Critique

My Absolute Darling : tu ressembles à une fille élevée par les loups

27 juin 2018
Par Sébastien Thomas-Calleja
My Absolute Darling : tu ressembles à une fille élevée par les loups
©Free-Photos

Phénomène éditorial aux États-Unis, publié en France cette année, ce roman, alternant entre la dénonciation de l’emprise perverse d’un père « survivaliste » sur sa fille adolescente et une véritable ode à la nature et à la liberté, ne pourra vous laisser indifférent.


Hé toi ! Qu’est-ce-que tu regardes ? T’as jamais vu une femme qui se bat ? 


1685-coverj-darling-5a5dd36a6f519Croquettepetit nom par lequel l’appelle son pèrevit avec celui-ci au milieu de la forêt dans une maison délabrée, avec pour voisin son grandpère habitant une caravane sur une clairière non loin de là. Quand ils sont seuls, son père lui apprend à tirer, ne jamais rater sa cible. Le maniement et l’entretien des armes n’a aucun secret pour elle. Jusqu’à l’obsession.  

Mais quand ils sont seuls, elle doit aussi répondre aussi à sepulsions, car elle est son « absolute darling », un amour absolu et secret qu’elle voit, du haut de ses quatorze ans, comme réciproque. Une fascination perverse et morbide dont seule la découverte d’une autre réalité pourra peut-être la sauver.  


Hé toi ! Qu’est-ce-que tu t’imagines ? Je suis aussi vorace, aussi vivante que toi

Le seul lien que Turtle, son propre surnom, entretient avec l’extérieur est le collège dans lequel elle tente d’étudier. Même si la dureté qu’elle inspire chez ses camarades lui confère le respect de tous, elle est isolée. Bien sûr, des professeurs ou les services sociaux s’alarment, mais personne, pas même Anna, sa prof principale pleine de bonne volonté et de compassion n’arrive à percer sa carapace. Son grand-père s’inquiète également, et se méfie même de son propre fils, mais les addictions dans lesquelles il s’est enfermé le rendent impuissant.  

Il faudra attendre qu’elle croise le regard de Jacob, de quelques années plus âgé qu’elle, attendre que ses bons mots la fasse sourire ou s’émerveiller devant ses paroles cultivées. Il faudra attendre qu’elle aperçoive entre deux bouts de tissus quelques bribes de son jeune physique pour qu’elle puisse penser qu’il existe peut-être une vie différente du monde et du corps de son père.

 

Prends garde, sous mon sein la grenade. Prends garde, sous mon sein là regarde 

Alors seulement, Julia Alveston de son vrai nom, pourra regarder la nature qui l’entoure avec les yeux de la jeune adolescente qu’elle est encore. Une nature luxuriante décrite par l’auteur d’une manière scientifique, qui donne l’impression que celle-ci est plus intelligente que les hommes qui l’exploitent. 

Alors seulement, Turtle, impulsive et sauvage, pourra trouver sa place en tant que personne humaine dans la société. Mais le chemin est encore long à travers les sentiers semés d’embûches de la forêt, ou le long des rives dangereuses du Pacifique. 

Âpre, glaçant, choquant, troublant, mais aussi plein d’un espoir infini et absolu. Un roman d’apprentissage qui ne vous laissera pas indemne. Gabriel Tallent marque ainsi sa première empreinte dans la littérature américaine.  

À lire… absolument  !


Le titre de la chronique et ceux des paragraphes sont extraits de la chanson La Grenade de Clara Luciani dans son album SaintVictoire.


Aller + loin : Voyage littéraire aux États-Unis, étape 8 : le Nord-Ouest Pacifique


Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski

Parution le 1er mars 2018 – 453 pages

My Absolute DarlingGabriel Tallent (Gallmeister) sur Fnac.com 

Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
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