Peut-on demander à ChatGPT de résumer un cours ? À Claude de corriger une dissertation ? À Gemini de faire ses devoirs à sa place ? Alors que l’intelligence artificielle s’est installée dans le cartable des élèves, l’Éducation nationale a désormais fixé les règles. Elles sont beaucoup plus nuancées qu’une simple interdiction.
Introduction
« Fais-moi une dissertation sur Les fleurs du mal, niveau seconde, avec trois parties et des citations. » Techniquement, ChatGPT s’exécutera sans rechigner et proposera sans doute un texte, de prime abord en tout cas, convaincant. Scolairement, en revanche, l’élève qui recopierait le résultat prend un risque. Depuis juin 2025, l’Éducation nationale dispose en effet d’un cadre officiel pour l’utilisation de l’intelligence artificielle à l’école.
Son principe tient en une phrase : l’intelligence artificielle est autorisée, à condition d’être utilisée « au service des apprentissages ». Autrement dit, ChatGPT, Claude, Gemini, MyAI de Snapchat et leurs petits camarades ne sont ni bannis des établissements, ni devenus des antisèches officielles. Tout dépend de ce qu’on leur demande, de l’âge de l’élève et des consignes de l’enseignant.
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Avant la 4e, pas ou peu d’IA en classe
Premier point à retenir : tous les élèves ne sont pas logés à la même enseigne. À l’école primaire, les enfants peuvent être sensibilisés au fonctionnement de l’intelligence artificielle, mais sans manipuler directement une IA générative.
Au collège, le vrai tournant arrive en quatrième. À partir de cette classe, l’Éducation nationale autorise l’utilisation pédagogique des IA génératives par les élèves, à condition qu’elle reste « limitée, encadrée, expliquée et accompagnée par l’enseignant ». Au lycée, un cran supplémentaire est franchi : l’élève peut utiliser une IA générative de façon autonome, mais toujours dans un cadre d’apprentissage défini par le professeur.

Attention toutefois à ne pas confondre ces règles scolaires avec les conditions d’utilisation des services eux-mêmes. ChatGPT, par exemple, n’est pas destiné aux moins de 13 ans. En France, les utilisateurs de moins de 15 ans doivent disposer de l’autorisation d’un parent ou d’un tuteur légal. OpenAI le précise dans ses conditions d’utilisation.
Faire ses devoirs avec ChatGPT, oui… mais pas à sa place
Reste la question qui intéresse probablement davantage les élèves : peut-on utiliser ChatGPT ou toute autre IA pour faire ses devoirs ? La réponse est oui, mais pas n’importe comment.
Demander à une IA de réexpliquer le théorème de Pythagore avec des mots plus simples, d’imaginer des questions pour réviser un contrôle, de signaler les fautes dans un texte ou de jouer le rôle d’un examinateur pour préparer un oral peut parfaitement relever d’un usage pédagogique. Un professeur peut aussi demander explicitement à ses élèves de travailler avec une IA, par exemple pour comparer sa réponse avec des sources fiables ou repérer ses erreurs. Cela fait partie de l’apprentissage de ce nouvel outil.
En revanche, lui confier les consignes d’un devoir puis rendre sa production comme si elle était la sienne, éventuellement en l’ayant seulement relue en diagonale, change complètement la donne. Le ministère est particulièrement clair : utiliser une IA générative pour réaliser un devoir « sans autorisation explicite et sans travail personnel d’appropriation » constitue une fraude. Avec les risques que cela sous-entend.
La frontière ne passe donc pas vraiment entre « utiliser ChatGPT » et « ne pas utiliser ChatGPT ». Elle se situe entre s’en servir comme outil pédagogique et assistant à l’apprentissage ou déléguer intégralement un travail demandé plutôt que de le faire soi-même. Une nuance qui risque malgré tout d’alimenter quelques discussions à la maison au moment de terminer un devoir à 22h30…

Si l’IA ne fait que corriger le texte ?
C’est précisément là que la zone grise commence. Faire repérer des fautes d’orthographe ou de grammaire à une IA n’est évidemment pas équivalent à lui demander d’écrire quatre pages. Entre les deux, les possibilités sont nombreuses : reformuler une phrase, améliorer un plan, suggérer une introduction, trouver des arguments, résumer un document… Sans oublier les outils classiques, comme les correcteurs déjà intégrés dans les logiciels de bureautique et qui font déjà très bien le travail en consommant bien moins d’énergie.
Le cadre national ne dresse pas une liste exhaustive des usages permis et interdits. La consigne donnée par l’enseignant reste donc essentielle. Un même recours à l’IA peut être accepté dans un exercice et interdit dans un autre. Pour éviter le malentendu, le ministère demande d’ailleurs de faire preuve de transparence sur son utilisation.
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Il reste une petite consolation pour l’élève accusé un peu rapidement d’avoir « fait ça avec ChatGPT » : les détecteurs d’IA ne constituent pas une machine à confondre les tricheurs. L’Éducation nationale déconseille même leur utilisation en raison de leur manque de fiabilité : « Point de vigilance : en raison de leur manque de fiabilité, l’utilisation des logiciels de détection de contenus générés par l’IA n’est pas recommandée, car elle pourrait pénaliser à tort un élève », peut-on lire dans le cadre d’usage. La CNIL formule la même mise en garde : ces systèmes peuvent conduire à accuser à tort un élève.
Ne racontez pas votre vie à l’IA
Une autre règle est moins spectaculaire, mais tout aussi importante : celle des données personnelles. Le ministère demande de ne transmettre aucune donnée personnelle ou confidentielle à une IA grand public. Nom, adresse, informations concernant d’autres élèves ou documents scolaires contenant des données identifiantes n’ont donc rien à faire dans un prompt.
L’établissement ne doit pas non plus demander à un élève de créer un compte personnel sur une IA grand public pour participer à une activité pédagogique. La CNIL recommande, lorsque c’est possible, de privilégier des outils ne nécessitant pas de compte individuel ou des solutions fournies dans un environnement scolaire sécurisé.
Mieux vaut se souvenir qu’une conversation avec un chatbot n’est pas l’équivalent numérique d’une discussion à voix basse avec son professeur. Les informations saisies sont envoyées à un service informatique et peuvent faire l’objet de traitements. Un détail à garder en tête avant de copier-coller dans une IA un document qui n’était pas destiné à quitter l’ENT.
À la rentrée, l’IA entre aussi officiellement au programme
L’Éducation nationale ne cherche donc pas seulement à empêcher les élèves de tricher avec l’IA. Elle veut aussi leur apprendre à s’en servir. À partir de la rentrée 2026, le parcours Pix IA devient obligatoire pour les élèves de quatrième, de seconde générale, technologique et professionnelle et de première année de CAP. Au programme : comprendre comment fonctionnent les IA génératives, apprendre à rédiger des prompts, protéger ses données personnelles, mais aussi identifier les limites, les biais et l’impact environnemental de ces technologies. Une reconnaissance assez nette de la nouvelle réalité scolaire : faire comme si l’IA n’existait pas n’est plus vraiment une option. L’enjeu est désormais d’apprendre quand l’utiliser, comment vérifier ce qu’elle raconte et, surtout, quand il vaut mieux réfléchir sans elle.