Vous avez passé des mois à apprivoiser ChatGPT. À préciser votre style, vos projets, vos petites manies… et l’envie vous prend d’aller voir ailleurs. Bonne nouvelle : depuis quelques semaines, vous n’êtes plus obligé de tout recommencer à zéro.
Introduction
Pendant longtemps, changer d’assistant IA revenait à recommencer une relation depuis le début. Repartir d’une page blanche. Lui réexpliquer que vous écrivez en français, que vous préférez les réponses courtes, que vous bossez sur tel projet, que vous détestez les listes à puces, que votre stratégie est la suivante, que le ton doit être moins directif, que vous aimez tels formats de compte rendu, qu’il faut de la bienveillance dans vos mails, etc.
Bref, des heures de réglages qui pourraient partir en fumée si vous changez d’intelligence artificielle. Anthropic a fait sauter ce verrou en mars 2026 en autorisant l’import de la « mémoire » depuis n’importe quel autre chatbot, et Google a suivi quelques semaines plus tard. La portabilité de l’IA, équivalent du numéro mobile que l’on emporte d’un opérateur à l’autre, devient une réalité. Mode d’emploi pour que cela se passe au mieux.
D’abord, comprendre ce qu’est la « mémoire » d’une IA
Petit point de vocabulaire. La mémoire d’un chatbot, ce n’est pas l’historique brut de vos conversations. C’est plutôt une fiche de profil que l’IA s’est constituée au fil des échanges. On y retrouve par exemple votre prénom, votre métier, vos préférences de ton, vos projets en cours, vos centres d’intérêt… C’est cette fiche qu’il est désormais possible de transférer. En revanche, l’intégralité de vos discussions n’est pas incluse dans ce processus. Cela suit une logique séparée.

De ChatGPT vers Claude : la méthode la plus rapide
C’est le scénario le plus simple et, bonne nouvelle, il est gratuit, même pour les comptes sans abonnement. Anthropic a mis en ligne une page dédiée, claude.com/import-memory, qui vous guide en deux étapes.
- Une fois connecté sur Claude (ou après avoir créé votre compte), allez dans Paramètres > Capacités > Importer la mémoire. Anthropic vous fournit un prompt tout prêt à copier.
- Ouvrez ChatGPT, collez ce prompt dans une nouvelle conversation. ChatGPT va alors recracher, dans un seul bloc de texte, l’ensemble de ce qu’il a mémorisé sur vous : préférences, contexte, ton, projets récurrents.
- Regardez le texte récupéré, relisez-le attentivement et nettoyez-le le cas échéant. ChatGPT a peut-être mal orthographié votre nom, celui de votre entreprise, prend encore en compte un projet abandonné depuis 2024, pense que vous aimez les puzzles alors que c’était pour un cadeau, etc. Mieux vaut une mémoire courte et propre qu’un fourre-tout.
- Copiez le résultat éventuellement corrigé, revenez sur Claude, collez-le dans la zone d’import. Validez.
Et c’est tout. Comptez jusqu’à 24 heures pour que la nouvelle mémoire soit pleinement intégrée. Pour vérifier, ouvrez ensuite une nouvelle conversation et demandez à Claude : « Qu’est-ce que tu sais de moi ? » La méthode fonctionne aussi depuis Gemini, Copilot ou Grok, toujours sur le même principe du copier-coller.

De ChatGPT (ou Claude) vers Gemini : enfin disponible en France
L’outil de Google est arrivé tardivement chez nous, exclus que nous étions du premier déploiement pour cause de réglementation européenne. Depuis fin avril 2026, la fonctionnalité « Mémoire » et les outils d’import depuis ChatGPT ou Claude sont disponibles pour les comptes personnels français.
Le principe est jumeau de celui de Claude. Dans les paramètres de l’application Gemini, sélectionnez l’option d’import, copiez le prompt fourni, collez-le dans votre IA actuelle, puis recopiez le résumé obtenu dans Gemini.
Google va même un cran plus loin avec un second outil d’import du fichier ZIP. Vous demandez à ChatGPT ou Claude un export complet de vos données. Il vous proposera alors un fichier ZIP envoyé par mail. Ensuite, il ne vous reste plus qu’à l’uploader sur Gemini pour récupérer aussi l’historique de vos conversations passées. Pratique pour ne pas perdre tout le travail entamé depuis des mois. À noter : il faut un compte Google personnel (pas un compte pro, scolaire ou supervisé) et avoir 18 ans pour utiliser cette fonction. Enfin, la personnalisation doit être activée dans Gemini.
Et dans l’autre sens ? Vers ChatGPT, c’est le désert
Voilà le hic. Si Claude et Gemini se sont décarcassés pour accueillir les fugitifs de ChatGPT, l’inverse n’existe pas. OpenAI n’a, à ce jour, lancé aucun outil d’import équivalent. Pour faire migrer une mémoire de Claude ou Gemini vers ChatGPT, il faut tout réinjecter manuellement.
Un bricolage est cependant possible en générant un résumé bien structuré sur Claude ou Gemini (« Liste tout ce que tu sais sur moi »), puis en le collant dans les Instructions personnalisées de ChatGPT (Paramètres > Personnalisation). Ce n’est pas idéal – la longueur est limitée et la mémoire dynamique ne s’enrichira pas automatiquement –, mais cela donne déjà un bon coup de pouce à votre nouvel assistant. Autre possibilité : créer des Projets dans ChatGPT et importer les chats et fichiers pour chaque grand ensemble thématique. Vous pouvez, en parallèle, créer un fichier « mode d’emploi de moi »… mais cela ne restera que des solutions pansements…

Les limites à connaître avant de migrer
Soyons clairs : on ne transfère pas une « âme », juste une fiche client.
- La mémoire, ce n’est pas l’historique. L’import récupère vos préférences, rarement vos conversations détaillées (sauf via le ZIP de Gemini).
- Un snapshot, pas une synchronisation intégrale. L’export est une photo à un instant T. Si vous continuez d’utiliser ChatGPT après, les deux IA divergeront.
- Les « GPTs personnalisés » ne suivent pas. Vos chatbots maison restent prisonniers d’OpenAI.
- La nuance se perd. Il vous faudra malgré tout du temps et des conversations dans le nouvel environnement pour que la nouvelle IA retrouve vraiment votre voix.
- Côté vie privée, vérifiez les options de partage des données avec l’entraînement des modèles. Certaines IA précisent qu’elles peuvent réutiliser ce que vous importez.
Reste désormais la seule question qui vaille : quelle IA convient vraiment ?