquilles et commencent à remonter à la surface. Mais on ne peut guère détourner un ado de son but primaire et le carnage qui s’en suit devient alors inévitable. La scène est tellement belle, tellement gore, tellement ambitieuse, qu’elle en est devenue culte. Devenant, avec ses quelques 300 000 litres d’hémoglobines déversés, l’un des films les plus sanglants de l’histoire. Une séquence qui définit tout le film et qui assume pleinement son sous genre d’horrifico-comédie.

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Horns – 2013


Daniel Radcliffe aka Harry Potter a bien grandi, mais son côté mystique persiste encore dans ce conte fantastique, qui n’est pas sans rappeler un certain Stephen king. Ce n’est pas un hasard si Horns est une libre adaptation du livre Cornes de Joe Hill, soit l’un des fils de Stephen King. La pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre comme on dit et se confirme dans ce film. On est loin de l’horreur habituelle d’Aja, mais plutôt du côté d’un univers très prononcé et fantasmagorique où le polar, côtoie le doux fantastique. Un style qui lui va tout aussi bien et que l’on retrouvera dans la suite de sa filmographie. Accusé du meurtre de sa fiancée, un jeune homme, Ignatius, se réveille avec de mystérieuses cornes plantées sur son front. Une métaphore que l’on connait tous et qui lui permet de confronter son entourage, en leur faisant révéler leurs pires secrets. Une opportunité qui va le pousser à traquer le véritable tueur et se faire justice. Un magnifique conte sans prétention et en douceur malgré le sujet, assez drôle et absurde, de même lignée que The Voices, qui emmène Aja sur des sentiers méconnus mais tout autant maitrisés.

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La Neuvième vie de Louis Drax – 2016


Louis Drax tombe d’une falaise lors de son neuvième anniversaire et frôle de très près l’inévitable. Une situation qui peut sembler tragique en apparence, mais qui s’avère être audacieuse de la part de Louis, qui n’en est pas à son coup d’essai pour déjouer la mort. Déjà 8 tentatives et 8 échecs pour cet explorateur bien particulier de l’au-delà. Après avoir questionné ses parents, pour les écarter de tous soupçons de maltraitance envers leur fils. Le jeune Louis est emmené à l’hôpital et porté sous l’attention d’un neurologue réputé, qui use de méthodes peu communes pour accéder au subconscient de son patient. Un film sans complexe qui démystifie la mort, surtout vue à travers les yeux d’un enfant et se porte d’une élégance autour d’un thème morbide. Entre le surnaturel et le thriller psychologique, Aja poursuit sa transition de l’horreur vers le fantastique, avec ce nouveau conte, entre Adaline, La vie rêvée de Walter Mitty et Quelques minutes après minuit, où encore une fois, il faut attendre la fin afin que toutes les pièces du puzzle s’assemblent.

 

 

 

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Crawl – 24 juillet 2019


De retour à l’horreur basique, Aja revient à ce qu’il fait de mieux. Un huit clos, une grosse bébête, en l’occurence, un bon gros méchant alligator (sûrement plusieurs) et beaucoup d’eau pour mieux camoufler le sang. Une fille et son père sont pris au piege dans une maison en Floride. Les autorités ont prevenus, ils ne viendront pour personne, alors quand la tempête s’en mêle, ça ne présage rien de bon pour eux, même si pour nous, le plaisir est déjà là. En vue de la bande annonce, le choix de Kaya Scodelario (Le Labyrinthe) est discutable, elle n’a pas prouvé récemment que c’était la reine des actrices, mais peut être que dans ce rôle, où son plus grand devoir sera de survivre, cela passera. Blake Lively a bien su nous prouver qu’avec son Instinct de survie, tout était possible. Reste à en juger le 24 juillet pour se faire son opinion, en tout cas moi j’ai plus que hâte de me retrouver dans les salles obscures et savourer le dernier Aja, cela faisait bien longtemps.

Sans oublier, ses collaborations scénaristiques avec ses deux acolytes de longue date : Grégory Levasseur (qui nous a prouvé dernièrement avec son navet Pyramide, film en solo, qu’il n’était pas bon de se séparer de sa moitié) et Franck Khalfoun. Un trio de choc, avec qui il co-écrit et produit ces deux projets sans les réaliser : 

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 P2, Deuxième sous-sol de Franck Khalfoun – 2007


Dans un polar comme on les aime, rendant hommage aux meilleurs des années 90. Rachel Nichols, va voir son réveillon de noël se transformer en véritable cauchemar. Elle qui comptait le passer tranquillement, se voyant déjà les pieds sous le sapin…. elle qui ne s’accorde que très peu de temps pour elle, était pour une fois prête à s’adonner aux obligations familiales. Même le jour de noël elle est l’une des dernières à quitter l’entreprise. C’est sans compter sur Wes Bentley, gardien de nuit de l’immeuble qui n’a aucune intention de le passer seul. Prêt à tout, même à dresser une table pour deux en plein milieu du parking (p2), en l’attachant à celle-ci et en lui faisant croire que tout ceci est normal. Disons que le romantisme a une toute autre signification pour ce dangereux psychopathe et elle va très vite le comprendre dans ce huis clos, qui va définitivement changer votre façon de garer votre voiture. Prenant et sans aucun temps mort, Franck Khalfoun, à bien raison de collaborer avec Aja dont on ressent à sang pour sang le style.

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Maniac de Franck Khalfoun – 2013 – (remake du film de William Lustig de 1980)


Après Deuxième sous-sol, Khalfoun, se lance dans ce remake bien connu des barbiers du quartier. Encore une fois sous la coupe d’Aja qui n’en perd pas une goutte. Nous suivons Frank, interprété par Elijah Wood, propriétaire d’une boutique de mannequins de vitrine, le jour, et tueur en série très dérangé la nuit. La force du film, au-delà de son script terriblement efficace, est sa mise en scène en mode fpg (jeux vidéo vue à la première personne). En pleine immersion dans son esprit mais surtout dans son corps, nous sommes ses mains qui tenons le scalpel à l’affut de ses victimes. Nous devenons nous même ce tueur et devenons complices de ses meurtres. Un film qui aurait très bien pu être réalisé par Aja où là encore, on ressent toute son inspiration. En se focalisant sur un seul personnage, Khalfoun va droit à l’essentiel, sans se parasiter d’artifices inutiles. L’ambiance est froide et bien glauque. Les séquences de meurtres sont très réalistes, violentes et malsaines mais jouent habilement sur notre regard que l’on ne pourrait détourner, comme fasciné par ce que nous pouvons faire. Un thriller horrifique survolté d’une bande son électrique, qui scalpe avec talent, dans le vif du sujet.

Comme le dit si bien Aja, il donne à son public non pas « quelque chose à regarder mais quelque chose à vivre », adage à suivre, le 24 juillet prochain au cinéma avec Crawl.

Article rédigé par
Camille J.
Camille J.
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